‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 38 sur 112 · SUR LES SOUFFRANCES DU JUSTE · texte numérisé non relu

SUR LES SOUFFRANCES DU JUSTE

O mon âme! ranimons notre foi : elle est nécessaire

pour entrer dans les vues de Dieu sur les souffrances du

juste, et pour admirer les salutaires effets qu’elles produisent. |

Par les souffrances, Dieu éprouve la vertu du juste, Dieu purifie la vertu du juste, Dieu affermit la vertu du juste, Dieu augmente et perfeclionne la vertu du juste, Précieux avantages, que le juste même trouve dans les souffrances ; et dès lors, à mon Dieu ! loin de nous plaindre el de nous affliger, ne devons-nous pas regarder les souffrances commeautant degrâces ? Soutenez-moi, grand Dieu, dans une considération si contraire à la nature, si élevée au-dessus des sens.

1° Par les souffrances Dieu éprouve la vertu du juste. Ainsi a-t-il éprouvé celle de Job, en lui enlevant tout ce qu’il avait dans le monde; celle d'Abraham, en lui ordonnant de lever le glaive sur son propre fils ; celle de Tobie, en le privant de la lumière: ainsi éprouve-t-il encore tous les jours les âmes justes qu’il trouve dignes de lui: Quia acceptus eras Deo, necesse fuil ut tentalio probaret te (1). Mille fois nous avons protesté à Dieu que nous lui serions fidèles, que nous perdrions mille vies plutôt que de lui déplaire ; que ni la vie, ni la mort, ni le monde, ni l'enfer ne pourraient nous séparer de lui: ces promes-

ses lui sont agréables, sans doute, mais il veut s'assurer si

elles sont bien sincères, et si les effets répondront aux paroles ; en un mot, il veut un autre témoignage que celui

(1) Tob,., x,

de notre bouche, et ce témoignage c’est dans les souffran- nuages ces que nous devons le lui rendre. Disons mieux, et ce que de n'est point proprement Dieu qui veut éprouver notre des la vertu : il connaît notre cœur ; mais il veui que le juste se Dieu, connaisse, s'éprouve lui-même. Combien de fois nous la grâc flattons-nous, nous trompons-nous sur les dispositions de sions ; notre cœur ! David, éloigné des occasions, avait assuré causer que rien ne serait capable de l’ébranler, et David, dans aime, 4 l'occasion, succombe malheureusement. Fallût-il mourir dignes avec vous, Ô mon Dieu, je vous suivrai partout, disait saint quiab Pierre ; et la voix d'une servante suffit pour le rendre feu des apostat de sa foi. Combien de justes qui, loin des dangers, son écle se croient inébranlables, et qui, dans l'orage des tenta- père ; le tions, ont fait un triste naufrage ! Apprenons, âmes fai- et qui v bles, à nous connaître et à nous défier de nous-mêmes, # Que jusqu'à ce que l'épreuve des afflictions nous rassure, et M sentime

LME.

rende à notre vertu un témoignage plus certain. garde le Hélas! combien de fois ai-je fait au pied de l’oratoire |! 1 degrâc les plus saintes résolutions ! combien de fois me suis-je Æ Mature} cru en état de tout entreprendre, de tout souffrir pour Dieu! m vous, à mon Dieu! et à la moindre occasion, tous ‘mes votre m projels se sont évanouis, et toute ma constance s est dé- | 3° Pa mentie. Nous le 2° Par les souffrances, Dieu purifie la vertu. Le juste, % justen 8 dit l'Esprit-Saint, tombe sept fois le jour; c’est-à-dire etil n'e que, quelque juste que soit l'homme, il a toujours bien point. Î des choses à se reprocher devant Dieu. Il a souvent cer- © lorsqu'i taines affections trop naturelles du cœur, je ne sais quel qu'alors penchant au mal, quel attachement aux choses créées et croit pé plus encore à lui-même ; toujours bien des tiédeurs, des qu'il ne négligences, des résistances, des infidélités à la grâce : l'heure: faibles nuages, à la vérité, mais qui ternissent Loujours qu'elle l'éclat de sa vertu, et meltent encore quelque obstacle à la constan grâce et à l'union avec Dieu. sur lui

Or, ce sont ces obstacles que Dieu veut détruire, ces sans ce

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nuages qu’il veut dissiper. Eh ! quel moyen plus efficace que des souffrances ! Car enfin les fautes des justes sont des taches dans l'âme; elles ne détruisent pas l'amitié de Dieu, mais elles la refroidissent ; elles ne privent pas de la grâce, mais elle: l’altèrent et en arrêtent les impressions ; elles ne donnent pas la mort à nos âmes, mais elles causent des infirmités el des langueurs. Or, Dieu qui les aime, et qui en est aimé, veut les rendre toujours plus dignes de lui et de son amour, C'est un or précieux, mais qui a besoin d’être encore épuré ; il le fait passer par le feu des tribulations ponr lui donner tout son prix et tout son éclat. Dieu châtie ceux qu’il aime, mais il châtie en père ; la main qui frappe est conduite par le cœur qui aime el qui veul sauver.

Que je serai heureux, à mon Dieu ! si j'entre dans ces sentiments, si je baise la main qui me frappe, si je regarde les épreuves que vous me ménagez comme autant de grâces que vous me préparez ! La grâce le dit, mais la nalure ÿ répugne ; n'écoulez pas ses répugnances, Ô mon Dieu! mais soutenez sa faiblesse, et continuez l'ouvrage de votre mis :ricorde.

3° Par les souffrances Dieu affermit la vertu du juste. Nous le savons, l'expérience et la foi nous le disent ; le juste n’a jamais plus à craindre que lorsqu'il craint moins, etil n’est jamais plus assuré que lorsqu'il croit ne l’être point. Îl n’est jamais plus ferme et plus inébranlable que lorsqu’il se défie de lui-même et de sa constance ; parce qu'alors il cherche auprès de Dieu le secours qu’il ne croit pas trouver en lui-même, et il espère de Dieu ce qu'il ne saurait attendre de ses propres forces. Or, voilà l’heureux état’ où nous conduit l’affliction; car, outre qu'elle éloigne les objets qui pourraient ébranler notre constance, elle oblige le juste de veiller continuellement sur lui-même et de se défier de lui-même ; de recourir sans cesse à Dieu, comme à son asile ; de s'éloigner de

plus en plus du monde, des choses du monde, dont les afflictions lui font connaître le néant et la vanité. Or, si quelque chose est capable de rendre notre vertu constante et solide, c'est surtout cette défiance de nous-mêmes, cette confiance en Dieu seul ; deux fondements inébranlables du grand édifice de notre sanclification.

Établissez mon âme, d mon Dieu! sur la solidité de ces fondements. Je n'ose vous demander des souffrances, connaissant ma faiblesse ; mais si les souffrances sont nécessaires pour m’affermir, donnez-moi la grâceet la force de les supporter, J'irai puiser cette force au pied de votre croix, je vous la demanderai par la voix même de votre sang répandu pour moi.

4 Enfin, par les afflictions. Dieu augmente et perfectionne la vertu du juste. On peut dire que les souffrances donnent occasion à la pratique de toutes les vertus. Par les afflictions, la foi devient plus vive, l’espérance plus ferme, la charité plus ardente; l'humilité, la patience, la résignation jettent des racines plus profondes, et portent des fruits bien plus abondants. Ainsi le jusle demandera peut-être souvent à Dieu d’être délivré de ses peines et à couvert de toutes les tentalions; mais Dieu, jaloux de sa propre gloire et du salut de cette âme, lui dira ce qu’il a dit à saint Paul : Il vous est plus avantageux de porter le poids des souffrances que d'en être exempt: Virtus in infirmitate perficitur (1) : elles vous mettront à de nouvelles épreuves, elles vous livreront de nouveaux assauts ; mais si elles sont pour vous une nouvelle matière de combats, elles seront aussi pour vous un nouveau sujet de triomphes. Vous combattrez sous mes yeux ; je vous soutiendrai moi-même dans vos combats. Armezvous de courage el de force; on mérite plus dans un quart d'heure de souffrances que dans des années entières de consolations. |

(1) 1 Cor., xu.

Otr videnc ne dis mais, !

vrait-0 pendan on un chaînes enuntr heureu Aveugl ceux ql pleuren parce c moins, siecle : :

avec le drait ur maudirs

Ne 50 souffren sont jus!

de souffr d'homm tinés: et nous po avoir qu beaucou souffert justes en prédesti élus; qu n’entrer:

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0 trésors immenses, cachés dans les afflictions! Providence admirable de Dieu sur les justes! A cette vue, je ne dis pas seulement quelle résignation, quelle patience, mais, si on a la foi, quelle consolation, quelle joie ne devrait-on pas faire éclater- dans le sein des souffrances. Cependant de quel œil les regarde-t-on d'ordinaire ? Voiton un Job étendu sur son fumier, un Joseph chargé de chaînes dans un cachot, un David persécuté par Séméi, en un mot, un juste souffrant? Que cet homme est malheureux! qu’il est à plaindre! s’écrie-t-on tout étonné. Aveugles que nous sommes! nous appelons maliseureux ceux qui souffrent, et J.-C. appelle heureux ceux qui pleurent. Où est notre foi? Dieu afflige le juste: c’est parce qu il l'aime qu’il le traite ainsi; et s’il l’aimait moins, il le traiterait comme il traite les heureux du siècle : il le laisserait jouir des plaisirs du monde, s’égare: avec le monde, se pervertir comme le monde, et viendrait un temps où il le jugerait, le condamnerait, le maudirait avec le monde.

Ne soyons donc plus élonnés, à mon âme! si les justes souffrent, ce n’est peut-être que parce qu’ilssouffrent qu’ils sont justes, et qu'ils cesseraient d’être justes s’ils cessaient de souffrir. Le Saint des saints a souffert : c’est en qualité d'homme de douleur qu'ilest devenu le modèle des prédestinés ; et ce ne sera qu'en participant à ses souff:=1ices que nous pourrons avoir part à sa gloire. Siles saints pouvaient avoir quelque regret dans le ciel, ce ne serait pas d'avoir beaucoup souffert sur la terre, mais de n’avoir pas encore souffert davantage. Plus nous souffrirons en qualité de justes en ce monde, plus nous serons élevés en qualité de prédestinés dans la gloire. Les souffrances sont le sceau des élus; quiconque ne sera pas marqué à ce sacré caractère n’entrera jamais dans la région des vivants. Nous sommes tous les enfants du Calvaire : c’est là que Jésus-Christ nous a régénérés dans son sang; et ce tendre père, ce père

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mourant ne nous a laissé d'autre héritage, en quittant ce monde, que sa croix et sa grâce : recevons-le avec reconnaissance et avec respect; conservons-le dans l'humilité et la vigilance; nous en recueillerons un jour avec conso- Jation les fruits et la récompense.

PRATIQUES

19 Unir nos souffrances à celles de Jésus-Christ souffrant et mourant pour nous,

2° Baiser souvent les pieds de notre crucifix.

30 Nous transporter quelquefois en esprit sur le Calvaire, d’autres fois dans le sein des enfers. A cette vue oserons-nous nous plaindre ?

4° Penser à tant d'autres qui souffrent autant et plus que nous, et qui manquent de tuui secours.

5 Nous regarder comme des victimes qui ont mérité la mort, et que Dieu a épargnées pour donner le temps à la pénitence.

PRIÈRE

Vous avez souffert pour moi, adorable Sauveur ; dois-je me plaindre si je souffre quelque chose rour vous ? Ne dois-je pas, au contraire, m'estimer heureux d’avoir cette sainte ressemblance avec vous ? Mes péchés méritent l’enfer : par un effet de vos ineffables miséricordes, vous voulez bien changer les peines éternelles qui m’étaient réservées en quelques peines temporelles qui finiront un jour. Quelle grâce ! quelle faveur ! Après tout, voudrais-je n’avoir rien à mettre au pied de votre croix P J'y trouve votre sang adorable versé pour le salut de mon âme, Ne duis-je pas mêler mes larmes avec votre sang, unir mes souffrances avec vos douleurs ?

Je souffrirai donc, à mon Dieu ! je souffrirai, s’il le faut, toute ma vie : je souffrirai sans me plaindre ; je souffrirai avec patience, avec résignation ; que ne puis-jea jouter : avec joie ! Vous soutiendrez ma faiblesse par votre grâce. Heureux si, après toutes les afflictions d’une vie coupable que j'ai menée sur la terre, je puis avoir part au bonheur de la vie immortelle que vous nous préparez dans le ciel ! Ainsi soit-il.

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