SUR L'ESPRIT DE PÉNITENCE
Il y a deux sortes de pénitences consacrées dans la religion: la pénitence extérieure et des sens, la pénitence intérieure et du cœur : l'uneet l’autre nécessaires et indispensables. Nous sommeschrétiens ; la pénitence est l'apanage de notre religion. Nous sommes pécheurs ; la pénitence est la peine de notre péché.
Pénitence extérieure et des sens, qui mortifie, qui afflige le corps. C’est une illusion dangereuse, et cependant une illusion bien commune, de penser que la pénitence intérieure suffise au pécheur, et que la pénitence extérieure et des sens ne soit pas absolument nécessaire pour expier le péché : erreur funeste, que la raison désapprouve, que l'Evangile condamne ! il est vrai que la pénitence intérieure est plus excellente et plus méritoire ; mais il n’est pas moins vrai que la pénitence extérieure est nécessaire et indispensable.
C'est une maxime fondamentale dans la morale chrétienne, que le péché ne peut être expié que par la pénitence, et que tout ce qui a été infecté par le péché doit être purifié par la pénitence. Suivant ce principe, le corps a contribué au péché : le corps doit être puni. Le corps a souvent été le complice du crime ; il doit participer à la pénitence. L’Apôtre ne l'appelle pas autrement qu’un corps de péché ; il en a été l'instrument et l'organe, il en doit être Ja victime et l’objet.
Tout l'Evangile, toute l’Ecriture sainte nous prêchent la pénitence du corps avec celle du cœur ; chaque page annonce cette vérité et impose celte obligation : Quiconque veut être mon disciple, dit le Seigneur, qu’il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix, et qu’il me suive. Le royaume du ciel se prend par la force, eton ne l'emporte que par la violence. Oh ! que le chemin qui mène à la vie est étroit, el qu'il y en a peu qui yentrent ! Non, je ne suis pas venu apporter la paix, mais la querre. En sorte que l'Evangile nous met à tous, en quelque manière, le glaive à la main, pour nous armer contre nous et nos corps, et nousfaire à nous-mêmes une gucrre continuelle, T'els sont les oracles de la vérité même.
Formé à cette école de mortification et de pénitence, saint Paul explique plus clairement encore ces oracles divins. Tous ceux, dit-il, qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises. Ce n’est pas seulement le cœur qui doit être crucifié, mais encore la chair ; cette chair criminelle, toujours rebelle à l'esprit, toujours excitant une guerre intestine entre l’espritet le corps. L'obligation que saint Paul imposait aux autres, il la prenait sur lui-même. «Je châtie mon corps, «disait-il, et je l° réduis en servitude, de peur qu'après «avoir prêché le salut aux autres, je ne sois réprouvé « moi-même : j’accomplis en moi-même ce qui manque «à la passion de mon Dieu, c’est de m'en faire l’applica-
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«tion par une peine personnelle. » Adimpleo ea quæ desunt paësionum Christi. (1).
Ainsi ont pensé, ainsi ont agi les saints : on les a vus, les instruments sanglants de la pénitence à la main, couverts du cilice et de la cendre, affliger leur corps, le réduire en servitude, l’offrir en holocauste à un Dieuoutragé et vengeur. On les voyait, le corps exténué de jeûnes, de veilles, de macérations, se consacrer à une pénitence continuelle : leurs membres déchirés, leurs visages pâles et défigurés annonçaient lesrigueurs qu’ils exerçaient sur eux-mêmes : après toutes ces austérités et ces combats, ils tremblaient encore, et ils se demandaient les uns aux autres, plus par leurs soupirs que par leurs discours entrecoupés de sanglots : Espérez-vous qu'après nos péchés Dieu voudra un jour nous faire miséricorde ? Hélas ! Ô mon Dieu ! avons-nous la même foi qu’eux ? suivons-nous le même Evangile ? espérons-nous le même ciel et la même récompense ?
Que si ces exemples touchants ne suffisent pas, et s’il faut un motif encore plus pressant, allons sur le Calvaire ; portons les yeux sur Jésus-Christ même, le grand, le divin modèle que nous devons suivre, si nous l’adorons. Ah ! que vois-je, à mon adorable Sauveur! dans quel état êtes-vous réduit, et quel spectacle présentez-vous aux yeux étonnés de la foi ! votre tête couronnée d’épines; vos yeux noyés dans les larmes ; votre bouche abreuvée d’amertume et de fiel ; vos mains sacrées percées douloureusement ; voire cœur lui-même percé d’une lance; tout votre corps déchiré et ensanglanté ; vos plaies profondes comme autant de voix touchantes et éloquentes, la voix même de votre sang ; tout cela, si nous voulons l’entendre, que nous annonce-t-il, si ce n’est la mortification du corps et des sens? Etsi nous ne l'entendons pas,
(1) Coloss., r 24,
membres délicatssous un chef couronnéd'épines, ne semblons-nous pas renoncer à notre foi?
À cette vue, si on estchrétien, dira-t-on encorece qu’on dit quelquefois dans le monde ? Les austérités, les morti- - fications ne sont pas de notre état ; c’est le partage des cloîtres et des déserts. Langage de l'illusion ! la religion l'a-t-elle jamais connu ? ne l’a-t-elle pas toujours détesté ? comme si les attaques des passions et des sens étaient moins fréquentes, moins dangereuses dans le monde ; comme si les péchés ne devaient pas être expiés dans le monde par la pénitence ; comme si dans le monde on était dispensé de Ja loi générale qui ordonne aux chrétiens ae porter leur croix, de crucifier leur chair, de se renoncer eux-mêmes, d'entrer dansla voie étroite; comme si les pénitences corporelles n'étaient pas encore plus nécessaires aux pécheurs dans le monde qu’à des âmes souvent innocentes dans la religion ; c’est-à-dire, comme si les remèdes étaient moins nécessaires aux malades qu’àceux quijouissent de la santé ; comme si, parce qu'on est plus pécheur, on devait être moins pénitent. En un mot, qu’on considère les mortifications corporelles, ou comme précautions pour se préserver du péché, ou comme pénitence pour l’expier ; à ce double titre n'est-il pas évident qu’elles sont plus indispensablement nécessaires dans le monde que dans les cloîtres et dans les déserts ?
L’état dans le monde, dit-on, nelessupporte pas. Qu’on sache bien que le premier état est celui de chrétien, et le second celui de pécheur, et en conséquence de pénitent. Des saints, dans le monde, étant sous la pourpre et sur les trônes, ont pratiqué la pénitence et les mortifications : et par les mortifications et la pénitence ils ont consacré le trône et la pourpre. C'était pour eux une moindre gloire d'être grands et d’être rois, que d’être pénitents et chrétiens.
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n'inspire pas contre la pratique des pénitences ? La santé ne les permet point, ajoute-t-on; Dieu ne demande pas l'impossible : mais la santé ne permet-elle rien ? ne permet-elle que ce qu’on fait ? ne se flatle-t-on point? ne s’écoute-t-on point en fait de santé ? n’est-ce point un prétexte plutôt qu’une raison ? mais, malgré ce peu de santé, ne pourrait-on pas retrancher quelque chose de son sommeil, se priver de quelque chose dans les repas, s’assujettir à quelque travail des mains, et à quelque occupation journalière ; endurer quelque chose de la rigueur des saisons, supporter. quelque incommodité sans tant s’en plaindre? et tant d'ornements, tant de parures, tant de superfluités, tant de vanités, tant de délicatesses, ne pourraient-ils pas fournir matière à quelque sacrifice ?
Quoi qu’il en soit, Dieu ne demande pas l'impossible : mais Dieu jugera un jour de cette impossibilité. Car ce qu’il y a d'étonnant et de déplorable en ce point, c'est que bien souvent on ne peut rien souffrir pour Dieu, et on est en éta{ de tout souffrir pour le monde : on veillera, on pourra donner des nuits aux jeux et aux amusements, et on ne pourra pas donner une heure à la prière, à une lecture de piété. On sera en état de courir tout un jour pour vaquer à une affaire, ou pour contenter une passion, et on ne pourra pas s’assujettir à une visite au pied des autels ; c’est-à-dire, qu’on n’a ni santé ni courage pour être pénitent de la religion de Jésus-Christ, et on en a pour être pénitent et martyr du monde et du démon.
O Dieu ! quel aveuglement ! à Chrétiens ! quel désordre et quel crime! Membres de Jésus-Christ, revenons à notre chefet à notre modèle, et, prosternés au pied de ses plaies, de sesmembres ensanglantés, deson corps déchiré, disons-nous : Voilà mon modèle ; et si, le pouvant, je ne limite pas, voilà mon juge, voilà ma condamnation. Tout corps de péché est dévoué à la pénitence : et si le feu de la mortification ne le purifie pas en ce monde, le feu ven-
geur le consumera à jamais dans l’autre, Voilà l'Évangile, voilà la loi : là-dessus jugeons-nous nous-mêmes, ou attendons-nous un jour à être jugés. Ce qu'ily a de sûr, c’est qu'il ny a que deux voies pour aller au ciel : l'innocence ou la pénilence; si nousavons perdu l’uneque, nous restet-il, que de nous condamner à l’autre?
MÉDITATION
SUR LE MÊME SUJET
C'est un cœur pénitent et contrit que je viens vous offrir, d mon Dieu ! ou plutôt que je viens vous demander à vous-même pour vous l'offrir : daignez le former en moi. Le péché est l'ouvrage de l’homme : la douleur du péché ne peut être que l’ouvrage de votre grâce, qui l’engege à la pénitence. Faites, d mon Dieu! que j’en connaisse la nécessité, que j’en prenne les sentiments, que j’en accom-
plisse les œuvres.
Quelle est la nécessité de la pénitence intérieure ? premier point; quels en sont les sacrés caractères? second point.
PREMIER POINT
Pénitence intérieure et de cœur : c’est surtout le cœur qui a péché, c’est surtout le cœur qui doit être puni; c’est le cœur qui a goûté une funeste complaisance, c’est le cœur qui doitéprouver une salutaire amertume. C’est dans le cœur, nous dit Jésus-Christ, qu’on été conçus les désirs coupables, les affections déréglées, les projets criminels ; c’est du œur quedoivent sortir les regrets, la componction, les soupirs. C’est sur cet autel! du cœur que doit être immolée la victime ; et la victime qui doit être immolée, c'est le cœur lui-même : c’est le premier holocauste que Dieu exige, et sans lequel tous les autres sont rejetés comme défectueux.
Si | c'est q douleu pénile:
doulou griève accum vient à la vie | vaillé qu'on qu’on aveugl que lc
Que prit po crifiées salut e années sors de reux cl juste q heureu Juge !
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0 dc où étai vie de & dans sa de reve cieux j< ser : de tes sou nitence SeTas a:
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Si l’on connaissait bien ce que c’est que Dieu, etce que c’est que le péché, aurait-on besoin d’être excité à la douleur et au repentir? Ah! si le cœur est sincèrement pénitent, quels mouvements secrets, quels sentiments douloureux ne concevra-t-il pas à la vue d’un Dieu si grièvement offensé, etde tant de péchés malheureusement accumulés! Qu'il est triste, qu'il est amer, quand on vient à ouvrir les yeux sur ses péchés, de voir que toute la vie n’a été qu'un égarement continuel; qu’on n’a travaillé qu’à sa perte ; qu’on n’a vécu que pour pécher; qu'on s’est éloigné de son Dieu et de sa fin dernière ; qu’on a abusé de ses dons; qu’on a toujours couru en aveugle dans la voie de la perdition; que tous les jours que l'on a vécu ont été couverts deténèbres.
Que de réflexions accablantes se présentent alors à l’esprit pour affliger le cœur! les vingt, les trente années sacrifiées au monde, données aux passions, perdues pour le salut et l'éternité, Vous m'en demanderez compte de ces années, Ô mon Dieu ! elles sont marquées dans les trésors de votre vengeance : il me reste à en subir le rigou- . reux châtiment : je le mérite et je m’y soumets ; il est juste que vous soyez satisfait, et que je sois puni: trop heureux que ce soit en ce monde ! Punissez-moi, juste Juge ! jy consens ; mais punissez-moi dans votre miséricorde, et non dans votre colere.
0 douleur ! à repentir ! se dit alors une âme pénétrée ; où était ton Dieu, et qu'étais-tu envers lui ? Tu t'es servie de ses propres dons pour l’offenser : tu as pu vivre dans sa disgrâce, sans le mettre en peine de l’apaiser, et de revenir à lui ; il sera dit éternellement que les plus précieux jours de ta vie ont été employés à à le fuir et à l’offenser : de quel œil te regarde-t-il à présent ? A-t-il écouté tes soupirs ? a-t-il reçu tes regrets ? a-t-il accepté ta pénitence? Quel état ! quel malheur pour toi! jamais tu ne seras assurée d’avoir retrouvé celui que le péché a banni
de ton cœur. O retour amer ! ô moment uouloureux ! mais retour et douleur nécessaires. Il faut que ce qui a fait le plaisir du coupable devienne son supplice ; ; il faut que le triste souvenir du péché purifie là âme par son repentir,
il faut qu’une amère douleur de s’être éloigné de Dieu répare la satisfaction criminelle de s’êtreattachéà la créature. Tels ont été de tout temps les sentiments des vrais pénitents. On en a vu, dès le commencement de leur conversion, pénétrés d’une tristesse si vive, plongés dans un accablement si profond, pousser des soupirs si violents, si amers, qu'il semblait que le cœur, ne pouvant soutenir ses transports, allait se fendre et se briser de douleur. Heureusel’âme qui conçoit de pareils sentiments ! que vous devez en être glorifié, d mon Dieu! et qu'ils réparent bien à vos yeux le malheur qu’on a eu de vous offenser !
SECOND POINT
Mais en même temps, ô Dieu saint ! que faut-il penser de la douleur tranquille de tant de prétendus pénitents qui auraient de si grandes raisons de gémir et de soupirer devant vous? Que dois-je penser moi-même de la mienne, après tant de crimes et d’égarements ? O mon âme! où est cette douleur marquée par les sacrés caractères de la vraie pénitence? où sont les sentiments qui doivent faire le partage des vrais pénitents ?
Où est cette douleur intérieure qui pénètre le cœur et qui le brise à la vue de ses infidélités et de ses désordres ; cet: douleur surnaturelle puisée dans le sein de Dieu, et qui ne doit avoir que Dieu pour principe et pour fin; cette douleur universelle qui s'étend à tout, qui gémit sur tout, qui déplore tout ce qui peut déplaire à Dieu et affliger son cœur; cette douleur souveraine, plus sensible à l’offense de Dieu, à la perte de la grâce de Dieu, qu’à la perte des biens, de la liberté, de la santé, de la vie, qu’à tous les malheurs qui pourraient arriver? En
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est-1l avoir Ai-.
minati colère tion d loigner celte d Je s soit ser mais di au poit de cha me col péniten fier, de souffert Ce qi qu'il su vie pou c’est qu d'un Di rite mes Ainsi sans ell cessaire lement il faudr et le dés Touc
ment, Ô et vous amère ( cœur, q
fait que tir, réare.
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est-il de plus grand, Ô mon Dieu! que celui de vous avoir offensé ?
Ai-je bien gravé dans le cœur celle g “ncreuse détermination de tout accepter, de tout faire pour apaiser la colère de Dieu; ce ferme propos, cette constante résolution de mourir plutôt un million de fois que de m'’éloigner jamais de Dieu et de son service? Où est enfin celte douleur qui doit être au-dessus de toute douleur ?
Je sais, à mon Dieu! qu’il n’est pas nécessaire qu’elle soit sensible; cette sensibilité ne dépend pas de nous : mais du moins cette douleur est-elle sincère? Si elle l'était au point qu'elle doit l'être, que n’aurait-elle pas produit de changements et d’effets dans mon cœur, dans toute mea conduite! Ah! quand un cœur est sincèrement pénitent, que n'est-il pas en état d'entreprendre, de sacrifier, de souffrir? qu’ai-je fait, qu'’ai-je sacrifié, qu'ai-je souffert pour Dieu ?
Ce qu'il y a de certain, et ce qu’il y a de terrible, c’est qu’il suffit d’avoir commis un seul péché mortel dans sa vie pour avoir un sujet de pleurer le reste de ses jours ; c’est que mes péchés ont fait couler les larmes et le sang d'un Dieu ; c’est que le péché est l'unique chose qui mérite mes pleurs et mes larmes.
Ainsi, pénitence intérieure tellement nécessaire, que sans elle le péché ne sera jamais pardonné : tellement nécessaire, que sans elle il n’y aurait jamais de salut ; tellement nécessaire, que, sion ne la fait pas en ce monde, il faudra la subir éternellement dans l’autre par le regret et le désespoir.
Touché, pénétré, effravé de ces grandes vérités, et à la
. vue de tant de péchés, je désire arderrment dans ce mo-
ment, mon Dieu ! vous en témoigner un regret éternel, et vous en offrir l’acte de la contrition la plus vive, la plus amère et la plus parfaite. Voilà les sentiments de mon cœur, que je consacre à la douleur et au repentir; quel-
que amers qu'ils soient, seront-ils jamais proportionnés à la grandeur de mes crimes?