‹ L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentimentsChapitre 2 sur 22 · MEDITATION SIR L ATTACHEMENT AU MONDE · texte numérisé non relu

MEDITATION SIR L ATTACHEMENT AU MONDE

Qu'on est aveugle, qu'on est malheureux, qu'on est criminel de s'attacher au monde! (les trois réflexions bien méditées, ô mon Dieu ! que de sectateurs n'arracheraient-elles pas au monde et à ses prestiges ! Dieu de bonté, laites que je les pénètre, pour me détacher à jamais du monde qui m'éloigne de vous.

Premier point. — Qu'on est aveugle de s'attacher au monde! Que trouve-ton, que peut-on trouver dans le monde, que vide, qu'erreur, que néanl '.' qu'a t il qui puisse nous attirer? Tout ce qu'il a ne devrait il pas nous en détacher? Ses promesses sont elles sincères ? ses amitiés sont elles solides? ses laveurs mêmes sont-elles pour nous sans danger et sans crainte ? Est il possible que tout ce qu'on voit, qu'on sait, qu'on connaît dans le monde, n'en

L A.Mi: ELEVEE A Dll'.l

fasse pas connaîtrela vanité? Esl il possible que l'exemple de tanl d'autres ne nous ait pas i ust inils ; que notre propre expérience n'ai! pu encore nous en détromper? On sail que le inonde n'offre que des biens apparents cl «les maux réels, el l'on s'y attache, el l'on s'y livre, el l'on s'en rend esclave ! Il faut que le prestige du monde soi! bien grande el les nuages qu'il répand bien épais, pour aveugler à ce point les mondains, après tou'l ce qu'ilsonl si souvent éprouvé de son inconstance el de ses revers.

Ame immortelle, êtes-vpus donc faite pour courir ainsi après ce fantôme, et donner dans l'illusion de tanl de mensonges ? A quel terme pourront ils enfin vous conduire? Considérez ions les biens de ce inonde ; ils promettent beaucoup, el que donnent ils? Les richesses disent qu'elles rendent heureux ; et au milieu des trésors on ne trouve qu'un tonds d'indigence. Les honneurs disent qu'ils rendent heureux ; el quand on y est élevé, on voit que ce n'esl qu'une vaine fumée. Les plaisirs disent qu'ils fonl des heureux; et les plaisirs, loin de satisfaire, se changent souvent en dégoût el en amertume. El comment les biens bornés el périssables du monde contenteraient ils jamais un cœur l'ait pour Dieu ?

Tel esl cependant, ô mon Dieu. 1'aveuglemenl dans lequel on vil el dont on ne saurai I revenir! L'illusion qui a séduit les siècles passés dure encore, el

aveuglera les siècles suivants, parce que les siècles liassent, les vices subsistent.

Aveugle ni le plus ('tonnant, puisque e'esl 1er

mer les yeux à toutes les lumières de la raison, de la religion, el à lous les témoignages de l'expérience el du sentiment.

Aveuglement le plus déplorable, puisque c'esl s'aveugler volontaireraenl soi même, et courir à l'abîme quand on le voit.

Aveuglement le plus funeste, et dans lui-même et dans ses suites ; car une l'ois ainsi aveuglé, à quels excès n'est on pas capable de se porter? Dieu des lumières, éclairez tant d'aveugles qui gémissenl dans les ombres de la mort; ne permettez |>;is que vos enfants ne soient que des enfants de ténèbres. C'esl le monde qui vous les enlevé : laites qu'ils le connaissent, ils en seront bientôt détrompés. Combien d'années ai je vécu dans ce triste et déplorable aveuglement! Insensé! je courais après un fantôme qui me séduisait, et, sans m'en apercevoir, je courais à ma perte et à mon malheur!

Second point. — Qu'on est malheureux de s'attacher au monde ! Espère-t-on y trouver un bonheur solide, une félicité véritable? Où sont les heureux que le monde a formés? Que de malheureux, au contraire, ne fait il pas tous les jours! S'ils pouvaient faire entendre leurs voix et leurs plaintes, de quels soupirs, de quels gémissements ne feraient ils pas retentir l'univers! Au lieu du bonheur qu'on s'était flatté de trouver dans le monde, n'y a-ton pas souvent éprouvé des chagrins, des inquiétudes, des afflictions d'esprit et de cœur? Combien de personnes si1 sont dévouées, épuisées, immolées au service du monde, lui ont sacrifié leurs intérêts, leur repos, leur libellé, leur santé, leur conscience ? Quelles récompenses en oui elles reçues, autres que l'ingratitude et l'indifférence? Quels fruits en oui elles retirés, autres que des fruits d'amertume? Allez donc, victimes infortunées de voire attachement, allez encore vous exposer sur cette mer orageuse, au

hasard d'y faire un triste naufrage : allez vous jeter dans cette funeste région de ténèbres pour y respirer un air contagieux el empoisonné ; allez marcher en aveugles sur le bord de ces affreux précipices, pour tomber dans l'horreur des abîmes. Quand nous y aurez malheureusement péri, le monde ser;i-l il sensible à votre perle, aura-t-il de quoi vous consoler dans votre malheur? Vous n'avez pas voulu profiter du triste exemple de tant d'autres, vous irez nous même en servira la postérité.

Malheur d'autant plus grand, que nous ne rainons que trop justement mérité, et que nous ne pourrons l'attribuer qu'à nous-mêmes! malheur d'autanl plus affreux, qu'il deviendra peut être pour nous la source d'un malheur éternel. Voilà le momie, et le sort ordinaire de ses tristes victimes.

Grand-Dieu, que vous vous vengez bien terriblement de ceux qui vous abandonnent pour suivre le monde! Hélas! que n'avez vous pas l'ait pour leur faire connaître leur aveuglement et les en retirer! Que de vives lumières, que d'onctions touchantes, que de remords salutaires, que de moments heureux où. s'ils avaient voulu écouter votre voix, et se rendre dociles aux impressions de la grâce, ils auraient ouvert leurs yeux aux dangers, et leur cœur au retour! Leur regret eût été salutaire, leurs larmes eussent été consolantes ; ils auraient encore trouvé en vous le meilleur des maîtres, le plus tendre des pères. Ah! s'ils avaient su combien votre service est doux, votre joug consolant, avec quelle joie ils l'auraient porté! Au lieu qu'en continuant à se livrer au monde, ils n'ont formé que des regrets stériles, ils n'ont versé que dès larmes de désespoir, et. après avoir goûté quelque douceur apparente, ils

sont lombes dans le comble de tous les malheurs.

Troisième point. — Qu'on esl coupable de s'atta cher ;iu momie ; c'esl le troisième abîme qui s'ouvre sous les pieds des mondains, un abîme de crimes el de péchés, el n'est-ce pas déjà un crime bien grand de s'attacher ainsi aux créatures préférablement à son Créateur? m'est- ce pas parla même manquer au premier ef au plus essentiel des préceptes? Quel crime d'élever ainsi autel contre autel dans son cœur !

On sait qu'on avait solennellement renoncé au monde dans son baptême, et qu'on n'est chrétien qu'à ce titre de renoncement : quel crime de violer ainsi ses engagements !

On sait qu'on ne peut s'attacher au monde sans participera ses maximes, à ses exemples, à sa contagion, sans négliger ses devoirs, sans étouffer les remords, sans profaner son encens : quel crime de s'y exposer !

On sait que le monde est ennemi de Dieu et frappé de ses anathèmes ; qu'ainsi on ne peut s'attacher au monde sans devenir ennemi de son Dieu : quel crime d'encourir volontairement sa disgrâce!

On s;ui surtout qu'il est impossible de servir deux maîtres, el qu'il l'a ni nécessairement en servir un et abandonner l'autre ; s'attacher à l'un el renoncera l'autre; quel crime de s'attacher au service du monde, puisque c'est en-quelque manière renoncera celui de Dieu ?

Qu'arrive I il donc? C'est que, malgré ses engage ments, ses promesses, tous ses devoirs, on s'est attaché au monde, on s'est éloigné de Dieu, on a négligé le salut de son âme, on a livré son cœur à la séduction, son esprit à l'erreur; et, en consé quence, grâces violées, conscience combattue,

remords étouffés, devoirs oubliés, crimes accu milles : voilà l'abîme où le monde conduij ; voilà le

finit de malédiction qu'a produit celle terre elle même maudite. Ne devait-elle pas. pour un chrétien, être une terre étrangère ? El qu'esl ce qu'un chrétien dévoué à Dieu devrait avoir de commun avec le monde qui le méconnaît ?

Cependant il faut quitter un jour ce monde pervers, s'arracher à ses faux attraits, à ses charmes trompeurs ; dire un éternel adieu à ses pompes, à ses spectacles, à ses assemblées ; disons mieux, à ses prestiges et à ses illusions. Qu'en restera-t-il alors ? Que pensera ton de soi. de sa vie, de son aveu glement? Que réviendra-t-il de tout ce qu'on a été, de tout ce qu'on a goûté ? Que deviendront ces espérances dont on s'était nourri, ces délices qu'on s'était promises, cette longue perspective d'années, d'amusements, île plaisirs, de beaux jours, qu'on s'était présentée à soi-même? La trame sera coupée ; le prestige dissipé. Le monde s'enfuit avec le temps, et l'éternité ouvre à jamais ses abîmes.

Etait-ce pour cela, grand Dieu, que vous nous aviez mis sur la terre, et avec ces sentiments que nous devions aller un jour paraître devant VOUS '.'

Prière. — C'est doue à vous seul que je veux m'attacher désormais, ô mon Dieu ! Le monde ne mérite ni mon cœur ni mes hommages; c'est parce qu'on ne le connaît pas qu'on s j attache, et ce c'est qu'après une triste et funeste expérience qu'on revient de son illusion. Je ne I ai <pie trop éprouvé pour mon malheur. Heureux encore • pie vous ayez daigné ni éclairer el m'ouvrir les yeux ! comme tant d'autres, j'aurais persévéré dans mon égarement et dans mon malheur, .le reviens à vous, ù le Dieu de mon cœur! le monde n'aura plus «le pari à mes senti-

TROISIÈME LECTIJRE 1^

merits. Je sais qu'un jour il faudra le quitter ; je n'attendrai pasque la mort vienne m'en arracher; dès ce momeni je fais un divorce éternel avec lui ; mon étal m'y engage, mais ma religion m'en séparera ; je vivrai comme n'y vivant pas : est-ce une vie que celle qu'on mène dans le monde? et un chrétien pourra-t-il jamais y vivre.sans crainte, et y mourir sans regret '.'

Pratiques. — 1" Renouveler souvent l'engagement de renoncer au monde, qu'on a pris à son baptême.

2" Quand on a des chagrins à essuyer dans le monde, lesolïrir en expiation des péchés qu'on y a commis.

3° Keouter les plaintes que font si souvent les personnes du monde qui en jugent par leur expérience, el profiter de leur exemple, pour ne pas participer à leur malheur.

4° Regarder le monde comme une figure qui passe et qui est déjà passée : qu'y a-t-il de solide en ce inonde! et pourquoi s'attacher à ce qui doit finir ?

TROISIEME LECTURE Sur la conscience.

Il n'est point de connaissance si nécessaire à L'homme que la connaissance de soi-même; et la connaissance de soi-même, c'est la connaissance de son cœur et de sa conscience: c'est là l'homme, c'est là tout L'homme.

La conscience peut se trouver en quatre situations différentes : conscience droite, conscience douteuse, conscience erronée el conscience aveugle. Dans la connaissance de ces quatre consciences différentes, L'homme trouvera cette connaissance parfaite de ce qu'il est et de ce qu'il doit être.

•'il! I.A.Mi: ÉLEVÉE A DIEU

I" La conscience droite esl le témoignage de la droite raison ; c'est le jugement pratique qui dicte ce qui esl permis et ce qui ae l'est pas ; c'est la voix de Dieu qui se fàil entendre dans nous et qui nous parle cmi sou nom -, c'esl un rayon émané de la lumière éternelle qui nous éclaire el qui nous dirige. Telle esl la conscience de toul homme engénéral. Dans le péeheur, la conscience esl un miroir fidèle qui représente les lâches dont l'âme esl souillée ; c'est le livre divin où une main invisible écrit nos péchés à mesure que nous les commettons ; e'esi un tribunal secret que Dieu élève dans l'âme, où, dès que nous péchons, nous .sommes eilés : où, étant cités, nous trouvons un témoin, et le témoin que nous trouvons, c'est nous mêmes.

Dieu a créé l'homme. avec une conscience naturellement droite. Tant qu'il marchera à la lueur de ce flambeau, il ne saurait s'égarer des voies du

salut, où la conscience, aidée de la grâce, c luit

tous qos pas. Nous dirons en détail quelles -ont ses fonctions, et quel est l'emploi auquel Dieu la destine envers nous.

2° La conscience douteuse esl celle qui se trouve comme en balance cl eu suspens; incertaine si telle chose esl permise ou ne J'esi pas, si telle action esl

défendue OU licite : de pari el d'autre (die voil des raisons plausibles qui l'uni impression; mais parmi ce- raisons aucune qui emporte le poids cl sur laquelle elle puisse se décider. Ainsi flottante entre ces raisons différentes et opposées, elle reste indé cise, et n'ose se déterminer, craignanl de se tromper et de pécher.

Jamais il n'est permis d'agir avec une conscience douteuse ; il faut s'éclairer et s'instruire, si

on le peut. Que si dans le moment même il faut agir, et qu'on n'ait ni le moyen ni le temps «le s'ins truire et de consulter, il faut, pour sortir du doute el se former une conscience, considérer et examiner devant Dieu ce qui, dans la circonstance présente, paraît être convenable ; prier le Seigneur «le nous éclairer, et alors sedéciderel agir, sauf dans la suite à s'éclairer et à revenir, s'il y avait eu quelque chose qui ne fui pas en règle ; ce n'esl plus a lors agir dans le doute, parce que la vue de ce qui parait plus convenable en a t'ait sortir; alors on peut se tromper, mais on ne peut pécher.

La conscience timide et timorée est celle d'une Ame qui craint non seulement le péché, mais encore tout ce qui peut avoir la moindre ombre et la plus légère apparence de péché : heureuse la conscience ainsi disposée !

Quand une àme se fait des peines et des cloutes sans aucun fondement légitime et sans aucun motif raisonnable, c'esl alors une conscience scrupuleuse; tourment continuel des âmes qui sont dans cet état, et souvent de ceux qui les dirigent. Le scrupule peut venir de trois sources différentes : ou du côté de Dieu, el ce sont des épreuves auxquelles il faut se soumettre ; ou du côté du démon, et ce sonl des tentations dont il faut se délier ; ou de notre part, de nous-mêmes, d'un fond de caractère timide, pénible, ombrageux, dont il faut s'humilier. Mais de quelque source que vieiiuenl les scrupules, lesageel presque l'unique conseil qu'on puisse donner aux personnes qui y sont sujettes, c'esl la soumission et la docilité ; on ne saurait trop le leur prescrire et le leur recommander, sans quoi elles souffriront et feront souffrir une espèce de martyre; souvent même

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nui

elles seronl en danger de s'égarer el de se perdre.

3° La conscience erronée esl celle qui, en matière de conduite et de mœurs, porte un jugement faux, el qui agrl on conséquence de ce jugement La cous cience douteuse n'est que dans l'incertitude ; celle-ci est dans l'égarement et l'erreur. La conscience peut être erronée en deux manières. Il faut distinguer si l'erreur est coupable où non coupable, si l'ignorance est volontaire ou involontaire. Elle est cou pable, si ayant eu des peines et des doutes raison ualdes, on ne les a pas éclaircis ; si l'on a négligé de s'instruire quand on le pouvait et qu'on le devait; elle n'est point coupable, quand on n'a eu aucun motif de douter, aucun moyen de s'instruire. Par exemple, un héritier de bonne loi possède un bien laissé par ses ancêtres qui l'avaient autrefois ma) acquis ; cet héritier n'a jamais eu aucune connaissance ni aucun doute sur cette acquisition injuste ; il croit cet héritage légitime ; en cela il est dans l'erreur; mais cette erreur est involontaire et n'est point coupable. Que s'il venait ensuite à découvrir le vice de l'acquisition, et qu'il continuât de posséder, ce smait alors une conscience erronée, mais volontairement et criminellement erronée, cou traire à la bonne foi et à toutes les lumières Av la conscience droite.'

i" Quand la conscience reste ainsi, et agit dans l'erreur volontaire et connue, c'est ce qu'on appelle une conscience fausse, aveugle, égarée, par couse quent coupable et détestable aux yeux de Dieu. Et voilà l'état le plus triste, le plus funeste où une âme puisse tomber ; parce que cette conscience donne des lors dans tous les crimes, tous les désordres, tous les excès, et devient tout à la fois dan- le

pécheur une source de péché, une source d'aveu

glemenl d'esprit, d'endurcisse ni de cœur, el

enfin de réprobation malheureuse, si l'on persévère dans cet état.

Revenons à [a conscience droite, et rendons-nous à ses divines lumières.

La conscience droite, comme députée <le Dieu, exerce envers nous quatre fondions différentes : elle nous éclaire, elle nous reprend, elle nous juge, elle nous punit. Apprenons à respecter noire cous cience ; et si nous ne la respectons pas, apprenons à la craindre.

1° Elle nous éclaire. La conscience est notre première règle, notre premier casuiste, et le guide tidèle que nous devons suivre. En matière de salut, il est clos voies droites et sûres; mais il est aussi des voies obliques, des voies détournées et trompeuses qui peuvent égarer; c'est à la conscience droite à les discerner et à nous y conduire ; c'est le flambeau sacré ([ni nous éclaire ; c'est la règle sûre qui nous fixe; c'est le rayon céleste qui brille à nos yeux pour diriger tontes nos démarches; (die veille sur notre conduite; elle est attentive à toutes nos actions ; (die préside à toutes nos pensées, à tous nos sentiments; toujours éclairée dans ses lumières, toujours invariable dans ses décisions, toujours inflexible dans ses arrêts, elle ne sait Ce que c'esl que de flatter, de dissimuler, de mollir, de se pré 1er, de s'accommoder au temps et aux circonstances ; jamais d'adoucissement ni de condescendance qui favorise la nature ; toujours un langage sincère qui s'en lient à la rigueur de la loi. Heureuse lame qui écoute sa voix, qui ne se conduit que par ses cou seils. qui s'en tient à ses décisions, qui ne s'écarte

jamais du sentier qu'elle prescrit! Prenons garde de lui résister, de la eontrister, d'agir contre ses lumières. N'ayons jaunis noire conscience contre

iKin s. cl nous aurons Ion jours Dieu pour nous. Quand tout l'univers nous croirail coupables, et s'élèverait contre nous pour nous accuser, si noire conscience ne nous reproche rien, nous serons tranquilles, et nous pourrons goûter la paix intérieure de l'âme; parce qu'après tout nous sommes devant Dieu, et Dieu ne nous juge que selon nos lumières et notre conscience.

2° Elle nous reprend. Non. la conscience n'est jamais complice de nos désordres, elle les désavoue, elle les désapprouve. Du moment que nous nous ('■cartons ou que nous sommes sur le point de nous écarter, la voix de la conscience est à la porte de noire cœur pour nous dire de la part deDieu même, non licet; non, il ne vous est point permis de faire cette action, d'entretenir cette liaison, de dire celte parole, de vous arrêtera cette pensée. Ne lisez pas ce livre, il est dangereux; ne fréquente/, pas celte personne, elle est suspecte ; ne vous exposez pas à

celle occasion, elle vous sera t'unesle ; ce procès esl injuste, ce contrat esl usuraire, ce profil est illégitime. Si, malgré les avis de notre conscience, nous allons en avant, à l'instant elle s'élève contre nous, elle s'écrie : quid fecisti? qu'avez-vous fait? Vous avez péché; vous avez offensé voire Dieu ; vous avez transgressé sa loi, encouru sa disgrâce ; objet de sa colère, vous vous êtes exposé à toute la rigueur de sa justice et de ses vengeances. Ainsi David coupable entend une voix qui lui reproche son crime, et le présente sans cesse à ses yeux : pecçatum meum contra me est semper. Ainsi l'homi-

cicle Caïn sent toute l'horreur de son attentai : major est iniquitas mea. Ainsi le perfide Judas entend la voix «In sang qu'il a livré : peccavi', tradens sanguinernjustum.

Ainsi tout pécheur est il comptable de sa conduite à sa conscience. Arrêtez:vous, dit-elle, vous êtes sur le bord, de l'abîme ; la loi le défend sons peine de mort, vous (Mi répondrez devant Dieu. Non, jamais il n'y aurait de péché, si jamais il n'y avait de résistance à la voix intérieure de la conscience.

3° Elle nous juge. A l'instant que le péché est commis contre Dieu, l'arrêt de notre conscience est porté contre nous. Vous ave/, péché, vous méritez l'enfer; si vous mourez dans cet état, vous êtes damné; le moment de la mort commence à exécuter la sentence. Dans cette voix de la conscience. Dieu, souverain juge, a fait entendre sa voix et porté son jugement ; la conscience n'en est que l'instrument et l'organe : elle prononce en son nom. et juge sons son autorité souveraine, (l'est en ce sens qu'on dit que nous sommes nous-mêmes nos premiers juges, et que le premier tribunal où nous sommes cités, c'est celui de notre conscience, sans que nous puissions ni en éviter la présence, ni en suspecter l'équité, ni en éluder les arrêts. Jugement équitable! jugement formidable ! jugement sans appel ! la seule pénitence peut en arrêter le cours et l'effet, d'autant pins «pie notre conscience, en portant le jugement sur nous, devient en même temps un témoin contre nous, et rend un témoignage d'aidant pins terrible. qu'il est intime, qu'il est éclairé, qu'il est personnel. Ah ! qu'il est triste d'être condamné par soi-même, et de n'avoir rien à opposer à cette condamnation ! Kl qu'opposer en effet, quand notre propre cous-

'M\ l'ame élevée a dieu

cience est tout à la luis accusateur, juge et témoin ?

Que reste-t-il donc, si ce n'est que noire cous cience prenne el exerce encore contre nous la qualité de vengeur ? Ministre terrible.el plus formi dable encore que tous les autres, elle nous punit. Dieu lui confie les intérêts de sa justice et de sa vengeance; el en combien de manières n'exercet elle pas celle redoutable fonction envers le pécheur après son péché, par ces remords cuisants qui l'accablent, ce ver rongeur qui le déchire, cette syndérèse continuelle qui le poursuit ; ces craintes, ces frayeurs, ces alarmes continuelles dans les quelles il vit ! Si la moindre maladie, la moindre infirmité survient, la mort à l'instant se présentée ses yeux ; si le tonnerre gronde, si la terre tremble, s'il arrive quelque accident imprévu, il croit à tous les moments voir le liras de Dieu levé, et les abîmes ouverts. Hélas! faut-il au pécheur de peine plus terrible, de bourreau plus cruel, de vengeur plus inexorable que sa propre conscience qui l'agite et qui le tourmente ? Fallut il autre chose pour tourmenter David que l'ombre sanglante d'Urie, qui se présentait partout à lui? fallut-il autre chose pour consterner l'impie Balthazar que la vue de celle main qui sortait de la muraille et qui traçai! son arrêt ? fallut-il autre chose à Antiochus que l'image lugubre du temple de Jérusalem qu'il avait profané? Pourquoi cela, si ce n'est parce que la conscience outragée et vengeresse leur rappelait sans cesse le souvenir de leurs crimes, et faisait servir ce souvenir à leur supplice el à s;i vengeance.

Que s'il y a des pécheurs qui n'éprouvent pas ces peines intérieures, hélas! ne peut-on pas dire qu'ils n'en sont que plus à plaindre et plus malheureux?

Kl si leur étal est une punition de Dieu, un abandon de Dieu, une malédiction de Dieu, est il de vengeance plus terrible, d'état plus funeste-? et qu'an nonce I il, qu'une condamnation, une réprobation éternelle comme déjà consommée ?

Ecoulons la voix de noire conscience. N'étouffons p;is ses remords, redoutons ses arrêts, apaisons ses cris; c'est l'unique moyen de rappeler en nous le calme et de rentrer dans le sein de la paix.

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