ET LA CHARITÉ CHRÉTIENNE
La méditation des fins dernières doit conduire à la pralique des œuvres saintes : une des plus essentielles, c'est la charité et le pardon des ennemis.
C’est Jésus-Christ même qui, revêtu de tout le poids de son aulorilé, nous ordonne expressément de pardonner à nos ennemis, et même de les aimer en Chrétiens, Ego dico vobis : diligite inimicos vestros (1), nous dit-il à tous. Bien des voix étrangères se feront entendre pour vous séduire; le monde, toujours bervers, vous dira : Vengezvous ; la passion, aigrissant le cœur, vous dira : Vengezvous ; la coutume, tâchant de prescrire contre la loi, vous dira : Vengez-vous ; el moi, votre Dieu, votre Roi, votre
(1) Luc. vi.
AME ÉLEV. LE
Maître, je vous dis en souverain, et sous peine de tous mes anathèmes: Pardonnez; ne vous en lenez pas même là, aimez vos ennemis, Diligite ; faites du bien à ceux qui vous haïssent et qui vous persécutent, Benefacile iis qui oderunt vos. Imitez votre Père céleste, qui fait lever son soleil, et qui répand une pluie salutaire, non-seulement sur les justes qui l'aiment, mais encore sur les méchants qui l’offensent, Solem suum oriri facit super bonos et malos (1). Voilà l'oracle, voilà le précepte : c’est un Dieu qui nous l’intime sous peine d'une damnation éternelle. Ecoutez-le, et pensez-y bien.
Dans la pratique, voici l'obligation indispensable qui est imposée à tout Chrétien.
Obligation de réconciliation avec son ennemi, et de se réconcilier sincèrement et de cœur.
Obligation de paraîlre réconcilié, d'en donner des marques ; et si l'inimitié a été publique, que la réconciliation devienne publique elle-même,
Obligation d'aimer ses ennemis, de leur vouloir du bien, de leur en souhaiter, de leur en faire même, si on le peut, s'ils le demandent au noi de Jésus-Christ, etc.
Obligation de prier pour eux, de s'intéresser pour eux devant Dieu: ce point est essentiel, et expressément marqué dans la loi, Orate pro persequentibus et calumniantibus vos.
Telle est l'obligation, la nécessité, l'étendue, la sainteté, la perfection de la foi.
Précepte si grand, que Dieu l’a porté dans les termes les plus énergiques, Ego autem dico vobis ; préceple si pressant, que Dieu ne veut pas que le soleil se couche sur votre colère, Sol non occidat super iracundiam vestram (2) , précepte si sacré, que quand même vous seriez au pied de l'autel pour offrir votre sacrifice, Dieu veut
(1) Matth., v. — (2) Ephes., 1v.
que vo concili {uo ;p on nef si l’on ment €« que, si prière prono Que di mille pardon ne pard Dieu ne si VOUS de moi moi vo m'écra prière ?
geance, les fléat nemi vi Oen nemis ; Mais ni resse Mais ne, par Mais stant, d prenne.
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(1) Mat
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que vous laissiez le sacrifice el l'autel pour aller vons réconcilier avec votre frère, Vade prius reconciliari fratri tuo ; préceple si essentiel, que sans son accomplissement on ne peut avoir part aux sacrements de l'Église, et que,
si l'on en approche dans cet état, la réception du sacrement devient sacrilége. Enfin précepte si indispensable, que, si on ne le remplit, on ne peut pas même faire la prière de chaque jour sans se condamner soi-même, sans prononcer des anathèmes et des malédictions contre soi. Que dites-vous dans- votre prière de chaque jour ? Dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus (1), pardonnez-nous, comme nous pardonnons. Si donc vous ne pardonnez pas à vos ennemis, vous demandez que Dieu ne vous pardonne pas à vous-même. C’est comme si vous lui disiez : Seigneur, frappez-moi, vengez-vous de moi, faites éclater sur moi votre colère, lancez sur moi vos malédictions, armez-vous de votre fondre pour m'écraser. Et quand est-ce qu’on fait à Dieu cette horrible prière? toutes les fois que l'on prie ayant la haine, la vengeance, l’animosité dans le cœur. Vous demandez que les fléaux que vous voudriez voir fondre sur votre ennemi viennent fondre sur vous : pensez-y, et tremblez.
O enfants du Père céleste! pardonnez donc à vos en-
nemis ; c'est votre Dieu même qui vous l’ordonne.
Mais pardonnez sincèrement, etne gardez dans le cœur ni ressentiment ni rancune.
Mais pardonnez universellement, et n’exceplez personne, parce que la loi renferme tout le monde.
Mais pardonnez promptement ; ne différez pas un instant, de peur que l'instant suivant la mort ne vous surprenne.
Mais pardonnez constamment ; et le sacrifice fait une fois à Dieu, qu'il soit fait pour toujours.
(1) Matth., vi.
hi
En un mot, pardonnez comme vous voulez que Dieu vous pardonne : ainsi accomplirez-vous la loi ; ainsi attirerez-vous les grâces de Dieu ; ainsi imiterez-vous votre Sauveur ; ainsi mériterez-vous la couronne et la récompense. Si vous y pensez, pourrez- vous ne pas pardonner ?
Pensez-y bien.
Si vous refusez de pardonner à votre frère, jamais Dieu ne vous accordera le pardon.
HISTOIRE
Le frère de saint Jean Gualbert fut assassiné par un de ses ennemis, Cet homme sanguinaire s’élant ensuite rencontré avec Jean Gualbert bien armé, dans un endroit où ni l’un ni l’autre ne pouvaient s’éviter, ce meurtrier, se voyant perdu, se prosterna les bras en croix, et conjura son ennemi an nom de Jésus Christ mourant sur la croix de lui sauver la vie. Gualbert, touché du spectacle, lui pardonne, l’embrasse, et va faire sa prière devant un crucifix dans une église voisine : dès ce mot ment il quitte ses habits militaires, il renonce au monde, et se fait religieux ; c’est lui qui devint ensuite le fondateur de l’ordre de Valom-
breuse. 1 - RÉFLEXIONS.
Quel exemple et quels sentiments!
Pensez-v bien, et voyez si les vôtres sont aussi chrétiens. ,
Pardonnez-vous sincèrement et de cœur à vos ennernis?
Aimez-vous votre prochain comme vous-méme, ct considérez-vous dans lui la personne de Jésus-Christ même ?
Pensez-y, et jugez-vous devant Dieu.
Chrétiens, enfants d’un même père, aimons-nous les uns les autres : aimons-nous en Dieu et pour Dieu : aimons-nous sincèrement, efficacement, constamment : aimons-nous en ce monde, pour nous réunir à jamais dans l’autre.
DES DEVOIRS DES PARENTS ENVERS LEURS ENFANTS, Combien peu y ena-t-il qui y pensent !
Les parents, dans le sein de leur famille, tiennent la
place de Dieu envers leurs enfants: ils les ont mis au monde, ils doivent les rendre dignes du Ciel: c’est peu
que de sérable digne ( Dieu, « Eh! qu mis des à l’enfe cher el laissent tion, tr enfants péché, leur ma Parer salut :
quelque l’homm tent-ils etaux d Parer se meit meltre e famitle ; rait-il y Paren leurs en désordre trop por nesles qu Parent leurs enf.
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L’AME PÉNITINTE. 413
que de leur avoir donné uné vie mortelle, et souvent misérable, ils doivent les préparer à une vie éternelle et plus digne d'eux ; sans quoi ils se rendent responsables devant Dieu, et de leur propre perte, et de celle de leurs enfants. Eh ! quel serait le malheur des parents qui n’auraient mis des enfants au monde que pour donner des réprouvés à l'enfer! Cependant n'est-ce pas là ce qu’on a à se reprocher et à craindre? Tant de parents, qui non-seulement laissent leurs enfants manquer d'éducation et d'instruction, mais encore qui ont le malheur de donner à ces enfants infortunés de mauvais exemples, des occasions de péché, des sujets de scandale par leurs déréglements et leur mauvaise conduite !
Parents négligents et indolents dans l’affaire de leur salut : à peine leurs enfants les voient-ils pratiquer quelque exercice de religion et de piété. Offrent-ils à Dieu l'hommage de leurs prières le matin et le soir ? fréquentent-ils les sacrements ? sont-ils assidus au service de Dieu etaux devoirs du Chrétien ?
Parents colères et emportés, qui ne peuvent parler sans se meltre en feu, sans prononcer des horreurs, sans meltre en crainte, en désordre et en alarme, toute une famitle ; comment Dieu, qui est le Dieu de la paix, pourrait-il y régner au milieu du trouble et de l'agitation ?
Parents “déréglés et sans mœurs, rendant témoins leurs enfants de leurs passions, laissant apercevoir leurs désordres; quels exemples fanestes pour des enfants déjà trop portés au mal, el si susceptibles des impressions funestes qui favorisent les mauvais penchants !
Parents avares, intéressés et injustes, qui montrent à leurs enfants une avidité insatiable pour ies biens de la terre, qui ne parlent que de richesses et d’acquisitions, qui ne pensent qu’à entasser, à accumuler des trésors périssables. Hélas! qu'amassent-ils souvent sur la tête de leurs enfants, que des trésors de colère?
Parents vindicatifs, remplis d’ amertume et de fiel, qui font couler dans le cœur de leurs enfants le poison de la vengeance dont ils sont enflammés, et qui passe quelquefois de génération en génération dans les familles pour y perpéluer la haine avec ses horreurs. Quel funeste héritage pour des enfants!
Parents quelquefois impies, sans foi et sans religion, qui, au lieu de graver dans le cœur de leurs enfants des sentiments de piété, des principes de religion, détruisent ceux que la grâce leur aurait inspirés, et en forment des libertins déclarés quin “auront plus ni foi ni loi, ni Dieu, ni conscience.
O enfants infortunés, qui ont eu de tels parents! des parents sauvages et barbares auraient-ils été plus cruels.
Mais, Ô parents malheureux et coupables, qui donnent à leurs enfants de si funestes exemples ! quel terrible compte n'auront-ils pas à rendre un jour ! quel jugement redoutable n'auront-ils pas à subir devant Dieu! N'eût-il pas, en quelque manière, mieux valu pour ces enfants qu’on les eût étouffés dans le berceau que de les précipiter ainsi dans les enfers?
On raconte de certaines nations barbares, que les parents immolaient leurs enfants à leurs dieux, et les égorgeaient eux-mêmes au pied des autels de ces infâmes divinités : parents barbares, il est vrai: mais, dans un sens, les parents prétendus chrétiens ne sont-ils pas encore infiniment plus cruels et plus inhumains, lorsque par leurs mauvais exemples ils immolent leurs enfants au démon, et.en font autant de victimes dévouées à l'éternité malheureuse ?
Terrible pensée, qu'il y ait des parents qui deviennent ainsi comme les meurtriers, les bourreaux de leurs propres enfants, plus crueïs même que les bourreaux, qui n'ôtent qu’une vie temporelle, tandis que ces pareals coupables Ôtent à leurs enfants la vie imimortelle,
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à laquelle ils doivent les conduire et les préparer !
Mais pensée encore plus terrible, qu’il soit. vrai de dire qu'it ÿ aura des enfants qui seront damnés par la faute de leurs parents, et qui durant une éternité tout entière baïront, détesteront, maudiront leurs parents, qui auront été l’occasion de leur perte, la cause de leur damnation et de leur malheur!
Combien de parents sont damnés pour n°y avoir pas pensé !
Parents, qui que vous soyez, vous devez à vos enfants l'éducation, l'instruction, la correction, le bon exemple et, seloni votre état et vos facultés, ur honnête établissement : voilà vos devoirs, Pensez-y bien, et remplissez-les ; sans quoi votre perte éternelle est assurée, et peut-être celle de vos enfants avec vous, réduits les uns et les autres à vous maudire éternellement, et à aigrir mutuellement vostourments, votre malheur et votre désespoir.
HISTOIRES
Le pontife Héli avait deux enfants, qui, par leurs désordres, leurs injustices, lenrs impiétés, déshonoraient son saint ministère, et devenaient pour tont Israël un sujet de plaintes et de scandale.
Le père en fut souvent averti; mais, par une faiblesse extrême et une criminelle comnlaisance, il n'eut jamais le conrage et la force d'y remédier, Enfin Dieu irrité lui envoya le prophète Samuel, et lui fit annoncer que bientôt il lui arriverait des malheurs si grands, que tons ceux qui les apprendraient en seraient effrayés. En effet, la guerre s'étant allumée entre les [sraélites et les Philistins, en en vint à une bataille : c'était là le moment des vengeances de Dieu ; vingt mille Israélites restèrent sur le champ de bataille, l’arche d'alliance tomba entre lesmains des ennemis, et les deux fils du pontife, Ophni etPhinées, sont trouvés au nombre des morts nageant dans leur sang. On en apporte en tremblant la nouvelle au père, qui, à cette tristeannonce, tombe à la renverse; sa cervelle se répand sur le pavé, et il expire à l'instant.
Ainsi périt dans un jour presque toute celte malheureuse famille, en punilion de la lâcheté criminelle du père, et de la conduite scandaleuse des enfants.
Pères et mères, pensez y bien, et apprenez à vos enfants ÿ penser,
416 L'AME PÉNITENIE.
Durant une persécution violente qui s’4leva contre la religion dans le Japon, un père et une mère chrétiens g'attendaient tous les jours au martyre, et s’y disposaient par des prières ferventes ; ils avaient un fils encore très-jeune, Sir lequel ils étaient extrémement en peine ; un jour, étant auprès du feu, ils s'entrrtenaient là-dessus, et se disaient l'un à l'autre : Nous espérons bien, aver la grâce de Dieu, souffrir le martyre pour la religion; mais, hélas ! ce tendre enfant que deviendra-t-il ? aura-t il la force de soutenir les tourments? aurait-il le malheur de succomber et de renoncer à la foi? Durant leur entretien l'enfant faisait semblant de s'amuser et de ne pas les écouter; en attendant, il faisait rougir un fer au feu, et quand il fut rougi, 1l le retira et se l’appliqua sur la rain avec une constance héroïque. Les parents alarmés lui demandèrent ce qu'il faisait, et pourquoi il en agissait ainsi : Ce que je fais ? leur dit-il avec fermeté; je veux vous montrer qu'avec le secours de Dieu j'aurai assez de courage pour souffrir le martyre avec vous plutôt que de renoncer à ma religion. Les parents dans l'admiration, l’embrassent tendrement, fondant en larmes de joie, et rendant grâces à Dieu de leur avoir donné un tel fils. Ils eurent tous les trois le bonheur d’être couronnés du martyre. Heuïeuse récompense des soins , dela bonne éducation que les parents avaient dunnée à ce cher enfant,
et du fruit salutaire que cet enfant avait retiré de leurs soins pour celte éducation sainte! |
Les sentiments de piété sont quelquefois plus vifs et plus ardents chez les nations nouvellement converties que parmi les anciens chrétiens. Dans le pays des Missions
étrangères se trouvait une famille chrétienne distinguée parini les autres : le père et la mère vivaient en saints, uniquement occupés des devoirs de leur élat et du soin de leur salut. Tous les jours ils faisaient une lecture de piété à leur famille assemblée ; un de leurs enfants âgé de cinq à six ans, avait entendu la lecture des sonffrances de Jésus- Christ, et en avait élé tellement touché, que, dans je désir de l'imiter et de souffrir quelque chose pour son amour, il allait {ous les jours nu-pieds marcher sur des orties et se mettre les pieds tout en sang; outre cela il avait fait une petite couronne d'épines aiguës, et durant la nuit il la mettait sur son chevet, et appliquait sa têle sur celte couronne en l'honneur de celle de Jésus-Christ. Les parents s’en aperçurent enfin, et l'empêchèrent de continuer ; ils comprirent bien que Dieu avait des vues spéciales sur cet enfant de bénédiction ; et en effet, dès qu'il fut eu âge,il entra dans l'état ecclésiastique, et ayant
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été fait prêtre, il se consacra aux travaux des Missions étrangères, y opéra des prodiges, et termina enfin sa carrière dans ce saint exercice.
Les réflexions ne peuvent étre ici que bien consolables, Heureux les parents qui ont sujet de les faire !