TR EXT E UNI KM F. L ECT I ' R E
Cette âme est-elle en possession de la paix, que sera I elle par rapport à Dieu? que trouvera ton dans elle, sinon la soumission, la résignation, et la dépendance, fidélité inviolable à sa grâce, abandon total à sa providence, conformité, union entière à ses sentiments.
Par rapport au prochain, que trouvera-t on dans une âme en paix, sinon la charité, la bonté, l'affabilité, la condescendance? En elle, ni ressentiment, ni fiel, ni aigreur, ni jalousie, ni envie : ce ne sont pas là les sentiments de la paix ; dès lors ils lui sont inconnus; elle ne voit des défauts que pour les supporter, des besoins que pour les soulager, des misères que pour y compatir.
En elle-même, toujours même égalité, dans quelque circonstance qu'elle se trouve. Quoi qu'il arrive, quelque événement qui survienne, rien ne l'altère, rien ne l'abat ; dans la perte de tout, trouvant tout dans l'abondance de cette paix. Les biens seront enlevés, la fortune tombera, la santé s'altérera ; le inonde périrait, la paix ne serait point altérée: dans la décadence de tout le reste, la paix seule subsistera ; et sur les débris mêmes de tout le reste, elle s'élèvera et établira le triomphe et le trône du Dieu de la paix.
Ainsi en est il des choses temporelles; ainsi en sera-t-il encore des choses de piété, des pratiques de religion. Partout vous trouverez l'âme dans cette paix, et cette paix fait les délices de l'âme.
Faut il au pied des autels ou de son oratoire, offrir à Dieu l'hommage de sa prière, elle y va avec confiance, elle y est avec joie, elle l'offre à Dieu par les mains de la paix. Faufil s'approcher du tribunal sacré de la pénitence, elle le regarde comme le sacre -
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ment de sa réconciliation avec Dieu : elle voit ses péchés, ses péchés l'humilient, la confondent, mais ne la découragent, ne l'abattent pas : elle s'approche donc de ce sacré tribunal comme de celui de la paix et elle est toute consolée, toute transportée, lorsqu'en sortant, le ministre de Dieu lui fait entendre ces douces paroles: Allez en paix : vade in parc.
Faut-il s'approcher de la sainte table, elle va recevoir le Dieu de la paix ; c'est la paix qui lui prépare les voies ; c'est la paix qui dispose ses affections, qui prépare ses sentiments; et quand ce Dieu de bonté vient à elle, la paix est à la porte du cœur pour le recevoir; elle l'introduit comme en triomphe dans l'âme.
Ainsi cette paix règle, dirige, console, accompagne l'homme durant le cours de sa vie; elle le suivra encore à la mort, et alors même plus que jamais, elle lui fera éprouver ses faveurs.
Je me transporte en esprit dans ces derniers moments, ces moments critiques d'un homme mourant. Quel spectacle je considère autour de lui ! tout semble se réunir pour l'effrayer et l'intimider : entouré des ombres de la mort, investi des obscurités du tombeau, assailli des spectres lugubres, les frayeurs, les craintes, les terreurs, tout l'environne pour l'alarmer. 0 paix intérieure ! le délaisserezvous dans ce triste état? Au milieu des sombres ténèbres, la paix, l'aimable paix viendra allumer son flambeau ; et à la lueur de ce céleste flambeau, les ombres se dissiperont, les nuages seront dispersés, les spectres lugubres s'évanouiront, la paix se montrera à ses yeux, elle rappellera la tranquillité de son âme, elle modérera l'excès de ses frayeurs, elle recevra enfin ses derniers soupirs, et faisant changer
de face à tous les objets, elle ne présentera la mort que comme un doux sommeil ; le souverain juge, que coin me un tendre père ; l'avenir, que comme un doux asile ; la fin de cette vie périssable et moitelle, que comme le commencement d'une vie immortelle et durable; l'éternité, que comme la région des vivants, parce qu'elle est par excellence la région de la paix.
0 paix! ô délices! ù ciel! qu'avez-vous de plus grand, de plus consolant? Paix céleste, résidez-vous en ce monde? et ne devions-nous pas craindre que, dédaignant cette terre, vous n'ayez pris votre essor vers le ciel pour y fixer votre séjour? Où êtes-vous, ù paix désirée! où résidez-vous? où faut-il aller pour vous chercher ? Faut-il se transporterai! delà des mers, aux extrémités de la terre, pour vous trouver? Que faut il donner pour vous acheter? que faut-il faire pour vous posséder?
C'est dans vous même, âme fidèle, que vous la trouverez, que vous la posséderez, si vous la désirez sincèrement. Elle ne cherche que des cœurs préparés pour y résider ; disposez le vôtre, elle y établira son séjour et son règne avec celui de Dieu même.
MÉDITATION
Sur les moyens d'acquérir el de conserver la paix de l'âme.
La paix de l'âme étant un bien si grand, si nécessaire et si divin, il n'est point de moyen au inonde que je ne doive prendre pour l'acquérir et la conserver.
Découvrez moi ces moyens salutaires, ô mon Dieu ! je ne désire les connaître que pour les employer, et je ne désire les employer qu'en vue de cette paix
ineffable que le monde ne saurait donner, et que votre grâce seule peut nous procurer.
Le premier moyen d'acquérir et de conserver la paix, c'est d'éviter le péché. C'est là l'ennemi implacable de cette paix ; c'est le glaive qui perce le cœur, c'est le poison qui le déchire ; c'est le ver rongeur qui le dévore; jamais le péché el la paix ne firent entre eux d'alliance ; eh ! quelle paix peut on goûter, quand on sait qu'on est ennemi de son Dieu ?
Je le comprends, ô mon Dieu! rien qui soit plus selon les lois de votre sagesse et de votre justice ; il est juste que, quand on perd votre grâce, on perde la paix; que, quand on devient votre ennemi, on devienne son propre ennemi, que, quand on cherche sa satisfaction hors de vous, on n'y trouve qu'affliction d'esprit et amertume de cœur : eh ! quel serait mon malheur, si, étant clans le péché, j'y trouvais la paix! Si je vivais tranquille dans le désordre, ne serait-ce pas pour moi le plus grand aveuglement et le plus grand malheur tout ensemble? ne serait-ce pas une marque que vous vous seriez entièrement retiré de moi, que vous m'auriez abandonné à mon égarement ? Quelle ressource me resterait-il si, par l'agitation de mon âme, vous ne me faisiez comprendre que je ne suis pas ce que je devrais être; que mon âme sera dans le trouble tant qu'elle sera dans le péché, et que, la paix une fois perdue, tout bonheur est perdu pour moi! L'oracle est porté, et l'oracle s'accomplit tous les jours ; une âme coupable trouve à jamais dans elle-même son propre tourment: jussisti. Domine, etc.
Comprenez le donc, ô mon âme! et ne l'oubliez jamais: si vous voulez jouir de la paix intérieure, fuyez le péché, craignez le pérhé. tremblez à sa vue.
comme à la vue d'un monstre, et soyez bien assurée (| ne, du moment que le péché entrerail dans vous, la paix en serait bannie; et que pourrait alors vous offrir le péché qui vous dédommageât de la perte que vous auriez faite en perdant la paix, unique bien à désirer en ce monde?
Le second moyen pour acquérir et conserver la paix, c'est d'éviter toute infidélité réfléchie, toute résistance volontaire à la grâce et à la voix de Dieu. L'Esprit Saint même nous L'a dit, et l'expérience d'un million de pécheurs le confirme: quel est celui qui, en résistant à Dieu, a jamais trouvé le bien de la paix ? qui reslitit ci. et pacem habuit? Il est impossible de résister volontairement à la grâce sans comprendre qu'on déplaît à Dieu, qu'on afflige le cœur de Dieu, qu'on attriste l'Esprit- Saint dans son cœur, et avec cette vue et dans cette persuasion intime, peut-on n'être pas troublé, agité, et sentir qu'on s'éloigne de l'ordre, qu'on s'écarte des voies de la grâce, et que dès lors, selon le langage de l'Esprit Saint, la justice et la paix ne peuvent se donner dans notre âme ce baiser sacré qui en fait les délices : justitia et par osculatœ surit.
Ah! je ne l'ai que trop éprouvé en moi-même: si bien souvent dans ma vie j'ai perdu la paix de mon àme, si dans certains moments je me trouvais tout agité, tout inquiet, devais-jeen chercher d'autres causes que mes résistances et mes infidélités à la voix de la grâce? N'était-ce pas une voix secrète qui, en s'élevant dans moi, contre moi, me disait intérieurement: Tu déplais à Dieu, tu t'éloignes de Dieu, tu centristes l'Esprit- Saint dans ton cœur, tu perdras la tranquillité et le calme de ta conscience?
Cependant Combien de résistances et d'infidélités
n'ai je pas à me reprocher! combien de fois n'ai je pas par là banni la paix de mon cœur! J'étais quelquefois étonné du trouble de mon àme, je lui disais: Pourquoi vous troubler, ô mon àme ! et vous livrer à ces agitations ! quare tristis es? Ne devais- je pas comprendre que j'en portais la cause en moi-même, et que mes résistances à la grâce en étaient la funeste source? Non, jamais plus de résistance ainsi réfléchie à vos saintes lumières, ô mon Dieu ! les ténèbres, le trouble, les remords, la suivraient bientôt; et comme je veux conserver la paix de mon âme au prix de tout autre bien, j'éviterai tout ce qui pourra la troubler : et comme toute résistance à votre voix, toute infidélité à votre grâce serait un obstacle à cette paix ineffable; jamais pareille résistance ne trouvera d'entrée dans mon cœur. Je craindrais au même instant de voir la paix sortir de mon àme, m'abandonner à mes cruelles agitations, à mes remords dévorants. Je croirais vous voir irrité, armé contre moi ; et dans cet état, de quelle paix pourrais-je jouir? Mon cœur ne serait- il pas comme une espèce d'enfer, par le trouble et les alarmes qui se répandraient en lui après mes infidélités envers vous.
Le troisième moyen de conserver la paix de l'âme, c'est la mortilication des passions et des sens. O mon àme, voulez vous avoir la paix avec Dieu? déclarezvous la guerre à vous-même. Toute passion est ennemie de notre repos, parce qu'elle trouble et renverse l'ordre de Dieu. Pour que la paix règne en nous, il faut que les passions soient dominées et soumises à son empire. La paix veut régner comme en souveraine, il faut que tout lui soit soumis : son règne ne saurait s'établir que dans le calme; une
seule passion suffit pour jeter le trouble et le désordre dans une aine.
Vous l'avez dit, adorable Sauveur : je ne suis pas venu au inonde apporter la paix, mais le glaive, c'est-à-dire que, pour avoir la paix en nous, il faut nous armer contre nous-mêmes, prendre le glaive delà mortification en main, combattre constamment nos passions, nos inclinations, nos penchants ; ce n'est que par mille combats et une guerre continuelle contre nous-mêmes que nous pouvons obtenir la victoire et la paix : il faut détruire et subjuguer ses ennemis ; autrement ils s'élèveront sans cesse contre elle et contre nous, et nous réduiront enfin sous leur empire tyrannique et leur esclavage honteux.
Avec quel soin ne dois-je donc pas entreprendre ce combat, si je veux avoir et conserver cette paix intérieure, seule capable de l'aire le bonheur de ma vie? Aidez-moi, ô mon Dieu ! ù vous le Dieu de paix! fortifiez-moi dans le combat des passions, si difficile à mon cœur, et cependant si nécessaire à la paix de mon âme. C'est pour mon bonheur, il est vrai, que je la désire; mais c'est encore pour votre gloire, puisque je ne puis la perdre sans vous déplaire et vous offenser.
Le quatrième moyen, et le moyen le plus sûr, le plus infaillible d'acquérir, dégoûter et de conserver la paix de L'âme, c'est une conformité entière et absolue à la volonté de Dieu, un abandon total et sans réserve à sa providence ; c'est de se jeter entre ses bras, et de le laisser, en maître absolu, disposer souverainement de notre sort, nous reposant entièrement sur lui de tout ce qui nous regarde, et dès lors nous abandonnant entièrement à sa divine cou duite, sans plus nous permettre ni retour ni réflexion
sur tous les événements de la vie: dans cet heureux état, qui pourrait jamais troubler la paix d'une âme qui veut tout ce que Dieu veut ou permet: qui ne regarde en tout que la disposition de la Providence ; qui, levant les yeux au ciel, adore dans tout celui qui dispose de tout?
Oh! que ce moyen est divin! qu'il est assuré! qu'il est infaillible pour avoir la paix ! qu'une âme qui entrerait dans cette vue entrerait bientôt dans les yoies de la paix ! qu'elle y marcherait à grands pas ! qu'elle y serait saintement, sûrement, invariablement établie! qu'elle y coulerait des jours sereins et heureux !
0 mon âme ! tu t'es refusée à ces jours précieux et tranquilles; tu n'as pas voulu marcher dans cette voie d'un saint abandon, ah ! si tu avais su connaître ce que Dieu te préparait pour le bien de la paix, quelles délices il t'aurait fait goûter ! quels mérites n'aurais tu pas acquis ! cognorisses que adpacem tilri. Mais aveuglée par les nuages de tes passions et de tes illusions, tu as méconnu la voie du bonheur ; tu t'es égarée hors des sentiers de la paix, et en courant après des satisfactions trompeuses et passagères, tu t'es privée des véritables et solides douceurs : nune autem abscondita sunt.
0 mon Dieu ! je connais mon erreur, je déplore mon égarement. Insensée que j'étais, je cherchais la paix, je la désirais, je disais : pa.r. par ; et la paix se refusait à mes désirs, parce que je me refusais à ses sages conseils, et non eratpax.
Mon Dieu, pourquoi nous égarer ainsi? persuadés que vous êtes notre père, que vous voulez notre bien, que vous savez ce qui nous convient, qu'avons nous à faire, qu'à nous tenir en paix et tranquilles
dans le sein de votre providence, comme un tendre enfant dans le sein de sa mère ? Nous serions saints, et nous serions heureux.
Prière. — Dieu de bonté ! plus que jamais je désire la paix do mon âme; jo ne désire que ce bien en ce monde ; je le désire par-dessus tous les biens de la terre. Dieu de paix, si jamais je vous ai demandé une grâce avec instance, avec empressement, avec un désir sincère et ardent de l'obtenir, c'est la grande grâce que je sollicite aujourd'hui, la paix de mon âme : que les autres vous demandent les douceurs, les consolations de la vie; pour moi, je porte mes vœux vers cette paix ineffable; je vous la demande dans toute l'étendue de mon cœur, et selon toute l'étendue de vos miséricordes. Je ne la demande pas au monde, je sais que le monde ne peut la donner; mais vous savez aussi que ce fruit précieux ne naît pas dans mon propre fonds. Je porte au contraire en moi tous les principes qui peuvent l'altérer et me la ravir : des passions violentes, des inclinations perverses, des penchants malheureux, tout dans moi combat contre cette paix ; il n'est donc que vous qui puissiez me l'accorder, m'en ton server la possession. Je vous la demande par votre bonté infinie, par cette paix que vous êtes venu annoncer à la terre, par cette paix que vous faites régner dans le ciel, et plus encore par cette paix inaltérable qui règne dans votre cœur. De ma part, pour obtenir de vous un bien si nécessaire et si précieux, voici ce que je me propose avec votre grâce, source de tout bien, et surtout du bien de la paix.
Réflexions et pratiques. — 1° Pour l'obtenir, je vous la demanderai souvent, ù mon Dieu ! avec toute l'humilité, toute l'instance, toute l'ardeur dont je suis capable ; vous avez tout promis à une prière humble et constante.
2" Pour la conserver, j'éviterai avec soin tout ce qui peut y mettre obstacle dans moi : tout péché', toute in fi-
délité, toute résistance à cette grâce ; ce serait le moyen de l'éloigner à jamais.
3° .le ne garderai jamais aucun doute, aucune peine qui puisse troubler cette paix dans mon cœur. Tout doute est un ver rongeur et un funeste levain.
4" Quand j'aurai des peines et des tourments intérieurs, je vous les offrirai en esprit de pénitence : je n'ai pas mérité de goûter cette paix, après tant d'infidélités et de résistances.
.">" Pour purifier mon âme et lui rendre le calme, j'approcherai des sacrements, et j'y puiserai ces fleuves de paix, ces eaux salutaires qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle.
6° Je demanderai surtout la paix de l'âme pour ces derniers moments qui doivent terminer ma course, afin que l'Eglise puisse alors vous ofïrir pour moi cette consolante prière : Requiescat in pace.
TRENTE DEUXIEME LECTURE Sur l'amour de Dieu.
0 hommes! sortis de la main de Dieu, et créés à l'image de Dieu, voici le grand et inviolable précepte que vous impose l'Auteur de votre être pour vous conduire au terme de votre bonheur. Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre âme, de toutes vos forces : diliges Dominum ex toto corde tuo. Un père veut être aimé en père ; un ami veut être aimé en ami ; un roi veut être aimé en roi ; et Dieu veut être aimé en Dieu ; c'est-à-dire que nous devons l'aimer dans tout, avant tout, par-dessus tout,préférablement à tout. L'amour que l'on porte doit être proportionné au bien que
TRENTE-DEUXIÈME LECTUR E 'M I
l'on aime : si le bien est plus précieux, l'amour sera plus ardent ; si le bien était infini et immense, l'amour, s'il était possible, devrait être immense et infini comme lui. Or, Dieu est infiniment au-dessus de tout autre bien ; l'amour que nous lui portons doit être au-dessus de tout autre amour. Nous devons donc l'aimer par dessus toutes cboses : plus que nos biens, parce qu'ils sont terrestres ; plus que nos amis, parce qu'ils sont mortels ; plus que notre vie, parce qu'elle est périssable ; plus que nousmêmes, parce que nous sommes à lui : (litiges ; voilà quel est cet amour de préférence si souvent cité, si souvent célébré, jamais assez médité, jamais assez pratiqué.
Mais cet amour si parfait, en quoi consiste-t-il et à quoi nous engage-t-il ? C'est une estime souveraine, qui donne à Dieu la première place dans notre cœur ; c'est un attachement inviolable à la loi, qui nous fait préférer l'amitié de Dieu à tout autre bien qui se trouverait en concurrence avec lui ; c'est une disposition intérieure de cœur, telle que si, dans une balance, on voyait d'un côté l'amour de son Dieu, et de l'autre les trônes, les couronnes, les sceptres, tous les biens créés et possibles, on n'hésiterait pas un instant à renoncer, s'il le fallait, à tout autre bien, pour conserver celui de la grâce; on aimerait mieux renoncer à la possession éternelle de mille mondes, que de renoncer un seul instant à l'amitié de son Dieu. C'est une résolution généreuse del'àme disposée à tout entreprendre, à tout sacrifier, à tout souffrir plutôt que de blesser, de désobliger en rien l'amour de son Dieu; les afflictions, les tourments, les tyrans, la mort, mille morts présentées à ses yeux, ne seraient pas capables de l'ébranler.
'Mi l'ame élevée a dieu
Tel esl l'amour de la préférence qu'exige la loi ; à cet amour souverain se rapportent tous les autres amours de Dieu. Amour de complaisance, qui se réjouit des biens essentiels et inefïables que Dieu possède en lui-même, de sa gloire, de ses grandeurs, de ses perfections, de son bonheur.
Amour de bienveillance, qui souhaite ta Dieu l'honneur qu'on peut lui procurer, qui voudrait le voir adoré, aimé, servi, glorifié dans tout l'univers, honoré du cœur et de l'hommage de tous les hommes.
Amour de reconnaissance, qui bénit Dieu des grâces dont il le comble, et dont il reconnaît sa bonté pour principe.
Amour de pénitence, qui gémit amèrement, ou de ne l'avoir pas aimé, ou de l'avoir offensé ; tout cela, autant de rejetons sortis de la même tige, autant de ruisseaux émanés de la même source, c'est-à-dire autant de manières d'aimer Dieu, renfermées éminemment dans l'amour de préférence qui fait l'objet du précepte, et qui rend le plus digne hommage : (litiges.
.Mais cet amour souverain, si relevé, si parfait, est-il possible en ce monde ? nous sommes si faibles, si imparfaits.
On comprend que, dans le ciel, où nous verrons Dieu face à face, où rien ne partagera notre cœur, nous l'aimerons en effet sans partage ; mais en ce lieu d'exil, exposés que nous sommes à tant d'objets qui nous dissipent, à tant de tentations qui nous attaquent, à tant de passions qui nous tyrannisent, comment aimer Dieu dans cette étendue ?
L'amour de Dieu peut être considéré ou dans sa perfection, ou dans son essence: dans sa perfection,
TRENTEJDEUXÏËME LECTURE 'M'.\
il consisterai! clans lesentiment d'une ferveur continuelle, actuelle, toujours ardente, toujours permanente, à ne perdre jamais Dieu de vue, à se tenir sans cesse dans sa divine présence. En ce sens et sous ce point de vue la charité ne peut être parfaite en ce monde ; elle ne le sera pleinement que dans le ciel. Partagé entre tant d'occupations et tant de devoirs sur la terre, notre esprit ne saurait être toujours uni à Dieu dans cette ferveur actuelle. Mais le précepte, dans son essence, consistant à donner à Dieu la préférence sur tout, et à être prêt à renoncer à tout plutôt qua sa grâce, est non seule ment possible, mais tous les jours il est par les justes réduit en pratique, des millions de martyrs l'ont signé de leur sang.
Mon Dieu, je voudrais bien vous aimer ; il me semble que je le désire, que ce serait mon bonheur, ma consolation de vous aimer ; mais je ne sens point cet amour; mon cœur est souvent dans une sécheresse, une espèce d'indifférence qui m'afflige, qui m'alarme. Quand je suis devant vous, mon cœur ne sent rien, ne dit rien; je suis pour vous comme sans sentiment et sans finie ; je crains de ne pas vous aimer.
Pour calmer nos alarmes, distinguons l'amour sensible et de goût d'avec l'amour solide et de pure foi. L'amour sensible, on l'éprouve quelquefois dans certains moments de ferveur, de douceur, de consolation ; le cœur se porte à Dieu avec une sainte ardeur et un doux transport ; mais cet amour ne dépend point de nous ; aussi n'est-il point coin mandé. On peut aimer Dieu sans goûter cet amour sensible, bien des saints ne l'ont jamais éprouvé. Çontentons-nous de l'amour solide ; soyons prêts à
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tout sacrifier, à tout souffrir, à mille fois mourir plutôt que d'ofïenser Dieu et de perdre son saint amour. Du reste, abandonnons-nous à sa divine bonté.
Mais, en aimant Dieu, nous est-il défendu d'aimer autre chose que lui ! Non, Dieu n'a point prétendu étouffer dans nos cœurs tout sentiment et nous réduire à une indifférence qu'il condamne lui même par la voix de la nature et de la raison. Il nous défend d'aimer autre chose que lui, d'un amour indépendant, qui se borne là, sans s'élever jusqu'à lui, mais il nous permet d'aimer autre chose d'un amour dépendant et subordonné, qui se rapporte à lui comme à sa fin. Ainsi, pères et mères, aimez vos enfants ; épouses, aimez vos époux ; amis, aimez vos amis ; mais aimez les en Dieu, pour Dieu, et toujours moins que Dieu, ou plutôt aimez Dieu en eux. L'amour de Dieu, dit saint Augustin, est comme un grand fleuve qui coule dans une vaste plaine ; tous les ruisseaux viennent s'y jeter et s'y rendre comme tributaires. Ce grand fleuve, c'est l'amour de Dieu qui coule dans nos cœurs ; tous les autres amours bien réglés sont comme autant de ruisseaux différents qui viennent s'y rendre comme tributaires, et offrir leur hommage à l'amour divin, qui les réunit tous dans l'immense océan des perfections adorables. Ainsi l'on aime Dieu en tout, et tout dans Dieu.
A quelles marques peut-on connaître qu'on aime Dieu ? Je voudrais vous aimer, ô mon Dieu ! et pouvoir me rendre quelque témoignage que je vous aime.
Arrêtons-nous, et gardons-nous de sonder la profondeur des abimes. De marque assurée et infail-
lilile, il n'eu est point eu ce monde. Personne oe sait s'il est digne d'amour ou de haine; c'est un secret que Dieu s'est réservé. Cependant, âme fidèle, pour donner quelque chose à votre faiblesse ou à votre empressement, voici quelques marques, sinon assurées, du moins consolantes : Désirez vous sincèrement, ardemment, d'aimer Dieu ? Si cela est, rassurez-vous ; le désir ardent d'une chose n'est pas éloigné de sa possession, quand, pour la posséder, il suffit de la désirer. 2° Pensez vous à Dieu avec plaisir ? Etes-vous bien aise d'en entendre parler, d'en rappeler le souvenir ? Si cela est, consolezvous. Si vous pensiez souvent au inonde avec complaisance, vous auriez tout à craindre. 3° Avez-vous une grande horreur du péché, le regardez-vous comme le plus grand des malheurs ? ayez confiance ; point de marque plus sensible qu'on aime que la crainte de ne pas aimer. \° Observez-vous les commandements du Seigneur? tâchez-vous de remplir sa loi sainte ? calmez vos agitations ; c'est Jésus Christ même qui nous le dit : celui qui observe ma loi c'est celui qui m'aime. Après tout, ce qui vous importe, c'est d'aimer Dieu, et non de connaître si vous l'aimez : quand vous le connaîtriez, que feriezvous? faites-le, et vous aimerez. La pratique du bien vaut mieux que sa connaissance, qui pourrait flatter l'amour-propre et vous enlever des mains le trésor, si vous vous croyiez assuré de le posséder.
Que nous serions heureux si, réunissant tous ces grands objets sous un seul point de vue, nous pouvions bien comprendre ce que c'est qu'un acte d'amour de Dieu parfait, pour le former à présent dans nos cœurs; si nous pouvions connaître quelle en est la grandeur, la beauté, la dignité, la subli
mité, l'excellence et le prix. Concevons-le devant Dieu.
C'est la plus sainte de toutes les actions de la vie, c'est la disposition la plus parfaite du cœur ; c'est le sentiment le plus héroïque de l'âme ; c'est l'exercice le plus digne de la religion ; c'est la pratique la plus sublime du christianisme; c'est l'œuvre la plus sainte que puisse faire une pauvre créature ; c'est l'hommage le plus glorieux qui puisse être offert à un Dieu ; c'est ce qui nous approche de plus près des intelligences célestes ; c'est ce qui nous donne entrée dans le cœur de Dieu même, et qui nous élève déjà en quelque manière au ciel, quoique encore habitants de la terre.
L'acte d'un amour parfait envers Dieu est quelque chose de si grand et de si sublime, qu'il renferme en lui le prix de toutes les grâces, le mérite de toutes les vertus ; disons plus, ce seul acte serait capable d'effacer l'horreur de tous les péchés. Oui, si nous formions un acte d'amour parfait avec le désir du sacrement, eussions-nous commis les plus grands crimes, eussions nous été plongés dans tous les désordres, eussions nous donné dans tous les excès, à l'instant même tous nos péchés seraient elîacés ; et si en ce moment on venait à mourir, cet acte d'amour pourrait être si parfait, qu'à l'instant même cette âme irait jouir de la présence du céleste Epoux.
0 hommes ! qui que vous soyez, aimez donc le Seigneur, et ne vivez sur la terre que pour l'aimer et pour vous mettre en état de l'aimer à jamais. A qui prodiguez vous vos sentiments et vos cœurs? que vous restera-t-il un jour de toutes les affections terrestres et périssables ? Elles auront occupé.
troublé, agité vos cœurs, les auront-elles jamais satisfaits et remplis? Aimez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur; aimez-le jusqu'au dernier soupir de la vie, et que le dernier soupir même de la vie soit un soupir d'amour envers Dieu.