SUR L'’ENFER
Trois pensées feront le sujet de cette méditation ; elles devraient faire le sujet de nos larmes toute notre vie : éclairez-moi, soutenez-moi, Ô mon Dieu, dans la considération profonde de ces vérités effrayantes.
PREMIER POINT
Je suis sûr d'avoir mérité l’enfer, Il ne faut pour cela qu'avoir commis un péché mortel : combien, hélas ! en ai-je commis dans ma vie qui m'ont rendu digne du dernier des malheurs. Si dans un certain temps Dieu m'avait retiré de ce monde ; si telle année, dans telle circonstance, Dieu m'avait frappé de quelque accident imprévu, dans quel état allais-je paraître devant lui, à quoi devais-je m'’attendre, qu’à la rigueur de sa justice et de sa colère ? :je sorte que si je ne suis pas actuellement enseveli avec les damnés dans le fond des abîmes, livré à l'horreur des supplices, c’est par un effet de la miséricore de Dieu qui pouvait me précipiter dans ces goulfres ‘ |:.1reur, où je serais actuellement abreuvé de fiel et de l’amertume d'rn désespoir éternel. De sorte que j’ai plus d'obligation à Lieu de m'avoir préservé de tomber dans l'enfer, que si. y écant déjà tornbé, il m'en avait retiré.
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tence, d'horreur du péché ne concevrait-il pas ! Aurait-il assez de sentiments à offrir à Dieu, assez de rigueurs à exercer co! .re lui-même! Or, ma reconnaissance doit être encore plus grande et plus animée ; car le bienfait est bica plus signalé, de préserver que de retirer du malheur.
J'ai mérité l'enfer : voilà, d mon Dieu ! le triste et funeste état où je mesnis jeté par mon péché : et voilà la grâce que vous m'avez accordée, de m'en retirer par votre miséricorde, préférablement à tant d’autres qui sont morts dau: cet élit de péché, et qui en subiront à jamais la peine. Votre tendresse ne s’est point rebutée de mes iniqnités ; elle m’a supporté; elle m’a rappelé ; elle m’. aticudu ; elle n’a point consenti à me perdre. Mais toujours est-il vrai que, de ma part, j’ai mérité plusieurs fois l'enfer, et que je me suis rendu digne de tous ses tourments. À celte vue, je ne dis plus quelle doit être ma reconnaissance, mais quels doivent être mes transports. Un seul péché mériterait toutes mes larmes, puisqu’un seul péché pouvait me damner à jamis. Puis-je donc trop pleurer des péchés sans nombre ? puis-je trop gémir sur des péchés multipliés, et malheureusement accumulés tant de fois ?
J’ai mérité l’enfer : à cette vue désolante, à mon Dieu! mon äme se {rouve consternée, abattue aux pieds de votre justice, sans oser vous regarder ni vous parler que par ses soupirs. Regardez-les comme l’hommage le plus sincère que je puisse vous offrir, de ma reconnaissance et de ra douleur.
SECOND POINT
Je suis incertain Si, actuellement même, je ne mérite pas encore l'enfer ; certain d’avoir mortellement péché, je suis incertain si j'en ai fait pénitence, du moins une pénitence véritable, sincère, proportionnée à la grandeur de mes crimes ; capable d’apaiser la colère de Dieu, de
me rendre la grâce que j'avais perdue. Je me suis approché du sacré tribunal de la pénilence ; mais suis-je assuré de l'avoir fait avec les dispositions nécessaires, pour l’examen, la déclaration, la douleur, le propos? Or, si j'ai manqué à quelqu’un ‘de ces points, mon péché ne m'a pas été pardonné ; et si cela est, je suis encore actuellement en état de péché, et actuellement encore, je méritel'enfer.
Cependant, hélas ! je suis et je serai toujours incertain
sur tous ces points essentiels au salut de mon âme. Je suis donc et serai toujours incertain si, à chaqueinstant de ma vie, je ne mérite pas l'enfer. Ah ! quel malheur d’avoir offensé Dieu, et d’avoir perdu le précieux trésor de sa grâce ! Heureuse et mille fois heureuse une âmequi l’a toujours conservé ! heureux les enfants qu’une mort prématurée a enlevés de ce monde après le baptême, el avant qu’ils eussent le malheur d’être infectés du funeste poison du péché !
Pour moi, à mon Dieu ! me voilà, après avoir par mon péché perdu votre grâce, me voilà incertain si je l'ai recouvrée ; incertain si à présent même je ne suis pas encore-en élat de péché, et dès lors incertain si à présent même je ne mérite pas encore l'enfer.
Terrible incertitude! qui fait gémir les justes mêmes snr la terre, qui tire de leurs yeux tant de larmes, et de leur cœur tant de gémissements, tant de soupirs et tant desanglots, ne sachant jamais s’ils sont dignes d’amour ou de haine, si aux yeux de Dieu ils sont des objets de colère ou de complaisance, c’est-à-dire, si actuellement même, ils ne sont pas encore sur le bord de l'enfer et en état d'y tomber en mourant ! Si les saints ont gémi et tremblé sur leur état après tant de larmes et de sanglots, après tant d’austérités, de mortifications et de rigueurs, de quels sentiments dois-je être pénétré sur mon état, ayant commis bien plus de péchés, et fait bien moins de pénitence et de satisfaction !
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TROISIÈME POINT
Sentiment encore bien plus triste, et situation encore bien plus terrible ! je suis incertain si un jour je ne serai point précipité dans l’enfer ; si je ne serai point à jamais au nombre des condamnéset des réprouvés. Ce serait déjà un sujet de douleur et de craintes bien grandes, de pouvoir se dire qu'après son péché on nesera jamais assuré d'en avoir obtenu le pardon ; mais, hélas ! il y a un sujet de crainte encore bien plus redoutable pour nous.
Oui, quand même nous serions assurés qu'après notre péché nous avons fait une véritable pénitence, que nous en avons eu une douleur. sincère, que nous l'avons expié par une satisfaction convenable ; en un mot, que tous nos péchés nous ont été pardonnés, que nous sommes rentrés en grâce avec Dieu, et que nous vivons en ce moment dans sa grâce; malgré tout cela, nous sommes encore incertains de notre sort, pour l'éternité. Pourquoi, hélas! parce que quand même nous serions assurés de posséder à présent le trésor de la grâce, nous sommes incertains si nous la conserverons jusqu’à la fin, si nous n’aurons pas encore le malheur de la perdre avant que de mourir, et si, jusqu'au dernier soupir, nous serons fidèles.
IL est vrai que nous devons toujours tout espérer de la miséricorde de Dieu, surtout si depuis un temps nous avons {âché de vivre dans la grâce: si durant un temps nous avons fait pénitence de nos péchés, il y a tout sujet de croire que la bonté de Dieu ne nous délaissera pas à ces derniers moments, qu’elle nous soutiendra dans tes épreuves et les angoisses des derniers combats. Tel est le cours ordinaire de sa providence. Mais aussi il n’est pas moins vrai que s’il y a toujours de quoi espérer, il n°y a jamais de quoi se rassurer entièrement; que quoiqu on doive présumer de la bonté du Seigneur qu’il nous soutiendra jusqu’à la fin, il n’y a jamais lieu de vivre dans
Ja sécurité sur cette espérance. En cela personne ne ; peut s’assurer de son sort, en cela les plus grands saints, les âmes les plus justes, les plus pénitentes, ont toujours à trembler. Que sera-ce de moi, Ô mon Dieu! étant siéloigné de leur sainteté, de moi, après tant de péchés et si peu de pénitence ?
À la vue de ces grandes et terribles vérités, vérités cependant de foi, quels sentiments doivent se former dans mon cœur! recevez-les, à mon Dieu! c’est vous-même qui me les inspirez.
4° Sentiment de douleur d’avoir mérité si souvent l'enfer par tant de péchés, de si grands péchés, continués durant si longtemps et malgré tant de grâces !
2° Sentiment de reconnaissance envers Dieu qui ne m'a pas enlevé de ce monde et précipilé dans l'enfer quand j'étais dans cet état déplorable, digne de toute sa colère, et indigne de la moindre de ses miséricordes.
8° Sentiment de crainte et de tremblement salutaire sur le danger où je suis encore tous les jours de perdre la grâce de mon Dieu, quand même je la posséderais à présent.
4° Cependant sentiment de confiance en Dieu, espérant de son ineffable bonté que, malgré mes péchés et mes égarements, dès que je les déteste, il voudra bien encore me favoriser de ses grâces, et surtout de la grâce des grâces; de celle de la persévéranee jusqu’au dernier soupir.
PRIÈRE
Oui, mon Dieu, je le reconnais ; j'ai mérité l’enfer, je l'ai mérité mille fois ; vous avez pu m’y précipiter avec justice, j'aurais été moi seul l’auteur de ma perte et de mon malheur. Je l’ai mérité plus qu’une infinité d’autres qui y sont condamnés. C’est à votre seule miséricorde que je le dois, si je ne suis pas actuellement au nombre des réprouvés; j'en bénis cette miséricorde infinie ; je la conjure d’achever son ouvrage, de me préserver du péché, de me soutenir dans la résolution de le détester et de l’éviter à jamais, Ne permettez pas que cette âme qui vous a coûté si cher, que vous avez comblée de tant de grâces,
que vous vous haï:
ne perm monde a:
1° Rap que j'y a cher, et à 2° Mer à l'enfer, larmes.
3° Qua à moi-m plaindre ( 4° Dem le dernier 5° Con:
1 pénitence:
ments de préservé.