‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 37 sur 112 · SUR LES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

SUR LES SOUFFRANCES

Par quel aveuglement et quel désordre peut-il donc arriver que des Chrétiens ne regardent souventiles souffrances que comme des malheurs, et se regardent euxmêmes comme malheureux, parce qu'ils souffrent ? Quoi ! des Chrétiens qui adorent un Dieu sur la croix, qui professent une religion toute fondée sur la croix, doivent mettre les souffrances au nombre des béatitudes, Beati qui lugent (1). Que des idolâtres, des païens pensent ainsi, on n'en sera pas surpris; mais que des Chrétiens aient de pa-

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reils sentiments, n'est-ce pas déshonorer la foi, et abjurer en quelque manière sa religion? Chrétiens de nom, soyons-le de cœur; élevons nos pensées et nos senti-. ments: consacrons nos souffrances, connaissons-en le mérite et le prix.

Si nous sommes pécheurs, par les souffrances Dieu nous fera connaître notre péché, Dieu nous fera renoncer à uotre péché, Dieu nous fera expier nos péchés. Quelles grâces ! et dans les vues de la foi ne sont-elles pas préférables à toutes les consolations et à tout le faux bonheur «le ce monde ?

1° Par les souffrances Dieu nous fera connaître notre péché. En effet, est-il rien de si propre que l'adversité à nous ouvrir les yeux sur le précipice où la prospérité nous entraîne ? Tant que le pécheur est dans le sein de cette prospérité funeste, il semble oublier qu'il a un Dieu à servir, et une âme à sauver ; une foule d'objets occupe toutes ses pensées, épuise toute son attention, et lui ôte presque le temps et les moyens de se reconnaître. Dès lors ses yeux, uniquement ouverts sur ses plaisiis, sont lermés sur ses égarements; ou s'il les connaît, hélas ! quelles sont ces connaissances, et que peuvent-elles produire ? Connaissances vagues et superficielles, qui se dissipent bientôt ; connaissances bornées et obscures, qui n'éclairent qu'à demi , connaissances même inquiètes et importunes, qu'i rejette et qu’il combat dès qu’elles se présentent, connaissances par conséquent ordinairement stériles et infructueuses. Que faut-il donc pour les rendre efficaces ? Il faut que l’affliction vienne à leur secours ; ah! que bientôt elle fera tout changer de face ! D'abord elle commence à éloigner celte foule d'objets qui dissipaient le pécheur : rendu à luismême, il approfondit le chaos de sa conscience ; et semblable à un homme qui sort d'un profond sommeil, il ouvre enfin les yeux, et il voit avec surprise le précipice sur le bord duquel il mar-

chait. Alors la pensée de l'éternité se réveille, la foi rentre dans ses droits, et la grâce trouvant entrée dans un cœur

déjà préparé par les afflictions, y fait revivre ses divines .

lumières qui paraissent presque éteinles ; et à la faveur de ces divines lumières, elle fera connaître au pécheur toute la honte, toute la malice, toute l'énormité du péché. Quels exemples touchar': n’en avez-vous pas présenté, d mon Dieu ! dans un D: d, dans un Manassès, dans tant d’autres pécheurs dont vous avez éclairé les yeux en affligeant leur cœur!

2° Cependant ce n'est point assez que le pécheur connaisse son péché, il faut encore qu'il le déteste, et qu'il y renonce. Suivez donc votre ouvrage, à mon Dieu ! frappez le pécheur, et bientôt, contrit, humilié, il viendra se

jeter entre vos bras comme un enfant effrayé dans le sein

de sa mère. Etvoilà, ditsaint Augustin, le mystère comme impénétrable, mais infiniment adorable de la Providence de Dieu dans les afflictions. Dieu, dit ce Père, punit quel quefois par bonté, etquelquefois ilépargne par vengeance : car, comme il y a dans Dieu une bonté miséricordieusement sévère, qui frappe pour sauver, il y a aussi une justice sévèrement indulgente, qui épargne pour perdre. Or, si jamais ajoute, ce grand Saint, si jamais Dieu a fait éclater cette bonté miséricordieusement sévère, c’est surtout dans les afflictions qu'il nous ménage pour nous faire renoncer à notre péché. Un jour nous le reconnaîtrons, nous l’adorerons, nous l'en bénirons.

Homme pécheur et affligé, vous gémissez dans vos afflictions, vous vous plaignez de couler vos jours dans les croix, de compter vos moments par vos larmes, de ne trouver dans les plaisirs qu’amertume, dans le monde que perfidie, dans vos amis qu'inconstance, dans tous vos projets que des obstacles et des revers, sous vos pas que des épines ou des abimes. Depuis ce temps vous n’avez que des larmes aux yeux, des plaintes à la bouche, et des

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soupirs dans le cœur. Ah! jusques à quand vous aveuglerez-vous sur vos intérêts ? Ne reconnaîtrez-vous jamais la main de Dieu qui agit, et sa miséricorde qui opère pour votre salut ? Oui, pécheur il faut que votre Dieu vous aveugle comme Tobie, pour vous éclairer; qu'il vous lerrasse comme Saül pour vous relever : qu’il vous précipite, pour ainsi parler, comme Lazare dans le tombeau, pour vous ressusciter à la grâce. Eh ! que pourrait faire désormais votre Dieu, qui veut vous sauver ? Vous avez come épuisé loutes les ressources de sa bonté : inspiralions saintes , sentiments touchants, avis salutaires, exemples édifiants, remords intérieurs, tout a élé mis en œuvre par la tendresse de sa miséricorde, et tout a été rendu inutile par l’inflexibiliié de votre cœur. Il ne reste plus que les afflictions dans les trésors de sa grâce. Fautil donc qu'il vous abandonne à vous-même, qu'il vous laisse courir à grands pas dans les voies de la perdition, qu'il laisse orner et engraisser la victime pour l'immoler à sa vengeance? Non, mon Dieu, frappez-nous, etvengez-vous. Celle indulgence apparente serait la marque la plus terrible de votre colère, et les afflictions seront les gages les plus précieux de votre tendresse. Etcombien de pécheurs, en effet, qui ne sont redevables de leur salut qu'à leurs afflictions, qui n'ont versé des larmes sur leurs péchés qu'après en avoir versésur leurs misères, et qui n’ont cessé d'être criminels que depuis qu’ils ont com-

mencé d’être malheureux ! Non, je ne crains pas de le.

dire, il y a à présent un grand nombre de réprouvés dans l'enfer qui auraient été de grands Saints, si Dieu les avait favorisés des souffrances ; il y a, au contraire, un grand nombre de Saints dans le ciel qui seraient au nombre des réprouvés, si les afflictions ne les avaient tirés de l’abîme.

3° Nouveau gage des bontés de Dien : par les afflictions il nous fera expier nos péchés. C’est l’Esprit-Saint même qui nous en assure, et qui nous dit que le temps de la

tribulation est par excellence le temps de la rémission : In tempore tribulations peccata diméttis. (1) Dans l’ordre de la justice divine, nos péchés méritent une peine ; tôt ou tard il faut la subir, ou en qualité de pénitents en cette vie, ou en qualité de réprouvés dans l’autre ; mais avec cette terrible différence, que les peines de cette vie sont courtes et méritoires, et que celles de l’autre sont éternel-

les et infructueuses. Or, quelles actions de grâces n’a-

vons-nous pas à rendre à Dieu quand il nous procure un échange si avantageux! Quoi, une éternité de supplices affreux changés en quelque affliction passagère ! Les coups terribles d’un bras éternellement veïgeur, qui frappe pour accabler, changés en des coups mesurés d’une main paternelle, qui n’abat que pour relever ! De telles peines méritent-elles des actions de grâces ou des plaintes? Ainsi, pécheurs, voulons-nous apprendre à porter en patience "le poids de nos afflictions, comparons les peines que nous essuyons dans le temps avec celles qui nous étaient réservées dans l'éternité ; faisons le parallèle de ce que nous souffrons avec ce que nous avons mérité. Disons-nous à nous-mêmes dans nos afflictions : Je souffre, ilest vrai, dans le sein de la maladie, le feu de la fièvre ” qui coule avec mon sang dans les veines; mais ce feu qui me brûle et me consume est-il aussi ardent et aussi terrible que les feux de l’enfer que j'ai si souvent mérités ? Je suis pauvre et réduit à une triste indigence ; mais enfin ma situation est-elle aussi triste que celle d’une âme réprouvée, abandonnée de tout, et n’ayant pour partage que ses tourments, ses regrets et son désespoir? O mon Dieu ! je vousle dis avec un saint pénitent: Frappez, coupez, brûlez, écrasez-moi en celte vie, pour que vous m'épargniez dans l’autre. Le poids des afflictions sera-t-il jamaiscomparableau poids de vos vengeances ? Jetons-nous donc au pied de la croix, baisons la main quinous frappe ;

(3) Tob., ur.

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adorons le Dieu vengeur qui punit en père ; sa main est levée, mais son cœur est ouvert, prêt à recevoir le nénitent pour sauver le pécheur.

MÉDITATION

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