SUR LA MISÉRICORDE DE DIEU ENVERS LE PÉCHEUR
Que la conduite de Dieu à l’égard du pécheur est admirable ! qu’elle est ineffable, et bien digne du père des miséricordes par excellence ! Le pécheur fait par son péché trois démarches également funestes : il s'éloigne de Dieu; étant éloigné, il s’égare de plus en plus ; étant
égaré, il persévère souvent dans son égarement. Que
fait le Seigneur envers lui ? trois démarches toutes contraires : il le rappelle avec tendresse dans son éloignement : il le poursuit avec empressement dans sa fuite ; il l'attend avec impatience dans ses délais, prêt à le recevoir avec honté dans son retour. Quelle miséricorde ! Tout autre qu’un Dieu en est-il capable ?
Rien de si vrai eten même temps rien de si admirable :
à peine le.pécheur s'est-il éioigné, que Dieu met tout en œuvre pour le rappeler ; d’abord il excite dans son cœur un trouble salutaire qui l’agite, et des remords de conscience qui le déchirent. À ce trouble succèdent les plus vives lumières : il lui représente quelle est l'horreur de sa conduite, le danger terrible de son état, et quelles peuvent en être les suites funestes ; il lui fait connaître la vanité d'un plaisir qui passe en un instant, et l’amertume d’un regret qui sera peut-être éternel ; il rappelle à une âme le premier état où elle vivait avant son péché, et où elle vivait si contente ; il lui fait avouer malgré elle qu’il s’en faut bien qu’elle trouve dans son péché toute la satisfaction qu’elle s'était flattée d'y trouver. Qui pourrait exprimer le langage secret que la grâce fait entendre au pécheur ?
Dieu lui a-t-il fait connaître le malheur de son état, il n'oublie rien pour l’engager à en sortir ; pour cela, il veut bien faire lui-même les premières avances pour en épargner la peine ou la honte au pécheur : il vient luimême au-devant de lui, il le rappelle avec bonté, il l’invite avec tendresse, il ne lui refuse pas même le doux nom de fils pour toucher son cœur : Fili, præbe cor tuu mihi (1). | . Quelle bonté! que penserait-on d’un juge qui inviterait le coupable à recevoir sa grâce ? mais que penserait-on d'un coupable qui refuserait dela recevoir ?
Voilà cependant le portrait du pécheur. Bien sorvent, malgré ces tendres invitations, il résiste encore à son Dieu ; il paraît même l'éviter et le fuir. Miséricorde divine! est-il encore des grâces dans vos trésors ? Elle ne se lasse point, et si le pécheur, comme un autre Jonas, s’enfuit devant Dieu, Dieu 16 poursuivra avec empressement dans sa fuite. Rappelez, pécheur infidèle, ce qui s’est passé ou ce qui se passe peut-être encore dans vous
(1) Prov., xxv. ‘
après vo suit sans prend oc arrive-tvous pot heurs est malheure tombé da comme a âme est d Allez-vot qui vous n’est pas que fune qu'à être beau pet vous solli le moins, poursuite les détren mondaine de dégoù inquiet ; « vivement.
cœur flét Savoir po savoir po êlre qu’u où l’on s comment corde de ramener,
Que si faire ren vous aim
après votre péché. N'est-il pas vrai que Dieu vous poursuit sans cesse ; qu’il se présente partout à vous et qu'il prend occasion de tout pour vous parler au cœur ! Vous arrive-t-il quelque disgrâce, Dieu se trouve auprès de vous pour vous faire entendre que la source de vos malheurs est au dedans de vous-même, et que vous serez malheureux tant que vous serez criminel. Etes-vous tombé dans quelque maladie, voilà aussitôt votre Dieu comme au chevet de votre lit, pour vous avertir que votre âme est dans un état plus triste encore que votre corps. Allez-vous prendre votre repos, voilà encore votre Dieu qui vous suit pour vous représenter que votre conscience n’est pas en repos elle-même, et que s’il survenait quel-: que funeste accident, vous ne seriez exposé à rien moins qu'à être transporté du lil dans le tombeau, et du tombeau peut-être dans les enfers. Il ira, ce Dieu de bonté, vous solliciter jusque dans les endroits où vous l’attendiez le moins, et où vous vous croyiez le plus à couvert de ses poursuites ; il ira jusque dans ces parties de plaisir, et il les détrempera d'amertumes ; jusque dans ces assemblées mondaines, et là même il vous fera éprouver des moments de dégoût et de chagrin ; vous vous trouverez tout inquiet ; on vous en demandera la raison ; vous la sentrez vivement, et vous ne pourrez la donner ; vous aurez le cœur flétri sans savoir pourquoi; les yeux égarés sans savoir pourquoi ; l'esprit abstrait et occupé ailleurs sans savoir pourquoi ; dans lout celx vous ne trouverez peutêlre qu'un effet naturel de ces moments de mélancolie où l’on se trouve quelquefois sans savoir pourquoi ni comment, et moi je n’y trouve qu'un effet de la miséricorde de Dieu qui vous dégoûle de tout pour vous ramener, |
Que si les voies de douceur ne suffisent pas pour vous faire rentrer dans les sentiers du salut, votre Dieu vous aime assez pour en venir aux voies de rigueur;
c’est-à-dire que, plutôt que d'abandonner le pécheur à lui-même, Dieu emploiera les menaces les plus terribles, Il présentera aux yeux du coupable tout ce qu'il y a de plus effrayant dans la religion ; les horreurs d’une mort toujours prête à l'enlever de ce monde ; les terreurs d’un jugement toujours suspendu sur sa Lête ; les abîmes d'une éternité ouverts sous ses pieds pour l’engloutir à jamais: quels spectacles de terreur et d’effroi! Mais nous connaissons votre cœur, Ô mon Dieu ! s’écrie le Prophète, et nous savons que, dans le fort même de votre colère, vous n'oubliez pas votre miséricorde : cm iratus fueris, misericordiæ recordaberis (1). Vos menaces mêmes en sont une nouvelle preuve, puisque vous ne nous menacez que pour nous épargner. Îl me semble que je vois une tendre mère qui fait peur à son enfant qui s'éloigne d’elle, afin que cet enfant effrayé vienne se jeter entre ses bras.
Cependant (elles sont quelquefois l’insensibilité et l'obstination du pécueur, qu'il résiste à tout : invitations, sollicitations, promesses, menaces, rien ne le touche : on le dirait tombé dans une espèce de léthargie d’autant plus funeste, qu’il semble aimer son élat et ne rien tant craindre que d’en surtir. Miséricorde de mon Dieu ! vos trésors sont-ils enfin épuisés ? Non : il lui reste, encore une dernière ressource : elle attendra le pécheur malgré son obstination et ses délais ; et par ce prodige de patience elle comblera tous les autres prodiges de sa bonté. Dieu, par ce délai, veut donner au pécheur ie temps et Les moyens de se reconnaître. Il sait bien que le fort de la passion n’est guère le temps de parler de réconciliation ; mais quand le feu de cette passion sera ralenti, le cœur sera alors plus en état de rentrer en lui-même, et l’esprit plus disposé à se prêter aux réflexions salutaires. Sait-on, dit ce Dieu de bonté, si le temps n’amënera pas un jour
(1) Habac., ur.
ce qu’or Sijenet de me fu rais-je pa
Patien un Dieu sé venge) les péche de Dieu :
certains } vers {ant monde |!
De qu vue des r Dieu pot élions ce sont. Ce ils sont :
l'arrêt de rons enc.
gueurs di état de bé œternum
0 bont ces faveu cher les pas dans heureux « ment de
Je sais corde, C’ nous bie tous nos
(1) Psaln AM
ur à bles.
"a de mort reurs Jimes atir à Mais rie le ne de orde :
, Vos aisque Il me à son ffrayé
ilé et tions, e:on autant en tant
| vos encore malgré de pabonté.
)s et Les t de la jation ; e cœur l'esprit ait-on, in jour
ce qu’on ne saurait attendre à présent de la réflexion ? Si je ne me lasse pas de l’attendre, il se lassera lui même de me fuir : il m'a coûté tant de sang et de grâces, n’aurais-je pas quelque regret de le perdre ?
Patience d'autant plusadmirable, qu’elle se trouve dans un Dieu offensé, et dans un Dieu qui a en main de quoi se venger ! Patience d'autant plus ineffable, que souvent les pécheurs en abusent, et tournent contre Dieu les dons de Dieu même ! Patience d'autant plus ineffable envers certains pécheurs, que Dieu n’en a pas usé de même envers tant d’autres qui ont été subitement tirés de ce monde |
De quels sentiments devons-nous être pénétrés à la vue des miséricordes dont il a usé envers nous ! car enfin Dieu pouvait nous traiter comme il les a traités ; nous élions ce qu’ils étaient, et nous mériterions d’être ce qu’ils sont. Cependant quelle différence de leur sort et du nôtre! ils sont morts et nous respirons encore ; ils subissent l'arrêt de leur condamnation dans l'enfer, et nous espérons encore une place dans le ciel ; ils maudissent les rigueurs de la justice de Dieu, et nous sommes encore en état de hénir ses miséricordes : Misericordias Domint in œternum cantabo (1).
O bonté de mon Dieu ! qu’ai-je donc fait pour mériter ces faveurs ? Mais est-ce dans moi qu'il faut en chercher les motifs ? Votre miséricorde ne les trouve-t-elle pas dans elle-même et dans le plaisir de sauver des malheureux et de pardonner à des coupables ? Aussi le sentiment de vos bontés sera-t-il à jamais gravé dans mon cœur.
Je sais que le grand moyen de reconnaître cette miséricorde, c’est de nous en former une grande idée, et de nous bien persuader que, comme elle est au-dessus de tous nos éloges, quelque magnifiques qu'ilssoient, elle est
(1) Psalm, LXxxvHI.
AME ÉLEV.
encore infiniment au-dessus de tous nos péchés, quelque énormes qu'ils puissent être. Miséricorde de mon Dieu ! que ma main droite soit mise dans un éternel'oubli, si jamais elle oublie vos bienfaits ; que ma langue desséchée s'attache à mon palais, si elle cesse jamais de publier vos éloges. Malheur, ah ! malheur à moi, si ces sentiments s’éloignent jamais de mon cœur ! Je mériterais de n'avoir plus de part dans le vôtre. Que je cesse mille fois de vivre plutôt que de ne pas vivre pour vous !
| MÉDITATION
SUR LE MÊME SUJET
Quelque ineffable que soit votre miséricorde, à mon Dieu ! envers le pécheur qui s'éloigne malheureusement de vous par Le péché, peut-être l’est-elle encoreinfiniment davantage envers le pécheur qui revient sincèrement à vous par la pénitence.
Vous le recevez avec une nouvelle tendresse, qui ouvre tous les sentiments dé votrecæur.
Vous le recevez avec une nouvelle libéralité, qui ouvre tous les trésors de la grâce.
Dieu de bunté ! ce n’est pas dans les autres que je dois en chercher la preuve ; je la trouve dans moi-même, ou plutôt dans la bonté infinie avec laquelle vous m'avez reçu, quand, éclairé, touché de votre grâce, j'ai enfin pensé à revenir à vous. Que ne puis-je faire connaître à tout l'univers les prodiges de otre miséricorde envers moi, et engager tous les pécheurs à venir se jeter entre ses bras?
PREMIER POINT
I! semble d'abordyqu'après le péché, Dieu ne devrait
avoir pour le pécheur que des sentiments d’indignalion et de haine, l’abandonner à son sens réprouvé, ou du
sion ; à la
moins ps peu vous abso!uîne vos miséi geance et ceur et de Dieu ! qu d'empres tendresse qu’il vous vons ? qu passion lo différence ces sentir diges de nr présentés « cain humi mais surto prodigue, votre port:
trer tous la méditer Ce fils i mande la EUX pour voyant réd même, et} paternelle, dait toujou par où son est ému, m ému de co justes ; me dés lors ce
uelmon abli, essé- > pu- | ces ritecesse pour
mon ment iment nent à
ouvre ouvrè
e dois e, ou n'avez enfin aîlre à envers entre
devrait nalion ou du
moins paraitre indiflérent à sa perte: mais c’est là bien peu vous connaître, d mon Dieu ! ou plutôt n'est-ce pas absoluineni vous méconnaître ? J’entre dans le sein de vos miséricordes, et au lieu de ces sentiments de vengeance et de haine, je ne trouve que des pensées de douceur et de paix. Eh ! comment pourrait-il se faire, d mon Dieu ! que vous, qui avez poursuivi le pécheur avec tant d'empressement dans sa fuite, ne le reçussiez pas avec tendresse dans son relour ? que vous, qui l’appeliez lorsqu’il vous évitait, le rejetassiez à présent qu'il revient à vons ? que vous, qui jetiez sur lui des regards de compassion lorsqu'il vous outrageait, le regardassiez avec indifférence lorsqu'il vient se jeter dans vos bras ? Ah ! que ces sentiments sont éloignés de votre cœur ! Quels pro-
| diges de miséricorde, au « ‘niraire, ne nous avez-vous pas
présentés dans une Magdeieine pénitente, dans un Publicain humilié, dans une Samaritaine touchée de la grâce, mais surtout dans cette parabole toute divine de l'enfant prodigue, où vous avez daigné vous-même nous tracer votre portrait, nous ouvrir votre cœur, et nous en montrer tous les sentiments ! Puis-je ici me la rappeler, et la méditer sans admiration, sans être touché ?
Ce tils ingrat, ennuyé de la maison paternelle, demande la portion de son héritage :: il est assez malheureux pour l'obtenir; bientôt il l’a dissipée. Alors, se voyant réduit à la plus affreuse misère, il rentre en luimême, et prend la résolution de revenir dans la maison paternelle. Ce tendre père, qui le regretlait, qui lattendait toujours, portait souvent ses regards sur le chemin par où son fils pouvait revenir. Il le voit enfin ; son cœur est ému, mais, hélas ! de quels sentiments ? N’est-il point ému de colère et d’indignation ? Ces sentiments seraient justes ; mais ce ne sont pas ceux de la miséricorde, et dès lors ce ne sont pas les siens. Il est ému de compas-
sion ; à la compassion succède la tendresse; à la ten-
dresse succède la joie; et la joie va bientôt jusqu’au transport. Sans attendre que ce fils confus et interdit vienne se jeter à ses pieds, il court lui-même au-devant de lui, l'embrasse tendrement ; il le serre sur sa poitrine, il répand plus de larmes de joie que la douleur n’en fait répandre à ce fils pénitent : la raison qu'il en donne est bien digne d'un si bon père : Mon fils était perdu, et je l'ai retrouvé : il était mort, et le voilà ressuscité. Il veut qu'on s’en réjouisse avec lui, qu’on en fasse une espèce de fête, et que tous de concert témoignent leur allégresse.
Non, mon Dieu ! ce n’est point seulement l’image d’un tendre père qui nous est ici tracée : c’est vous-même, c’est votre cœur : et n'est-ce pas ainsi, et avec cette inef-
fable bonté que vous pardonnez au pécheur sincèremeni
pénitent, sans lui faire acheter son pardon par de longs délais, sans lui faire essuyer des reproches amers, sans garder sur le cœur ni ressentiment ni aigreur, mais ensevelissant le passé dans un éternel oubli, du moment qu'il est détesté ? Oui, Dieu des miséricordes! si nous revenons bien sincèrement à vous, à la première larme qui coulera de nos yeux, au premier soupir qui sortira de notre bouche, au premier sentiment de componction qui se formera dans notre cœur, votre colère s’apaisera, votre cœur s'ouvrira, les armes vous tomberont des mains, et au lieu des éclairs et des foudres dont elles étaient armées pour nous perdre, elles ne verseront sur nous qu'une douce rosée pour nous consoler. Bonté divine ! tendresse ineffable ! peut-on vous connaître sans vous adorer, sans vous admirer, et plus encore sans vous aimer ?
SECOND POINT
Vous portez encore plus loin vos prodiges envers le pécheur pénitent, à mon Dieu ! vous le recevez avec une libéralité qu va jusqu’à une espèce de confusion de vos
grâces , une pens pour nou telle, vou pour les | tions pri accordées:
scandale en faites 1 le modèle saint Pie Maître ; | jamais in Dieu ! vo couler le votre cœt terre, et | semble i Croix ; qu a-t-il do est pardo tion, et ve erisin pa
Ainsi, combler leur laiss fensé, d’ chaînes q besoin de un dans 1 heureux « penser à conscienc qu’ai-je
(1) Luc,
qu'au terdit evant trine, n fait 1e est
et je | veut espèce resse, e d’un nême, e inefemeni
longs |
, Sans Lis enoment $ r'evene qui ira de on qui aisera, nt des t elles nt sur Bonte re sans ns VOUS
vers le vec une de vos
grâces , vous lui en ouvrez tous les trésors. Et c’est ici une pensée bien glorieuse pour vous, et bien consolante pour nous : c’est que, durant le cours de votre vie mortelle, vous semblez avoir eu une espèce de prédilection pour les pécheurs convertis : si vous avez eu des distinctions privilégiées, c’est surtout à eux que vous les avez accordées. Je vois une Magdeleine qui autrefois a été le scandale de tout Israël ; mais elle est convertie, vous en faites une amante parfaite, et vous la proposez comme le modèle de la pénitence à tout l’univers. Je vois un saint Pierre qui a eu le malheur de renoncer à son divin Maître ; hélas ! un si grand crime ne le rendra-t-il pas à jamais indigne de vos faveurs ? Non, sans doute, d mon Dieu ! vous jetez sur lui un de vos regards, vous voyez couler les larmes de ses yeux : à l'instant il rentre dans votre cœur, vous le choisissez pour être votre vicaire en terre,et le chef visible de votre Eglise. Le bon larron semble insulter à votre douleur et à votre mort sur la croix ; quel crime ! quelle horreur ! Mais le bon larron a-t-il donné une marque sincère de pénitence, aussitôt il est pardonné. Vous portez sur lui l’arrêt de sa justification, et vous signez de votre sang même : Hodie mecum erisin paradiso (1).
Ainsi, Dieu des miséricordes, vous vous plaisez à combler les pécheurs pénitents de vos bienfaits ; vous ne leur laissez d’autre regret que celui de vous avoir offensé, d'autre désir que celui de vous plaire, d’autres chaînes que celles de votre amour. En ce point qu'ai-je besoin de chercher ailleurs des exemples ? n’en ai-je pas un dans moi-même ? Quand je me rappelle ces.jours heureux où, touché de votre grâce, j'ai eu le bonheur de penser à vous, de revenir à vous, où j'ai déchargé ma conscience du pesant fardeau dont elle était accablée, qu’ai-je éprouvé alors, que douceur et que paix ? Si j'ai
(1) Luc, xxur,
versé des larmes, qu'étaient-ce que des larmes de joie? N'ai-je pas regardé ce jour comme le plus beau et le plus consolant des jours de ma vie ? Ainsi, à mon Dieu ! s’accomplit à la lettre l’oracle de votre Apôtre, que plus le pécheur a eu de malice, plus le Seigneur a eu de bonté, que l’abime d’iniquité a été absorbé par l’abîme des miséricordes, et que l'abondance des péchés a été suivie d’une surabondance de grâces : Ubi abundavit peccatum superabundavwit gratia (1).
Mais ici, d mon Dieu ! peut-on assez déplorer, assez détester le malheur, l’aveuglement et le crime de ceux qui abusent de votre miséricorde, et qui, de leur confiance en votre bonté, prennent occasion de se rassurer dans leurs crimes ? Monstres d’ingratitude, qui tournent les bienfaits en affronts, et le remède en poison! monstres de libertinage et d'impiété, qui ne continuent d’être méchants que parce que vous ne cessez pas d’être bon ! Monstres d’exécration et d'horreur, qui, sous prétexte d'une pénitence fausse et chimérique, se précipitent dans urcimpénitence véritable et réelle. Qu’est-ce quel’homme? quelle est la malice et la dépravation déplorable du cœur humain, de se faire un prétexte de persévérance dans le péché, de ce qui devrait être le plus grand motif de sa conversion !
L'AME ÉLEVÉE A DIRU,
PRIÈRE
O mon Dieu ! j'aurai bien d'autres péchés à déplorer ; mais jamais je n’aurai à me reprocher le crime ni d'oublier vos bontés, ni d’abuser de votre miséricorde. Sans elle je serais perdu actuellement : je serais dans le fond des abimes, et livré à la rigueur de vos vengeances. Votre miséricorde m’en a préservé ; c’est plus que de m'’en avoir retiré ; éternellement je l’adorerai, je la bénirai ! Ces sentiments seront toute ma vie gravés dans mon cœur: puissent-ils être la règle de ma conduite jusqu’à ma mort, et le sujet de mes louanges durant toute l'éternité ! Entrant dans les sentiments du Prophète, je me regarderai à jamais comme le monument et le témoignage sensible de vos miséricordes, que vous avez fait éclatei àäars moi pour montrer combien
(1)1 Tim.
vous êtes les pécheu
S'ils co avec conf le sein du
Je viens conserver
lo Pensd crimes, pe 20 For ses miséri 30 Rece Dieu, qui 4o Les un jour e table sera
IL y a gion: la rieure € sables. I de notre est la p:
Pénit flige le une illt intérieu rieure pour ex approu péniten mais il est néce
suivie caium
assez } ceux * conssurer irnent monsd’être bon !
'étexte t dans mme ?
| cœur ans le de sa
jamais abuser e serais . Votre retiré ; it toutc na con- > l'éterderai à misériombien
vous êtes bon, et jusqu’à quel point vous portez vos bienfaits envers les pécheurs.
S'ils connaissaient votre cœur, ne viéndraient-ils pas tous se jeter avec conflance entre vos bras, comme autant d'enfants prodigues dans le sein du plus tendre des pères ?
Je viens m’y jeter en ce moment : daignez encore me recevoir et m'y conserver jusqu’au dernier de mes jours.
PRATIQUES
lo Penser souvent que l'abus des miséricordes est le plus grand des crimes, parce qu'il blesse Dieu dans le fond de son cœur.
20 Former souvent des actes de contrition sur l’abus qu’on a fait de ses miséricordes durant le cours de la vie.
30 Recevoir tout ce qui arrive comme un effet des miséricordes de Dieu, qui punit en ce monde pour sauver dans l'autre.
40 Le souvenir que la miséricorde dont on aura abusé se changera un jour en justice et en vengeance ; et que le jugement le plus redoutable sera celui de l’abus qu’on aura fait de sa miséricorde,
mnt