‹ L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentimentsChapitre 19 sur 22 · EFFUSION DE COEUR SUR L AMOUR DIVIN · texte numérisé non relu

EFFUSION DE COEUR SUR L AMOUR DIVIN

Prosterné en votre présence, ù mon Dieu, et en la présence de vos saints anges, à la face du ciel et de la terre, je commence à reconnaître que je ne suis au monde que pour vous aimer, que ce n'est que dans cette vue et à cette fin que vous m'avez donné l'être et la vie.

Je reconnais, dans la douleur de mon âme et le gémissement de mon cœur, que je ne vous ai pas aimé, et dés lors que j'ai perdu, que j'ai profané le temps de ma vie et les sentiments de mon cœur.

Je désire enfin, dès ce moment, vous aimer de toute l'étendue de mon cœur, et réparer, par l'ardeur de cet amour, la perte de tant d'années passées sans vous aimer.

Voici donc l'amour que je vous demande et que je désire pouvoir vous offrir. Un amour parfait, car je ne veux plus de bornes ni de partage.

1° Amour vif et ardent ; l'amour est un feu, el le feu est prêt à s'éteindre dès qu'il languit. Aimer Dieu dans tout, avant tout, par dessus tout; que ce feu sacré allume, embrase, consume tout dans moi, mon esprit, mon cœur, mes affections, mes actions ; que mes paroles soient aulantde paroles defeu, mes pensées autant de flammes ardentes, mes désirs aillant de soupirs embrasés ; que je ne vive que de ce feu, que je ne respire que ce feu ; que ce feu soit

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mon aliment, l'a me de mon âme, la vie de mon cœur. Heureuse vie que celle d'un cœur qui ne vit que d'amour !

1° Amour généreux, capable, s'il le faut, des plus grands sacrifices, en état de tout entreprendre, de tout sacrifier, de tout perdre, et plus encore, de tout souffrir. L'amour divin n'épargne pas ses victimes ; c'est sur le Calvaire qu'il conduit les âmes, et là il leur présente le calice, il les abreuve de son amertume, il les arrose de son sang. Mais ce calice, elles le reçoivent des mains d'un époux ; cette amertume, il la change en douceur ; ce sang, il en fait un breuvage d'immortalité pour les âmes. Il les aime, mais il les purifie. Ce n'est pas sur le ïhabor que se forment les saints, mais au pied de la croix ; c'est là qu'il les place ; il y appelle les véritables amants ; il n'y a que les cœurs généreux qui l'y suivent et qui s'y arrêtent ; les autres tremblent et s'enfuient ; et là. ô mon Dieu ! Dieu d'amour ! Dieu soutirant et mourant ! vous restez presque seul ; j'y serai avec vous, soutirant pour vous, et mourant avec vous. Hélas! on voudrait aimer, et l'on ne voudrait rien souffrir. Gémir, souffrir et mourir, voilà le partage de ceux qui aiment. Les autres, loin d'en avoir les sentiments, en connaissent à peine le nom.

3° Amour efficace, qui se produit par les œuvres. Aimer Dieu, ce n'est pas dire simplement qu'on l'aime; aimer Dieu, ce n'est pas seulement désirer de l'aimer ; aimer Dieu, ce n'est pas purement éprouver quelque sensibilité passagère de cœur ; aimer Dieu, c'est mourir à soi même ; c'est se delà cher du monde, c'est renoncer à tout, de cœur, d'esprit et d'effet, si Dieu le demande. Aimer Dieu, c'est observer ses commandements ; c'est se résigner

TRENTE DEUXIÈME LECTURE "»7!l

à ses volontés ; c'est s'abandonner à sa providence ; c'est soutenir ses épreuves. Aimer Dieu, c'est dominer ses passions, combattre ses goûts, vaincre ses répugnances ; c'est mourir à tout. Voilà l'amour efficace. Tout le reste, dire, désirer, projeter et s'en tenir là, c'est un langage, une illusion, un fantôme d'amour ; ce n'est pas l'amour. Si l'on aime bien, ce n'est pas la bouche qui le dit, c'est le cœur ; ce sont les œuvres et les sacrifices ; voilà son langage ; il parle par les effets.

Ainsi ont aimé les saints; les apôtres transports aux extrémités de la terre ; les confesseurs dans le sein des cachots; les martyrs au milieu des brasiers; les vierges avec leurs robes teintes du sang de l'Agneau ; les solitaires au fond des déserts. Ah ! que Ceux-là disent qu'ils aiment; mais moi, o mon Dieu ! quand je dis: je vous aime, osé je le dire, quand mes actions, ou se taisent, ou le démentent ? Donnez moi cet amour, et mon canir le dira, et vous l'entendrez.

4° Amour pur et désintéressé. Oui, aimer Dieu, mais uniquement pour lui même, parce qu'il est bon, aimable, parfait, parce qu'il est Dieu. Aimer Dieu et dans Dieu, n'aimer, ne goûter que Dieu seul ; ne chercher ni ses dons, ni ses consolations, ni ses récompenses; mais lui-même, sa bonté, sa beauté, ses grandeurs, ses amabilités infinies. Non, dans l'amour, point d'autre récompense que d'aimer toujours davantage. Loin de nous ces cœurs bornés, ces cœurs intéressés, ces cœurs mercenaires ; ils sont indignes d'aimer; ils ignorent ce que c'est que l'amour, ils en déshonorent et profanent les sentiments. Montrez vous à nous, ô mon Dieu ! bonté suprême, beauté souveraine, et faites disparaître

tous les vains objets, comme la venue du soleil fait disparaître et obscurcit tous les astres. Vous seul, ô mon Dieu ! vous seul, en tout, partout, pour tou jours. Que cherchons-nous, que désirons-nous davantage? un Dieu ne sufïit-il pas à nos cœurs ? et nos cœurs sont-ils trop grands pour un Dieu ?

5° Amour durable et constant ; je n'ai qu'une étincelle d'amour, et je voudrais un brasier immense ; cette faible étincelle s'allume de temps en temps et s'éteint bientôt, et je voudrais un incendie permanent. Mon Dieu, vous êtes toujours aimable, pourquoi ne vous aimé-je pas toujours ? pourquoi ces vicissitudes, ces tiédeurs, ces langueurs ? Il y a certains temps où il me paraît que je vous aime ; certains moments où, touché de votre grâce, je vous dis, ce me semble, de cœur: Mon Dieu! je vous aime! Jours heureux! moments délicieux! mais ces temps sont si variés, ces moments sontsi courts, cet amour est si peu constant et si peu assuré. On vous aime un jour, ô mon Dieu ! et l'autre on ne vous aime pas ; on vous cherche un jour, et le suivant on vous perd de vue ; on vous aime un temps, et ensuite on semble oublier qu'on vous a aimé : el qu'a t on trouvé dans vous pour se dégoûter ? et que trouve ton hors de vous pour s'y attacher ? Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, perdez-vous quelque chose de vos attraits ? Vos attraits ne sont-ils pas capables d'exciter sans cesse de nouvelles ardeurs ?

Telle est, à mon Dieu ! l'unique chose que je vous demande ; cet amour saint, céleste et parfait. Non, je ne vous demande ni la santé, ni la vie, ni aucun bien périssable. Je vousdemande votre saint amour; je sais que je ne le mérite pas, que je m'en suis

rendu indigne, que j'ai profané mon cœtir ; je ne mérite pas cet amour ; mais vous le demandez, vous le méritez, je le désire ; je ne vous ai pas aimé, mais je vis, je respire encore, je suis encore en état de vous aimer. Je puis encore dire de cœur: mon J)ieu, je vous aime. Eh bien ! je vous le dis de toute l'étendue de mon cœur et de ses sentiments ; peut être est-ce pour la première fois de ma vie ; mais je vous le dirai jusqu'au dernier soupir.

Acte d'amour. — Oui, mon Dieu, je vous aime, je désire vous aimer de tout mou cœur, de toute mon Ame et de toutes mes forces : je vous aime, ô beauté! ô bonté suprême ! et je voudrais eu ce moment, par l'ardeur de mon amour, réparer tout le temps que je ne vous ai pas aimé, rappeler ces jours infortunés où j'ai été assez malheureux pour vous offenser. Pourquoi tous les jours de ma vie n'ont-ils pas été consacrés à votre saint amour'.' J'aurais vécu, et je n'ai fait que mourir.

Mon Dieu! je vous aime, et non content de vous aimer moi-même, je voudrais vous faire aimer de tout l'univers ; je voudrais embraser tous les cœurs, attirer à vous tous les êtres ; je voudrais que tous les hommes, réunis de concert dans ces sentiments embrasés, se disent les uns aux autres : Aimons Dieu, il est notre Père, nous sommes tous ses enfants. Je voudrais porter jusqu'aux extrémités de la terre le (lambeau céleste de votre amour, convertir tous les peuples, éclairer toutes les nations, embraser l'univers. Je voudrais qu'il n'y eût d'autres sentiments que celui de votre divin amour; que tous les cœurs lussent autant de charbons ardents, toute la terre un vaste incendie. Je voudrais que cet amour durât tant qu'il y aura des hommes au monde, jusqu'à la consommation des temps et des siècles, et que le feu vengeur qui doit consumer tout l'univers, ne fût que le feu même de votre saint amour, qui allumât tout, qui consumât tout, qui réduisit tout en cendres; et que ce feu même ne ers-

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sàt cnlin de consumer la ferre et dans le temps que pour s'allumer, se ranimer, se perpétuer dans le ciel el dans la durée de l'éternité même. Je dis tout, ô mon Dieu ! dans ce seul mot; je voudrais vous aimer de l'amour même dont vous nous aimez : voilà mon cœur, il n'est plus à moi; vivez-y, régnez-y à jamais, et faites-y régner éternellement l'éternel amour.

Pratiques. — 1" Faire souvent (1rs actes d'amour de Dieu : si nous pouvions, il faudrait les rendre aussi fréquents que nos respirations.

2° En toutes choses, autant que nous le pouvons, agissons par le motif de l'amour : c'est le plus parfait el le plus digne de Dieu.

3° Selon notre portée, et dans les occasions, engageons les autres à aimer Dieu.

4" Unissons-nous souvent de cœur avec les saints dans le ciel, où ils aiment Dieu si parfaitement.

TRENTE-TROISIEME LECTURE Sur le paradis.

Dieu a créé l'homme pour le rendre heureux, et c'est dans le ciel qu'il lui a préparé son bonheur. Il l'a placé quelque temps sur la terre, pour lui donner le moyen de mériter cette félicité qu'il ne veut lui accorder qu'à titre de récompense ; après quoi, lame sortie des mains de Dieu, doit rentrer dans son sein pour se réunir à jamais à l'auteur de son être; et voici en quoi consistera son bonheur.

Nous verrons Dieu, nous l'aimerons, nous le posséderons ; mais nous le verrons sans nuages, nous l'aimerons sans partage, nous le posséderons sans crainte de le perdre jamais : videbimus, amabiïhUS,

possidebimus ; c'est saint Augustin qui nous donne du ciel cette grande idée.

I" Nous verrons Dieu : et cette vue, quels objets ineffables présentera telle à nos yeux! wlcbïmus.

Nous verrons Dieu ; et dans Dieu nous verrons enfin comme à découvert ces grands mystères qui, durant notre vie, avaient tant exercé notre foi, qui étaient pour nous couverts de tant de nuages; cette Trinité adorable de personnes dans l'unité d'essence ; un Dieu fait homme et revêtu de notre mortalité; un Dieu caché sous les voiles du sacrement, et tant d'autres mystères jusqu'alors incompréhensibles à notre intelligence créée. Tout sera éclairé ; et des obscurités de la foi, nous passerons à l'éclat de la vision intuitive et béatilique.

Nous verrons Dieu, et dans Dieu nous admirerons les effusions de cette bonté divine sur nous durant notre vie et dans le cours de nos tristes égarements. Tant de traits marqués de celte miséricorde infinie, qui nous a rappelés avec tant d'empressement après notre péché, qui nous a recherchés avec tant d'ardeur dans notre fuite, qui nous a attendus avec tant de patience dans nos délais, qui nous a reçus avec tant de tendresse dans notre retour, qui nous a soutenus jusqu'à la tin dans les sentiers de la sainteté et de la justice. Nous verrons avec admiration de combien de dangers, de combien de malheurs Dieu nous a si souvent préservés. Nous verrons que mille fois nous avons été sur le bord de l'abîme, qu'il n'y avait plus qu'un pas à faire pour nous y précipiter et nous perdre à jamais. La main de Dieu nous a arrêtés, sans quoi nous étions perdus sans retour. 0 bonté ! ô tendresse ! qu'avions-nous fait pour mériter vos faveurs?

Nous verrons Dieu, et dans Dieu nous découvri-

ions les ressorts jusqu'alors impénétrables de celle Providence clans la conduite des hommes et de cel univers ; par quelles voies Dieu a conduit ses élus, par quelles prodiges de grâce il les a sauvés ; pour quoi et comment parmi les hommes, les uns éclairés des lumières de la foi, les autres restés plongés dans les ténèbres de l'erreur et les ombres de la mort. Tout cela n'est pour nous que nuages et obscurité ; attendons le développement de toutes choses. Le grand jour de l'éternité dissipera tous nos doutes, justifiera la Providence et lèvera le voile qui la dérobait à nos yeux.

Nous verrons Dieu, et clans Dieu nous adorerons, nous contemplerons à loisir ses perfections aimables, ses perfections adorables, cette beauté ravissante qui attirera sans cesse les yeux et les cœurs des élus, sans que jamais ils viennent à se dégoûter de la voir, à se rassasier de la posséder; cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, qui leur présentera sans cesse de nouveaux attraits et leur fera toujours goûter de nouvelles délices ; cette sagesse souveraine si éclairée dans ses vues, si sûre dans ses projets, si impénétrable dans ses conseils, qui a su si divinement choisir les moyens proportionnés à leur fin, et par la douceur et la force heureusement tout conduire au terme ; cette puissance souveraine qui a tiré ce monde du néant, qui a balancé l'univers dans les airs, qui a fixé des bornes infranchissables aux flots de la mer, et qui cependant dans tout cela n'a fait qu'un faible essai de ses forces et de ses merveilles. C'est dans le ciel et en faveur des élus qu'elle s'est réservée à manifester toute l'étendue de son bras pour leur faire goûter toute l'abondance des plus ineffables délices.

Nous verrons Dion, et nous le verrons face à [ace, sans voile, sans ombrage, tel qu'il esi lui-même. Jusqu'alors, et dans ce lieu d'exil, nous ne voyou- Dieu que dans ses ouvrages, que dans ses images, à travers les ombres de la foi, d'une manière bien imparfaite. Nous le verrons alors dans lui-même, dans les splendeurs de son essence, dans tout l'éclat de cette lumière de gloire dont nous serons environnés et comme investis. 0 Dieu! quelle effusion de lumière se répandra sur notre âme sortie des ténèbres d'une si longue nuit! 0 moment, ù jour de l'éternité, quelle clarté allez vous faire briller à nos yeux dans les splendeurs de la gloire!

2° Videbimus et amabimus. Nous verrons Dieu et nous l'aimerons. Les yeux peuvent ils voir le souverain bien, la source de tous les biens, sans que les cœurs en soient transportés?

Nous aimerons Dieu, et nous l'aimerons de tout notre cœur ; toutes nos inclinations s'y porteront, et avec quelle ardeur! La pierre qui tend à son centre, le feu qui s'élève vers sa sphère, ne sont qu'une faible image des transports avec lesquels notre cœur se portera vers l'objet suprême qui l'attirera à lui pour l'embraser de ses divines ardeurs. Nous aimerons Dieu, nous n'aimerons désormais que Dieu, et nous aimerons tout dans Dieu. Notre cœur ne sera plus partagé dans ses sentiments, ni détourné dans ses alïections ; Dieu seul en sera l'occupation et le centre. Il avait fait l'objet de tous nos vœux, il sera le terme de tous nos désirs.

Nous aimerons Dieu, et nous l'aimerons d'une manière digne de lui et de l'amour dont il s'aime lui même. Nous l'aimions en ce inonde; mais, bêlas ! que notre amour élail faible, qu'il élail imparfait !

nous en gémissions, nous en étions affligés. Notre âme alors prendra son essor, et se portera vers Dieu, en l'aimant autant qu'elle est capable d'aimer.

Nous aimerons Dieu, et nous serons assurés de l'aimer. Durant cette vie nous désirons aimer Dieu ; mais, incertains si nous l'aimons en effet, nous tremblons dans cette incertitude ; et cet amour qui doit faire nos délices devient en quelque manière notre tourment. Assurés alors de nos sentiments, nous aimerons Dieu ; et tout notre désir sera de l'aimer toujours davantage, de nous embraser toujours plus de ces ineffables ardeurs, de nous plonger toujours plus avant dans cet incendie d'amour souverain.

Nous aimerons Dieu, et nous nous unirons avec les saints pour l'aimer tous de concert, pour nous féliciter mutuellement du bonheur de l'aimer, pour nous animer les uns les autres à ce saint amour, comme autant de feux réunis qui, par leur union, augmentent leurs flammes et leurs ardeurs.

0 amour! ù brasier ardent! ô divin incendie! embrasez nous, consumez-nous par avance de ce feu céleste.

3° Vidcbimus, amabimus et possidebimus. Nous verrons Dieu; en le voyant, nous l'aimerons; en l'aimant, nous le posséderons ; voilà le terme et le comble de tout bonheur.

Nous posséderons Dieu, et avec Dieu tous les biens, les richesses et tous leurs trésors, les honneurs et tout leur éclat, les plaisirs et toutes leurs délices ; nous aurons non seulement tout ce que nous désirons, mais encore tout ce qu'il faut pour ne rien désirer; quelque immenses que soient nos désirs, nous serons satisfaits au delà de nos désirs mêmes. C'est alors que, dans la plénitude de tous les biens,

nous éprouverons ce que dit le Prophète : Satiabor lînii apparuerit.

Oui, dans le ciel, ions les biens, ions les plaisirs, tous les trésors à la fois se réuniront dans ud même cœur, pour faire goûter toutes leurs délices à tous les instants.

Nous posséderons Dieu, et avec Dieu tous les biens, sans aucun mélange de maux. Dans ce monde, les plaisirs sont toujours dé trempés de quelque amertume ; jamais de joie pure, jamais de douceur sans quelque retour. Il n'en sera pas ainsi dans le ciel, jamais ni trouble, ni dégoût, ni ennui, ni chagrin, ni alarmes, ni aucun des maux de la vie ne viendront altérer la possession tranquille et immuable de ce bonheur : neque luctus, neque dolor erit ultra.

Nous posséderons Dieu, et avec Dieu tous les biens pour toujours, sans crainte de les perdre jamais. Qui pourra comprendre quel poids immense de gloire ajoute au paradis la certitude de ce bonheur, immense dans sa plénitude, et interminable dans sa durée? Tant que le ciel subsistera, et il subsistera à jamais ; tant que Dieu sera Dieu, et il sera toujours ce qu'il est durant tous les siècles ; au delà des siècles et de millions d'années et de siècles, les élus seront avec Dieu et dans Dieu, toujours grands, toujours riches, toujours heureux. Leur éternité sein blera commencer à tous les instants, et tous les instants leur feront goûter les délices de l'éternité tout entière. Leur bonheur fondé, établi sur l'éternité et l'immuabilité de Dieu même, qui en est l'auteur, ne connaîtra plus de fin; il en sera d'eux comme de Dieu : et regni ejus non erit finis. 0 Ciel! ù Etre suprême ! ô gloire ineffable! des créatures moitelles ne pourront jamais concevoir ce bonheur, et

cependant elles sont faites pour le posséder : nec ocuhis xMit, nec aiiris andivii.

MEDITATION SLR LE MEME SUJET

1° Que faisons-nous pour mériter le ciel ?

2° Quels seront les sentiments d'une âme en entrant dans le ciel? Vous ne m'avez mis sur la terre, ô mon Dieu! que pour entrer dans le ciel; tous les jours de ma vie doivent être employés à m'y préparer. Elevez mon esprit pour en méditer les délices éternelles; embrasez mon cœur pour en désirer et en mériter la possession immuable.

Premier point. — 1° Il est donc vrai que nous sommes créés pour un bonheur immense, un bonheur ineffable, un bonheur éternel; mais, appelés à un tel bonheur, comment le désirons-nous si peu? Destinés à une gloire immortelle, à peine y pense-ton, s'en occupe t on. Tout rempli, tout occupé des biens périssables, on semble perdre de vue les biens éternels. Toutes les pensées de l'esprit, tous les désirs du cœur se portent vers la terre. On s'attache au monde, aux biens du monde, aux plaisirs du monde ; la vie se passe à se repaître d'illusions, à courir après des fantômes. Une soif ardente, une faim dévorante des choses terrestres transportent le cœur, et celles du ciel attirent à peine quelques regards. O hommes aveugles ! ou désirons moins, ou désirons davantage. Désirons moins des biens faux qui nous séduisent, et désirons davantage les vrais et solides biens seuls capables de nous rendre heureux.

Appelé à un si grand bonheur, au bonheur de Dieu même, comment ai-je travaillé à m'en rendre

digne? qu'ai-je fait pour le mériter? quels soins, quels travaux, quels elïorts lui ai je consacrés? Où sont les vertus que j'ai pratiquées, les sacrifices que j'ai faits, les victoires que j'ai remportées en vue de ce bonheur suprême, après lequel je dois unique ment soupirer ?

Que n'a pas fait et souffert un Dieu pour nous mériter le ciel et nous engager nous-mêmes à le mériter ? Ses tourments, ses larmes, son sang, sa mort même, que nous disent ils, et quelle voix nous font-ils entendre? Que n'ont pas fait et souffert les saints pour se rendre dignes de cette couronne de gloire? Les uns vivant dans le sein de la retraite et de la solitude, les autres livrés à toutes les rigueurs de la pénitence ; ceux-ci ensevelis comme tout vivants dans les antres et dans les cavernes; combien d'autres sur les échafauds et au milieu des brasiers ardents, s'estimant heureux de souffrir les plus grands tourments en vue des récompenses qui les animaient! attendaient ils un autre ciel que moi? Avaient-ils d'autres espérances? Ne suis-je pas fait pour la même fin et le même bonheur? Qu'ai-je fait pour le mériter ?

Les mondains eux-mêmes, que ne font-ils pas tous les jours pour des biens fragiles et périssables? On les voit s'épuiser, se consumer de travaux, de veilles et de fatigues ; point de soins qu'ils ne prennent, point d'efforts qu'ils ne fassent, point de moyens qu'ils ne tentent pour élever l'édifice d'une fortune de quelques jours, à travers les périls, les écueils, les naufrages; rien ne les arrête, rien ne les rebute; et après quoi courent-ils, et pourquoi se consumentils ? et Mi quidem ut corruptibilem coronam accipiant. Pour obtenir une couronne périssable ; et encore

sont-ils assurés de l'obtenir? Combien courent et s'efforcent en vain! Et nous qui pouvons aspirer à une couronne immortelle, que faisons-nous, que souffrons-nous pour l'obtenir? Enfants de lumière, jusqu'à quand nous laisserons-nous condamner par les enfants des ténèbres ? Ils mettent tout en œuvre pour des biens incertains, faux et trompeurs; et nous, destinés à des biens suprêmes, à des biens immortels, nous négligeons de nous en assurer la possession ; nous nous exposons sans cesse au danger d'en être privés à jamais. Où est notre foi ?

Appelé à un tel bonheur, que fais je sur la terre, si je ne pense, si je ne travaille pas à mériter le ciel ? Pourquoi suis-je en cette vie, sinon pour me préparer à une vie immortelle? Je sais que tout ce qu'il y a dans le monde finira un jour ; que Dieu a créé un nouveau ciel et une nouvelle terre pour y être à jamais le séjour des élus. Je sais qu'ici-bas nous n'avons point de cité permanente : non habcmus hic manentem civitatem. Ne nous considérons donc en ce inonde que comme autant d'exilés qui aspirent à leur retour dans la céleste patrie : sed fuluram inquirimus.

Second point. — Quelle sera la joie d'une à me au moment où elle entrera dans le ciel ? Quel moment! quels transports! Me voilà enfin assurée de mon sort, arrivée au terme de mes désirs, fixée à jamais dans la possession du souverain bien. Je suis avec mon Dieu, je jouis de mon Dieu ; éternellement je vivrai, je régnerai dans son sein avec les élus. Enfin les voilà passés, ces jours de nuages, ces jours de combats. Il a fallu, pendant quelques années, gémir, souffrir, se faire violence. 0 peines! ô combats, ô souffrances, que vous êtes abondamment récompen-

ses. Dieu des miséricordes! qu'il m'es! doux d'être, avec vous ! je jouis de votre présence, rieD ne sera

jamais capable de m'en séparer. Cette seule pensée, ce premier moment d'assurance et de joie, ne seront ils pas capables de dédommager une âme des peines, des épreuves de toute sa vie, et de l'engager à s'écrier avec l'apôtre : non sunt condignœ passiones hujus temporis ad futuram gloriam quœ revelabitur in nobis? Non, toutes les peines de la vie ne sont rien en comparaison de la gloire dont elles doivent être suivies et récompensées.

0 sainte Sion! céleste Jérusalem! aurai-je moimême le bonheur d'entrer un jour dans ton sein? mon partage sera t il un jour celui des élus ?

Ali! si jamais je suis introduit dans cette céleste patrie, que penserai-je de toutes les vanités, de toutes les illusions, de tout le néant de ce monde? Que je me saurai bon gré d'avoir été fidèle à la loi du Seigneur ! qu'il me sera doux d'avoir soufïertquelque chose sur la terre pour mériter une éternité de bonheur! qu'il me sera consolant de m'ètre séparé de la foule, d'avoir marché dans la voie droite qui m'a conduit à cet heureux terme ! qu'il sera glorieux pour moi d'être associé à jamais avec les amis de Dieu; de chanter le cantique éternel de louanges, d'entrer dans le concert des esprits bienheureux ! Aspirons, ù mon âme ! à ces biens célestes ; élevonsnous vers la région des vivants; nourrissons nous de cette pensée du ciel durant cette vie; elle nous procurera les plus doux avantages pour l'autre.

1° Elle sera pour nous un moyen salutaire de nous détacher de tous les biens de ce monde : biens fragiles, biens faux, biens trompeurs, qu'êtes vous en comparaison des biens solides, des biens immenses

que le ciel nous présente? Méritez-vous le nom dé biens? de quels maux n'ètes-vous pas la source funeste ! Non, je ne connais, je ne désire de biens que ceux qui sont éternels. Tout ce qui passe n'est rien à mes yeux. ,

2° Moyen salutaire pour nous consoler dans toutes les peines et les afflictions de la vie. Elles finiront un jour, et leur récompense sera éternelle. Quelques jours de souffrances qui nous procurent un bonheur durable sont une grâce et un avantage pour nous. Combien de saints ne durent leur salut qua leurs afflictions, et leur couronne qu'à leurs combats ! Sans les croix ils auraient été éternellement malheureux.

3° Moyen efficace pour résister aux tentations, pour réprimer les passions, en pensant qu'au moment où nous viendrons à succomber.et à nous satisfaire, nous pourrions être enlevés de ce monde, et qu'un moment funeste de plaisir pourrait nous priver d'une éternité de bonheur.

4° Moyen assuré pour nous adoucir les rigueurs de la mort. Si, comme nous l'espérons, elle doit être suivie d'une éternité bienheureuse, devons-nous tant la craindre et nous en alarmer? Si en sortant de ce lieu d'exil le ciel devient notre véritable patrie, quittons cet exil sans regret et sans peine. Nous ne faisons qu'y souffrir, y gémir, y offenser Dieu; la mort nous conduit au port du salut. Offrons à Dieu notre sacrifice; espérons de sa miséricorde qu'il voudra bien l'adoucir par sa grâce.

Elevons nous donc à cette grande pensée du bonheur qui nous est destiné ; souvent rappelée, souvent méditée, elle nous fera soupirer après ces biens ineffables ; elle nous engagera à nous y pré

TRENïT. QUATRIÈME LECTURE 393

parer; elle nous y préparera elle-même; La grâce qui nous l'inspire sera le gage de la gloire qu'elle nous annonce, Nous n'avons que trop vécu pour la terre ; il est temps que le ciel attire tous nos regards ; il doit être le terme de tous nos désirs.

Prière. — Vous m'avez l'ait pour le ciel, ù mon Dieu ! mon âme est créée pour vous posséder à jamais; ne permettez pas que je me rende indigne de ce bonheur, et que les faux biens de la terre m'égarent jamais de la voie du Ciel où vous m'appelez.

0 sainte Sion ! glorieuse cité de Dieu ! quand viendra l'heureux jour où je pourrai entrer dans ton sein? Quando renia m et apparebo ? Dans cette attente, les jours sont pour moi des années '? les années ont la durée des siècles ; la vie m'est à charge, je ne vis plus que de cette douce espérance : Lœtatus mm in his quœ dicta sunt mihi. Non, je n'ai de consolation et. de joie que dans l'heureuse annonce de cette maison du Seigneur, où j'espère d'être admis un jour pour y vivre à jamais : In domain Dontini ibimas.

TRENTE QUATRIEME LECTURE Sur la Persévérance.

Cette lecture s'adresse à des Ames qui ayant été autrefois éloignées de Dieu par le péché, ont eu le bonheur de rentrer en grâce avec lui par la pénitence; et je dis que le motif le plus grand, le plus efficace, le plus digne de Dieu pour engager à la persévérance dans son saint service, c'est la bonté même de Dieu, et la reconnaissance éternelle que nous lui devons après ce salutaire retour.

~A\)\ l'ami: élevée a dieu

Je dis donc à ces âmes : Qu'étiez vous autrefois ? qu'êtes- vous à présent? qu'est-ce que Dieu a fait pour vous et en votre faveur? Vous étiez dans un état de péché, de mort et de damnation, éloignées de Dieu, ennemies de Dieu, objets de sa colère, frappées de ses anathèmes, dignes des peines de l'enfer, cl pouvant être à tous les instants précipitées dans le sein d'une éternité malheureuse. Dans ce triste étal, où vous ne méritiez que les elîets de la justice et des vengeances de Dieu, qu'est-ce que Dieu a fait pour vous, et de quelles grâces vous a-t-il prévenues? Il vous a rappelées avec bonté dans votre fuite ; il vous a attendues avec une patience inaltérable dans votre éloignement ; il vous a reçues avec une ten dresse ineffable dans votre retour, et pour cela que de grâces! et en cela quelle miséricorde! Mais en conséquence quel retour, quelle reconnaissance, quel amour devez vous avoir pour Dieu! Quelle fidélité, quelle constance, quel attachement inviolable à son saint service! Ce seul motif de reconnaissance et d'amour envers Dieu ne doit-il pas vous attacher à jamais à lui ?

Que si, après de tels bienfaits et une telle miséricorde, vous veniez encore à l'abandonner, à l'offenser, à vous armer contre lui, ne devriez-vous pas vous regarder comme indigne de respirer et de vivre?

Qu'êtes-vous à présent! Vous devez vous regarder comme autant d'enfants prodigues, vous en avez tous tes traits et toute la ressemblance. Or, pensez à cet enfant autrefois indocile, rebelle, éloigné du plus tendre des pères, mais enfin revenu à lui, n'en avec bonté, comblé de nouvelles faveurs, ayant retrouvé dans le cœur (\^ son père la place dont il

s'était rendu si indigne. Si .cet enfant, après une si grande el si ineffable bonté de la part de son père, était retombé dans ses premiers égarements, avait encore outragé, abandonné ce tendre père, avait blessé et percé son cœur d'un nouveau glaive de douleur, ne l'auriez vous pas regardé comme un monstre d'ingratitude et d'horreur?

Or, voilà ce que vous seriez aux yeux de Dieu, si vous veniez encore à quitter le Seigneur, à vous éloigner de lui, à l'outrager de nouveau ; en un mot, à manquer de persévérance dans son service. De quel œil devriez-vous alors vous regarder vousmême? Pourriez vous encore soutenir vos propres regards ? Et à quoi ne devriez-vous pas vous attendre pour l'avenir ?

Car de là qu'arriverait-il? et quelles suites ter ribles pourraient avoir devant Dieu votre infidélité et votre manque de persévérance?

1° Dès lors vous perdriez entièrement tous les mérites que vous auriez acquis par le passé, le fruit de tous vos travaux, de tous vos combats, de tout ce qu'il vous en a coûté pour revenir à Dieu : l'amitié de Dieu, la grâce sanctifiante, toutes vos vertus, tous vos mérites, tous les trésors que vous avez amassés, tout serait dissipé et arraché de vos mains par le péché : vous seriez réduit à un état de dépouillement, d'indigence, de misère spirituelle, et, au lieu de tous ces biens précieux, n'ayant que des trésors de colère. Triste et funeste état où vous réduiraient votre infidélité et votre rechute !

2° Par le manque de persévérance votre état devant Dieu deviendrait pire encore que le premier, plus triste, plus déplorable, plus funeste qu'auparavant. C'est le Sauveur même qui nous le dit:

396 l'ame élevée a mr.r

/'nuit tiovissima illius Iiominis pejora prioribus. Le péché de rechute est bien plus grand devant Dieu, parce qu'il est commis avec plus de connaissance, plus de malice, plus d'ingratitude, après des grâces plus signalées, après des promesses plus solennelles, après des résolutions cimentées par le sang de Jésus-Christ même. Quel crime et quel malheur!

3° Eu manquant de persévérance, vous rendriez votre retour à Dieu bien plus difficile. Gomme les maladies où l'on retombe sont plus dangereuses et plus funestes, ainsi les plaies dé l'âme qui se renouvellent sont bien plus profondes et plus envenimées. Des passions qui ont pris une nouvelle force, le penchant au mal devenu plus violent, les habitudes plus enracinées ; quels obstacles au retour et à la pénitence! quels efforts redoublés, quels sacrifices généreux ne demanderaient-ils pas ! en seriez vous capable ! Et si avec moins d'obstacles vous ne vous êtes point soutenu, que deviendriez vous quand les obstacles seraient malheureusement multipliés, et vos forces sensiblement affaiblies.

4° Vous auriez à craindre que Dieu retirât ses grâces, du moins ses grâces privilégiées et choisies dont il vous avait si abondamment favorisé. Car enfin un père cruellement outragé par un fils ingrat et dénaturé sera-t-il bien porté à le prévenir et à lui ouvrir son cœur? Un ami indignement traité, déshonoré, fera-t il aisément les premières avances pour la réconciliation ? Un roi abandonné et trahi comblera-t il de ses faveurs signalées un sujet rebelle dont il aurait beaucoup à se plaindre? Dieu est votre roi, votre ami, votre père; si vous étiez assez malheureux pour l'offenser et l'outrager encore, surtout après qu'il vous a rendu sa tendresse et son co'iir.

devriez vous vous attendre à ses grâces de prédilection et de choix ? Ne devriez vous pas craindre, au contraire, qu'il les retirât, de peur d'une nouvelle profanation et d'un nouvel abus ?

5° J'ajoute même en tremblant que, par le défaut de persévérance, vous rendriez en quelque manière suspectes votre pénitence et votre conversion. Je sais bien que la grâce ne rend pas impeccable, et qu'après une conversion, même sincère, on peut retomber; que la rechute n'est point une marque assurée d'une fausse pénitence, je le sais; et à Dieu ne plaise que je veuille jeter le trouble et la terreur dans les âmes ; mais toujours est il vrai de dire que les rechutes donnent quelque sujet de crainte pour les pénitences passées, surtout quand ces rechutes sont promptes, sont fréquentes, sont plus réfléchies. Or, n'yeût-il sur ce point que la moindre crainte, le moindre soupçon, n'en est-ce pas assez pour faire souverainement redouter la rechute clans le péché, et par là même, pour nous engager à une sainte persévérance dans la grâce, de peur de nous exposer à ces tristes retours ?

Il y a plus encore ; et pour augmenter le désir, le soin d'une sainte persévérance, surtout par le juste motif d'amour et de reconnaissance envers Dieu, vous devez vous considérer en quelque manière comme un tison arraché de l'enfer par un effet des bontés de Dieu. Il est bien constant qu'une personne qui nous empêcherait de tomber dans un abîme nous ferait un plus grand bien que si elle nous en retirait, après y être tombés. Voilà ce que Dieu a l'ail pour vous. Par votre péché vousaviez mérité l'enfer: Dieu, en vous empêchanl d'y tomber, a fait plus pour vous que s'il vous en avait retiré après vous y

di

avoir précipité. Or, quel retour, quelle reconnaissance, quel amour devez-vous avoir pour lui, et comment lui marquer cette reconnaissance et cet amour, sinon par une fidélité inviolable, une perse vérance constante dans son saint service ? Et que serait-ce si une personne à qui on aurait sauvé la vie en la retirant du précipice, ou en l'empêchant d'y tomber, se tournait contre son bienfaiteur qui l'aurait sauvée ; si elle l'outrageait et s'élevait contre lui? Voilà quelle serait l'horreur de votre conduite envers Dieu, si, miséricordieusement prévenu et sauvé par sa grâce, vous veniez à l'olïenser de nouveau, à tourner contre lui les bienfaits mômes dont il vous aurait prévenu et comblé.

Si de pareils motifs trouvent en vous un cœur capable de sentiments, ne doivent ils pas vous engager à une sainte et inviolable persévérance dans son service, vous attacher pour toujours à lui, vous déterminer à perdre mille fois la vie plutôt que de l'abandonner ? Après tout, vous le savez, ce ne sont pas les commencements, c'est la fin qui décide. Celui-là seul sera sauvé, qui aura persévéré jusqu'à la fin : qui perseweraverit usque in jhtem, hic salvus erit.

MEDITATION

Sur les moyens lie persévérer dans le bien.

Je le comprends, o mon Dieu, mon Sauveur, mon souverain Bienfaiteur ! tous les motifs m'engagent à une sainte persévérance dans votre service. Nous avez déployé sur moi toute l'étendue de vos grandes miséricordes. De ma part, je ne désire rien tant que de m'attacher pour toujours à vous, et de prendre

TRÈNTEQU VTlilKMK LECTURE 399

pour cela tous les moyens qui dépendront cfe moi, de ma fidélité, de mes soins, de ma vigilance. Voici en particulier ceux ([ne je suis résolu d'employer et de consacrer à la reconnaissance que je vous dois. Eclairez-moi dans mes vues, soutenez moi dans mes résolutions, aidez-moi à remplir mon engagement.

Le premier moyen que j'emploierai, ce sera la prière, .lésais que la persévérance est un don, et un don des plus précieux, puisé dans les trésors de vos grâces : personne ne peut la mériter dignement; tous doivent la demander ardemment. Je vous la demanderai tous les jours de ma vie; je vous la demande en ce moment même, dans toute l'étendue de mes sentiments. C'est une grâce que je ne puis recevoir que de vos mains, accordez-la à mon humble prière. Vous m'ordonnez vous-même de vous la demander: c'est une marque que vous désirez plus ardemment me l'accorder, que je ne désire l'obtenir. Je la regarderai comme la plus grande des grâces, le plus précieux des trésors, le bonheur qui me prépare un bonheur suprême. Exaucez ma prière, vous comblerez mes désirs.

Deuxième moyen. Je ferai les réflexions les plus sérieuses et les plus solides pour m'animera la persévérance; je me dirai à moi-même : Les motifs qui m'ont engagé à me donner à Dieu, à revenir à Dieu, ne sont-ils pas toujours les mêmes ? Le Dieu que je sers n'est-il pas toujours également grand, égale ment bon, également saint et parfaii, également digne de mon cœur et de mes hommages ? L'évangile que je professe n'est-il pas toujours la loi sainte, la règle assurée qui doit m'érlairer et me conduire jusqu'à la fin? Les grandes vérités qui m'ont tou

ché, ont-elles changé ? Les ombres de la mort qui m'environnent sans cesse, les terreurs d'un juge ment redoutable où je puis être appelé à tous les instants, une éternité de bonheur ou de malheur, où je dois un jour aboutir ; tous ces grands objets ne doivent-ils pas être toujours présents à mes yeux, et diriger constamment Ions mes pas dans les voies du salut? J'espère que des réflexions si solides m'affermiront dans le bien, et m'armeront contre ma faiblesse et mon inconstance : memorarc novissimà tua.

Troisième moyen. La vigilance sur moi. sur mes sens, sur mon cœur, sur mes mauvais penchants, sur mes passions malheureuses, sur toutes mes démarches, sur toutes les actions de ma vie, sur les, illusions, les tentations du démon, de peur que cet ange de ténèbres se déguise en ange de lumières. Je sais que j'ai tout à craindre de moi, des ennemis de mon salut; sans une attention continuelle sutmoi, je serai dans un continuel danger de perdre la grâce de mon Dieu et de me perdre moi-même à jamais. Sainte vigilance, vous ouvrirez sans cesse mes yeux sur tous ces dangers, et à la faveur de vos divines lumières, je tâcherai d'éviter les pièges qui me sont tendus de toutes parts pour me perdre : vigilate et orate.

Quatrième moyen. La fuite des occasions : ce moyen est absolument et indispensablement nécessaire pour moi. Une triste expérience a dû me taire connaître, me faire craindre ma propre faiblesse. Oui, mon Dieu, je le comprends, je le sens, je le vois ; malgré toutes mes promesses, mes résolutions, mes propos, si je m'expose à l'occasion, l'occasion me perdra; parce que, d'une part, l'occasion me pré-

sentera toujours les mêmes objets : et de l'autre, j'aurai toujours dans moi le même Eondsde misères. Ainsi les mêmes objets feront à peu près les mêmes impressions, et les mêmes impressions me précipiteront dans les mêmes malheurs. Oui, fussions nous aussi sages que Salomon, aussi forts que Samson, clans l'occasion nous succomberons. Hélas! les plus fortes colonnes ont été ébranlées. Tremblons pour nous, faibles et timides roseaux, et soyons assurés que, surtout dans certaines occasions, il n'est que la fuite qui puisse soutenir et mettre à couvert du danger : qui amat pciïculum, peribit in Mo.

Cinquième moyen de persévérance. Me mettre audessus des jugements, des discours, des mépris du inonde. Funeste respect humain, à combien d'âmes n'as tu pas fait faire un déplorable naufrage ! A certains moments où la grâce parle au cœur, on regarde le monde d'un œil de mépris; on dit avec l'Apôtre, dans l'abondance de son cœur, que ni les discours, ni les railleries, ni les persécutions du monde, ni toutes les créatures conjurées ensemble ne pourront nous arracher à la grâce : Vertu* sum. Hélas ! il n'est pas nécessaire que toutes les créatures se liguent contre moi; un mot, une raillerie, un rien, c'en est souvent assez pour arrêter, pour ébranler tous mes projets de salut. Monde pervers, jusqu'à quand, par de fausses terreurs, ébranleras-tu la confiance des enfants de Dieu ? Adorable Sauveur, vous l'avez dit : si quelqu'un rougit de moi devant le monde, je rougirai moi-même de lui devant mon l'ère céleste. Le monde est votre ennemi : puis je ne pas m'en délier et ne le pas craindre ?

Sixième moyen. La fréquentation des sacrements.

402 l'ami-; élevée a dieu

Oui, mon Dieu, c'est là la source salutaire où j'irai puiser les forces qui me sont nécessaires. C'est l'unique moyen, ou du moins le moyen le plus efficace pour me soutenir. Si l'on se néglige en ce point, on risque de se démentir en tout. On attend d'un jour à l'autre, d'un mois à un autre: plus on diffère, plus on veut différer ; et quand on a différé un certain temps, on ne peut presque plus se déterminer. En attendant, privé de ce secours, et livré à sa propre faiblesse, on en éprouve bientôt les tristes effets. La ferveur se ralentit, la vigilance sur soi diminue, les mauvaises inclinations se réveillent, et s'il survient quelque occasion malheureuse, on est en danger de tomber dans quelque nouvel abîme, pour ne s'en relever peut être jamais. 0 mou âme ! ne vous éloignez plus de ces sources de salut et de vie, de peur de vous priver des secours que la grâce vous y pré pare, et de vous livrer, comme sans défense, aux ennemis conjurés contre vous. Nourrissez-vous de ce pain de vie, du pain même des anges, si vous voulez vivre de la vie de Dieu.

Septième moyen. La dévotion à Marie, à la reine des anges. 0 mon âme! comment pourriez vous jamais manquer à ce doux sentiment de confiance envers la plus tendre des mères ? Vous en avez si souvent éprouvé les salutaires effets! Or, si jamais vous avez eu besoin de réclamer sa puissante protection auprès de Dieu, n'est-ce pas surtout pour obtenir par son intercession la grâce des grâces, celle d'une sainte persévérance jusqu'à la fin? Demandezla tous les jours de votre vie; demandez la à cette tendre et divine mère avec la plus vive instance, et dans toute l'ardeur dont vos sentiments sont ca pables ; elle vous ouvrira les entrailles de sa miséricorde.

Bile vous tendra une main secoùrable, elle vous obtiendra l'abondance des secours célesies. Animée des sentiments de cette vive confiance, dès ce moment même, donne/, lui en des marques; deman dez par son intercession celle sainte persévérance qui fait l'objet de vos réflexions et de vos désirs.

Prière à la Sainte Vierge pour demander la grâce de la persévérance. — J'ai recours à vous. Vierge Sainte, pour obtenir la plus grande, la plus précieuse des grâces, celle d'où dépendent mon sort et mon salut éternel, la grâce d'une sainte persévérance. Souvenez-vous, divine Mère, que jamais il n'est arrivé, dans le cours des siècles, qu'aucun de ceux qui ont imploré votre protection ail été abandonné et l'ait implorée inutilement : je l'implore en ce moment dans toute l'étendue de mon cœur. En vain m'auriez-vous obtenu tantd'autres grâces, si je venais à être privé de celle de la persévérance. Toutes les autres n'auraient servi qu'à me rendre plus coupable dans le temps, par le peu d'usage (pie j'en aurais fait; et plus malheureux dans l'éternité, par la peine qu'il m'en faudrait subir. Obtenez-moi donc cetle grâce ineffable qui couronnera toutes les autres grâces, et m'obtiendra enfin la couronne de gloire. Ainsi soit-il.

CONSl DERATION

Sur les visites </<• Dieu dans les âmes, ou sur les différents états où les âmes peuvent se trouver.

Dans la vie intérieure, il y a des temps de douce consolation, des temps de pénibles épreuves. Dieu conduit les âmes tantôt sur le Thabor, et tantôt sur le Calvaire. Dans l'ordre de la grâce comme dans l'ordre de la nature, il y a des jours et des nuits, des jours sereins et des nuits obscures; c'est-à-dire que Dieu prépare à ces Ames, ou des visites qui les cou

soient, ou des épreuves qui les affligent. Il importe extrêmement de savoir comment ou doit se comporter dans ces différents temps pour entrer dans les vues de Dieu et ne point contrister l'Esprit-Saint dans nos cœurs.

Que faut-il faire dans le temps des douceurs et des consolations?

Que faut-il faire dans le temps des peines et des épreuves? Quels fruits tirer des unes et des autres?

Premier point. — H y a des temps de douceur et de consolation. Jours sereins et tranquilles, où le soleil de justice brille dans tout son éclat; où il ne répand dans les âmes que des influences bienfaisantes et des rosées salutaires; où, dans la prière, dans les communions, dans les communications avec Dieu, on goûte toutes les délices de la manne céleste; où l'on est toute ardeur, tout zèle et tout feu; où, transporté sur le Thabor, on dirait volontiers avec le prince des Apôtres : Seigneur, il est bon d'être ici, fixons-y notre séjour.

Ce n'est point, là ce que le Seigneur se propose dans ces jours de bénédictions, dans ces temps de visites si consolantes.

Considérons ce qu'ils sont dans la vue de Dieu, ce qu'ils doivent être par notre fidélité, ce qu'ils pourraient devenir par notre manque de correspondance. Quelle matière à nos réflexions !

1° Ce qu'ils sont, dans les vues de Dieu, et ce qu'il s'y propose pour sa gloire et pour notre salut.

Dieu s'y propose de nous donner une idée de sa gloire, de ses grandeurs, de sa magnificence, de sa bonté, de ses perfections adorables.

Dieu s'y propose de nous attirer toujours plus à lui par l'attrait de ses dons, par l'onction de ses

TRENTE QUATRIÈME LECTURE iOti

grâces, el la douceur de son saint service ; d'engager, de fixer nos cœurs el de nous affermir dans l'amour el la pratique du bien.

Dieu s'y propose peul être de nous préparer à quelque grand sacrifice, à quelque humiliation, à quelque grande épreuve ; il nous préparc au combat, el nous arme contre la tempête qui va s'élever. Ce sont ici comme lesannées d'abondance dans l'Egypte ; une triste disette vu bientôt succéder.

Ainsi, loin de nous endormir dans le calme, tenons-nous prêts, disposons nous à combattre et à soutenir les ('preuves quand le temps en sera venu.

2° Temps des visites consolantes; ee qu'il doit être par noire fidélité; un temps de reconnaissance el d'actions de grâces envers Dieu ; un temps d'humilité et de défiance de nous-mêmes ; un temps de vigilance et d'attention sur notre cœur et nos sentiments, c'est à dire un temps de moisson el de récolte pour les jours d'indigence et de privation.

Rappelons-nous le triste exemple des vierges folles, qui, faute de vigilance, sont surprises à la venue de l'Epoux, et par là même exclues du festin qui était préparé.

3° Temps des visites consolantes; ce qu'il peut devenir par notre manque de correspondance. Oui, ce temps de visites, si saint en lui-même, si précieux dans les vues de Dieu, si salutaire dans ses effets, peut, par notre faute et notre négligence, devenir un temps d'illusion, un temps de tentation, un temps d'orgueil, d'amour-propre, et en conséquence un temps de dangers et de chutes.

Tu temps d'illusion; l'ange de ténèbres peut se transformer en ange de lumière; tout esprit n'est pas l'esprit de Dieu. Il faut prendre garde alors de

tonner des résolutions extraordinaires, de prendre des déterminations qui tirent à conséquence. On peut s'engager mal à propos, prendre l'ombre pour la lumière, prendre un détour qui égare pour un chemin qui conduit au tenue. Il esl de la sagesse de ne rien faire de soi môme et sans conseil, tout avec prudence et maturité. Combien dames se sont ainsi égarées en présumant trop de leurs forces, et en comptant trop sur leurs dispositions présentes !

Le temps des visites consolantes peut devenir un temps de tentations. Le démon, nous trouvant alors moins sur nos gardes, peut profiter du manque de vigilance et nous prendre comme au dépourvu ; dans un mauvais moment, nous éloigner pour bien des années ; par un seul coup nous faire bien des plaies dangereuses ; et après quelques instants de douceurs trompeuses nous faire verser bien des larmes a mères.

Il peut devenir un temps d'orgueil et de vanité. On se comptait dans son état, on nourrit son amourpropre, on s'approprie les dons de Dieu, et par là on en abuse, on les pervertit.

C'est comme une épouse à qui un époux a donné des joyaux précieux ; elle en fait son ornement, sa parure ; elle s'en sert pour se jeter dans le monde, pour attirer les regards et les cœurs. Epouse ingrate. imprudente, hélas! peut-être bientôt infidèle. Dans de pareilles dispositions est-on bien éloigné du danger, et ne marche-ton pas sur le bord de l'abîme? Qui stat, videat ne codai. Le sage l'a dit, et l'on doit se le dire souvent à soi-même, que celui qui est debout prenne garde de tomber.

Que faut-il donc faire dans ce temps de visites

TRENTE Ql ATKIK.MK LECTL'UE 107

consolantes pour éviter ces malheurs et entrer dans

les vues de Dieu ?

1° Il faut nous humilier devant le Seigneur el nous croire absolument indignesde ses dons ; penser que s'il nous en favorise, c'est par un purefïel de sa bonté; c'est pour nous soutenir dans notre faiblesse, de peur que nous ne succombions. Prenons conseil, le conseil nous est nécessaire.

2° Il faut prendre garde de trop s'attacher à ces dons de Dieu, de les goûter et de s'y complaire ; il faut, au contraire, les rapporter tous à Dieu, comme à leur principe et leur fin, nous en regarder comme les simples dépositaires, et surtout marcher, tandis que nous avons la lumière, de peur que les ténèbres ne viennent nous surprendre.

3° Il faut nous attendre que ces temps heureux, ces jours consolants, ne dureront pas; nous attendre à la privation, être bien assurés qu'après les lumières viendront les ténèbres ; après la sérénité, les nuages ; qu'au calme succéderont les orages et les tempêtes. Préparons -nous donc, ou plutôt tenons-nous toujours prêts ; l'ennemi du salut tourne sans cesse autour de nous pour chercher une proie et la dévorer. Faisons donc des provisions, et ne dissipons pas les trésors que Dieu nous présente.

Cependant il ne faut pas faire de provisions dans un esprit de défiance ou de propriété, qui mette comme en réserve les dons de Dieu. La manne réservée pour le lendemain dégénérerait en pour riture. Faisons des provisions, non d'abondance et de propriété, mais des provisions d'humilité, des provisions de vigilance, des provisions de résigna tion, d'abandon entre les mains de Dieu ; soyons reconnaissants, Dieu sera libéral.

i08 l'ame élevée a dieu

Second point. — Comme dans le service 3e Dieu, il y a des jours sereins, il y a aussi des jours de nuages, des jours d'épreuves et de combats. Les prières ne sont plus que sécheresses; les consolations ont disparu ; les doux entretiens avec Dieu ne présentent plus leurs attraits; la source des communications intimes parait tarie ; le temps des orages et des tempêtes s'est élevé ; les tentations en foule viennent assaillir de toutes parts.

A cette vue, une âme autrefois nourrie de lait et de miel s'étonne et se trouble, s'alarme, croit tout perdu; et, comme au milieu d'une mer orageuse, s'écrie en tremblant: saka nos, Domine, périmas; sauvez nous, Seigneur, nous allons périr; heureuse encore, dans cet état, de recourir à son Dieu et de ne pas se livrer à elle-même et à ses alarmes.

Quels sont les desseins de Dieu dans ces visites pénibles ? et que devons-nous faire pour entrer dans ses vues ? Dieu veut nous éprouver, nous purifier, nous fortifier, peut être nous punir, peut-être nous préparer par l'humiliation à quelque grande grâce, à quelque nouvelle faveur. Adorons ses desseins; ils ne tendent qu'à notre bonheur et ne demandent que notre correspondance.

1° Dieu veut nous éprouver et voir si nous sommes capables de sacrifice. Souvent tranquilles au pied de ses autels, nous lui avons fait les plus grandes protestations de fidélité ; nous nous somme crus capables de tout pour sa gloire et son saint amour. 11 veut voir si les effets répondront aux paroles, si c'était la bouche ou le cœur qui parlait. Saint Pierre, hors du combat, était généreux ; à la première attaque il succombe; son infidélité fut bientôt lavée dans ses larmes.

î° Dieu veut nous purifier. Quelque sainte que soit une âme, elle ('prouve toujours en elle bien des misères. Les plus parfaits ont toujours bien des imperfections. Combien de fautes, d'infidélités, de résistances à la grâce ! combien de tiédeurs, de lan gueurs, de négligences dans le service d'un Dieu si saint ! Hélas! le juste même pèche sept fois le Jour, que sera-ce de nous? Or ce sont ces fautes, ces infidélités, ces tiédeurs, que Dieu veut nous faire expier par les épreuves où il nous met, par les coin bals où il nous engage, par les peines intérieures dont il permet que nous soyons alfligés. Par là il lave les taches de nos âmes. L'or se purifie dans le feu ; ainsi les âmes se purifient dans le feu de la tri bulation, qui leur rend toute leur beauté et tout leur éclat.

.'{" Par les épreuves, Dieu veut nous fortifier. L'arbre planté dans une terre féconde, en un lieu éniinent, est exposé à l'agitation et aux secousses des vents ; s'il résiste, il se fortifie et prend des racines plus profondes et plus assurées ; tel est l'effet des épreuves à l'égard de l'âme. Plantée dans une terre favorable, élevée à un état de grâce plus spéciale, les épreuves intérieures l'affermiront dans le bien, soit parce qu'alors Dieu lui donne plus de grâces, soit parce qu'elle-même, devenue plus attentive et plus vigilante, s'arme contre ses ennemis, et réunit toutes ses forces pour se mettre en état de défense. Quand j'éprouve ma faiblesse, disait saint Paul, c'est alors que j'éprouve en moi plus de force; (tarée que, dans cet état, convaincu de sa propre misère, on se réfugie en Dieu, et que ne peut-on pas avec son secours ?

i" Peut être, par les épreuves, Dieu veut-il nous

110 i.'amk ÉLEVÉE A 1)11.1

préparer à quelque gràcè particulière, à quelque laveur spéciale dont il désire nous combler. Il commence à bien établir en nous les fondements de l'humilité sur lesquels doit s'élever l'édifice de notre perfection.

Tels sont les desseins de Dieu sur nous dans les épreuves qu'il nous ménage ; desseins toujours de miséricorde, de providence, de salut et de grâce. Hélas ! souvent opposés aux desseins de Dieu, peu résignés à ses volontés, ennemis de notre propre bonheur, nous nous décourageons, nous nous inquiétons, nous nous laissons abattre et décourager ; peut-être même nous nous plaignons et nous murmurons.

Car voilà ce qui n'arrive que trop souvent ; tandis que la grâce sensible nous soutient et nous porte, tandis que les douceurs du service de Dieu se font sentir dans nos cœurs, tandis que le miel des consolations coule clans nos âmes, nous marchons, nous nous soutenons.

Mais du moment que le ciel s'obscurcit, que le soleil de justice semble se cacher et s'éclipser à nos yeux, nos cœurs abattus, nos âmes défaillantes, ne sont plus capables de rien ; nous nous arrêtons. nous reculons, nous nous mettons en danger de nous égarer.

Là-dessus on se dégoûte de la prière, on néglige ses pratiques, on manque à ses communions, et par là on éloigne la grâce, on s'expose à perdre le mérite de tout.

Que faut-il donc faire pour mettre à profit les épreuves, et les rendre salutaires et méritoires ?

Voici les vraies, les saintes, les solides dispositions qu'il faut prendre, avec le secours de la

TRENTE-QUATRIEME LECTURE ïl I

grâce qui nous sera toujours assurée dans Ions les temps, el plus encore dans celui îles épreuves.

I" Reconnaître humblement devant Dieu qu'on a bien mérité ses peines, et qu'on se les esl attirées par sa faute : peccari.

1° S'adresser à Dieu, recourir à la prière pour implorer son secours et son assistance plus spéciale : veni, Domine.

3° S'armer de courage et de confiance, persuade que Dieu est alors plus près de nous que jamais. Où étiez-vous, Seigneur? s'écriait saint Antoine, au milieu des tentations terribles dont il était assailli. J'étais auprès de vous, lui dii le Seigneur; et une marque que j'étais présent, c'est que vous n'avez pas succombé.

4° Loin de se négliger, de quitter les pratiques de piété, il tant s'y affermir, les redoubler, y être plus exact que jamais. Doit-on quitter les armes dans le temps du combat ?

Sur toutes choses, dans ces temps d'épreuves, de sécheresse, de délaissement, nous unir à Jésus Christ, notre divin modèle. Il a été comme délaissé lui-même de son Père céleste dans le fort de sa passion et de ses souffrances ; il les offrait alors pour nous mériter les «races et les secours dans les temps de nos aflictions et de nos combats.

Enfin, dans le temps de nuages et d'obscurités, espérer des jours plus heureux ; âpre; l'hiver, le printemps; après la tempête, le calme; après les ténèbres, l'éclat des lumières. On goûtera mieux les douceurs delà paix après les horreurs du combat.

Ainsi ont été éprouvés tous les saints ; tous ont marché par cette voie semée d'épines, souvent arrosée de leurs larmes, quelquefois même inondée de

leur sang. Avant que d'arriver à la terre promise, il faut avoir traversé le désert.

Lequel vaut mieux pour nous, lequel est le plus salutaire pour le bien de nos âmes, le temps des consolations ou le temps des épreuves ? Nous -pouvons dire en général que celui que Dieu nous envoie, dès que nous en ferons un saint usage, est le meilleur pour nous. Mais ce que nous pouvons ajouter, c'est que dans le temps des épreuves, il y a pour nous moins à craindre et plus à mériter; et que dans le temps des consolations, au contraire, il y a moins à mériter et bien plus à craindre.

Encore une fois, laissons tout entre les mains de Dieu ; prenons ce qu'il nous donne; recevons ce qu'il nous envoie ; remettons-lui^ notre sort; tâchons de faire un saint usage de ce qu'il permet. S'il nous rend des visites consolantes, recevons-les avec reconnaissance ; s'il nous fait part des amertumes de son calice, recevons les de sa main et dans son esprit.

Soyons fidèles à sa grâce, abandonnons-nous à sa providence, espérons tout de sa miséricorde ; il sait le chemin qui doit nous conduire au bonheur; c'est à nous de le suivre sans nous arrêter ; si la route est pénible, le terme nous dédommagera de toutes les peines.

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