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les rois de la terre, s'ils en sont privés. Voyons, au coniraire, cet heureux du siècle, cegrand de laterre : selon le monde, tout est grand dans lui, {out ce qui l’environne est éclat ; mais n’a-t-il pas la grâce, c’est un objet d’indignation aux yeux de Dieu ; il ne le voit qu'avec dédain, il ne le supporte qu'avec horreur. La grâce, la grâce, voilà le principe de la véritable grandeur.
En voulons-nous une preuve bien sensi! ° el un exem-
ple bien frappant? Allons le chercher ? Non dans le palais des grands, non sur le trône on à la tête des armées parmi les conquérants, n le fumier
du saint homme Job. Avez-vous vu mon serviteur Job ? dit le Seigneur avec une espèce de complaisance : Considerasti servummeum Job (1)? Qui, Seigneur, nous l'avons vu, mais dans quel élat ? couvert d’un horrible ulcère, songé tout vivant de vers. Eh bien! cet homme, en apparence frappé du ciel, c'est l’homme de ma droite, c’est l'objet de mes complaisances, à qui j’ai confié le soin de ma gloire, qui fait la matière de mon triomphe. A travers les nuages qui l’environnent, je vois briller les rayons de ma grâce. À ja vue de cette grâce, le lieu même où il est placé devient une espèce du’ autel érigé à ma gloire; ses vers sont les ministres bien moins de mes vengeances que de mes miséricordes ; et Job lui-même est la précieuse victime qui m'est immolée ; je la reçois des mains de la grâce ; jamais sacrifice plus précieux ne fut offert à mon cœur. Allez donc et considérez les grands dans leurs palais, les riches dans leur abondance, s'ils n’ont pas la grâce, je ne les connais pas, ou je ne les connais que pour les frapper d’anathème. Job surson fumier est plus grand à mes yeux que les rois élevés sur le trône; Job couvert d’une lèpre est plus cher à mon cœur que les rois couverts de la pourpre.
0 grâce céleste ! si vous êtes le digne objet des complai- (1) Job. 1
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sances de Dieu même, quelle place devez-vous tenir dans l’idée et l'estime des hommes ?
MÉDITATION
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Éclairé de vos divines lumières, je comprends, d mon Dieu ! que la grâce sanclifiante est tout à la fois le bien le plus précieux, le bien le plus nécessaire, et cependant Île bien le plus exposé. Quels soins ne dois-je donc pas lui donner pour la conserver ! Ah ! que c'est avec juste raison que vous nous dites par la bouche du sage : Conservez avec soin votre cœur, et dans votre cœur le précieux trésor de la grâce : Omni custodid serva cor tuum (1). Mais, hélas ! que pourront tous mes soins, si vous ne les soutenez de votre secours ?
1° Conserver la grâce avec soin, parce qu'elle est pour nous le bien le plus précieux. Le soin qu'on a de se conserver la possession d’un bien doit être proportionné à la grandeur du bien qu’on possède ; et à mesure que le bien est plus grand, le soin doit être aussi plus ardent: or qu'est-ce que la grâce pour nous? C'est un bien, c’est le premier des biens, c’est le plus grand des biens, c'est le plus solide des biens, et, à proprement parler, c'est même le seul et unique bien, puisque la grâce devient pour nous la source de tout autre bien. Et de quels biens celte grâce ne devient-elle pas pour nous la source fé- ” conde? Excellence de la grâce, quoi de si grand? Richesses de la grâce, quoi de plus précieux ? mais surtout délices de la grâce, quoi de plus doux et de plus consolant? La paix de l'âme, la tranquillité de la conscience, le re- | pos du cœur, cette confiance en Dieu, ces douceurs à ineffables, ces moments de consolation qui donnent un avant-goût des délices célestes.
(1) Prov.,1v.
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DIX-HUITIÈMR LECTURE. 183
Ames justes, âmes fidèles dont j'envie le sort, n'estce pas ce que vous avez éprouvé dans ces moments heureux où vous avez pensé revenir à Dieu, où vous êtes rentrées dans sa grâce? Qu’avez-vous éprouvé, que douceur, que consolation et que paix ? Si vous avez versé des larmes, qu'étafent-ce que des larmes de joie ?
Ce jour n’a-t-il pas été le plus heureux de vos jours? La grâce n'est-elle pas pour vous cette terre délicieuse d’où découlent le lait et le miel? Le seul bien de la grâce ne vous a-t-il pas tenu lieu de tout autre bien ?
Et puis-je moi-même, à mon Dieu! sans être touché et pénétré, me rappeler cet heureux moment où, éclairé de votre grâce, j'eus ke bonheur de me rendre à vous? Mais pourrais-je, sans l’ingralitude la plus monstrueuse, m’exposer à perdre le précieux dépôt de votre grâce, après l'avoir recouvrée ? et ne me rendrais-je pas à jamais indigne de vos dons et de votre cœur?
2° Conserver la grâce avec sbin, parce que la grâce est pour moi le bien le plus nécessaire. De quoi me serviraient tous les autres biens sans celui de la grâce? que sont pour moi tous les autres biens? Avec la grâce je puis tout, et j'ai tout. Sans la grâce de Dieu, je n'ai rien, je ne puis rien, et je ne suis rien; eussé-je tous les autres trésors, sans la grâce je vis dans la plus triste indigence ; eussé-je tous les plaisirs, toutes les joies de la terre, sans la grâce puis-je les goûter? Bien si nécessaire, que, sans la grâce, jamais je ne pourrai rien mériter pour le ciel : toutes mes actions seront stériles, toutes mes œuvres mortes, tous mes talents enfouis, tous mes pas seront perdus et hors de la voie. Sans la grâce, jamais je n'aurai entrée dans le ciel, et je ne pourrai être qu'éternellement malheureux.
Aussi que n’ont pas fait, que n’ont pas souffert les Saints pour rappeler ou pour conserver celte grâce ? Solitaires et anachorètes, que faites-vous dans les déserts
et ensevelis tout vivants dans les antres et les cavernes ? Ah! me dites-vous, c'est que nous portions un trésor, et nous le portons dans des vases fragiles; la solitude la plus retirée ne nous a pas paru un asile trop assuré ‘pour le mettre à couvert. Saints pénitents, que je vois pâles, défigurés, languissants, pourquoi vous livrer ainsi à tant de pénitences et de rigueurs? L'air retentit de vos sanglots, Ja terre est arrosée de vos larmes. Hélas! me répondezvous du fond de vos antres, c’est que nous connaissons le prix de la grâce, et que nous craignons notre fragilité. Et vous surtout, invincibles martyrs, glorieux athlètes de la foi, pourquoi paraissez-vous sur les échafauds, au milieu des bräsiers ardents? Pourquoi vois-je vos membres déchirés et nageant dans des fleuves de sang? Vous me répondez par la voix même de ce sang: Nous mourons, nous t:ourons avec joie, et nous donnerions mille vies pour conserver la vie de la grâce.
Mon Dieu, que‘ces sentimenis sont grands ! qu’ils sont désirablés ! sont-ce les miens ? La grâce me les avait inspirés ; les ai-je gravés et conservés dans mon cœur ? Oh ! que ceux-là sont heureux, à mon Dieu ! qui n'ont ja- . mais perdu le précieux trésor de la grâce ! quel bonheur ! ce précieux trésor n'est-il pas préférable à tousle ésors de la terre ? Que de regrets, que de larmes ils se sont épargnés durant la vie ! que d’alarmes an moment de la mort !
3° Enfin, conserver la grâce avec soin, parce qu’elle est exposée à mille ennemis et à milie dangers. La grâce estun miroir ; le moindre souffle peut en ternir l'éclat : c’est une fleur que le moindre vent peut abattre et flétrir : c’est un germe précieux ; un trop grand air peut l’é- ” touffer et le faire périr. Mais d’ailleurs de combien d’ennemis n'est-elle pas assaillie ! et quels efforts ne font-ils pas pour nous la ravir ! Hors de nous, autour de nous, au dedans de nous, tout conspire sa perte : hors de nous,
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les démons qui, en lions rugissants, cherchent sans cesse une proie pour la dévorer ; autour de nous, un monde pervers qui, par mille objets dangereux, veut nous séduire et nous pervertir ; dans nous, mille passions violentes, ennemis domestiques et plus redoutables, toujours soulevés, toujours conjurés, toujours acharnés contre nous et contre la grâce.
O don de Dieu! à grâce précieuse! comment vous soutiendrez-vous, environnée de tant d’ennemis? Comment pourrez-vous subsister dans une terre si étrangère, à moins que, par des soins assidus, une vigilance continuelle, une crainte salutaire, une sainte frayeur, nous . ne tâchions de vous garantir et de vous préserver ?
Que faut-il donc faire, Ô mon Dieu ! et quels moyens faut-il prendre pour la conserver ? Ce qu’on fait tous les jours dans le monde pour un bien qu’on estime et qui est précieux ; car en ce point le monde même peut servir de modèle.
Nous-mêmes, pour la conservation de nos biens, dé notre santé, de notre vie, que ne faisons-nous point ? Jamais assez de soins, de précaution, de ménagements. À la moindre incommodité, nous nous alarmons ; au moindre mal, nous ne sommes presque plus à nous. Pourquoi ? Il s’agit de la vie.
O mon Dieu! jusqu’à quand les enfants du siècle seront-ils plus sages et plus éclairés que les ‘enfants de la lumière ? Et quoi ! aveugles que nous sommes, nos biens, nos fortunes, notre santé, notre vie, nous sont-ils plus chers, plus précieux que la grâce de Dieu, que la vie de la grâce? Ah! prenons, pour la conserver, tous les moyens que la sâgesse, la raison, la foi, nous inspirent ; humilité, vigilance, retraite, prières, mais sur toutes choses, la fuite des occasions.
Non, je le comprends, je le sens, à mon Dieu ! il n'est point de vertu si bien établie, point de résolution si
forte et si efficace qui tienne longtemps contre certaines occasions dangereuses. En vain me rassurérais-je sur la sincérité de mes sentiments, sur la fermeté de mes propos ; si je m'expose, je succomberai ; si je me jette dans l’occasion, l’occasion me perdra ; je dois regarder mes passions comme un flambeau mal éteint qui fume encore, et qui, à la moindre occasion, pent se rallumer ‘et causer un nouvel incendie. Fuyons, prions et tremblons; c’est l’unique moyen de persévérer et de nous sauver. |
Ce que je puis me dire, dans les sentiments de la foi ; ce que je dois à jamais graver dans mon cœur, c'est que la grâce est un si grand bien, que quand nous mettrions dans une balance tous les biens de ce monde, les honneurs et tout leur éclat, les richesses et tous leurs trésors, les plaisirset, tous leurs attraits ; tout cela mis en parallèle avec la grâce, disparaît devant elle, et s’éclipse par son éclat.
La grâce est un si grand bien, qu'à proprement parler c’est le seul dont la possession mérite nos vœux et nos soins, dont la perte mérite nos regrets et nos larmes.
La grâce est un si grand bien, que c’est l’unique trésor que nous possédions en ce monde, et qui nous restera quand nous en sorlirons.
La grâce est un si grand bien, que, quand pour l' acquérir, ou de peur de la perdre, il fandrait sacrifier nos biens, quelque grands qu’ils soient, notre santé, quelque
précieuse qu’elle puisse être, notre vie même, quelque
chère qu’elle doive nous être, il ne faudrait pas balancer un instant, mais appeler à notre secours l’héroïsme chrétien, présenter la tête et recevoir le coup, offrir le cœur et laisser enfoncer le poignard, plutôt que de laisser donner atteinte à la grâce.
La grâce est un si grand bien, qu'entre un prédestiné
et un damné, entre un saint et un réprouvé, il n’y a
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Quand je l'ai-je co l’ai-je ex séder à £ ÿ mon Di votre bo:
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d'autre différence que celle que met devant Dieu cette grâce à jamais précieuse.
Ce que je puis et ce que je dois encore ajouter, c’est que la grâee est un si grand bien, qu'il n'y a rien suï la terre qui puisse m'en donner une juste idée : pour le conecvoir, il faut m'élever jusqu’au ciel, jusqu’au trône même de Dieu. Un Dieu, voilà son auteur ; le sang d’un Dieu, voilà son prix ; le bonheur même de Dieu, voilà sa récompense.
Enfin la grâce est quelque chose de si grand, de si précieux, que, quand un jour nous irons devant Dieu et paraître à son jugement, si nous avons le bonheur de la posséder, notre jugement sera fait, notre sentence portée, n notre sort assuré ; sans que nous répondions, la ‘ grâce parlera pour nous; et si avec elle nous allons nous présenter à la porte du ciel, l'entrée du ciel nous sera ouverte, et sa possession à jamais assurée. O mon âme ! veillez donc constamment sur vous-même, et conservez à jamais le plus grand et le plus précieux de tous les dons de Dieu : Omni custodid serva cor tuum.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! que n’ai-je pas à déplorer, à me reprocher envers votre grâce P vous me l’aviez donnée à mon baptême ; bientôt j’en eus perdu le trésor. À peine les lumières de la raison avaient éclairé mon âme, que les ténèbres du péché vinrent se répandre sur elle ; peut-être ai-je eu le malheur de vivre, de gémir longtemps dans cet état de péché, Quand je suis revenu à vous, vous m'avez rendu cette grâce précieuse ; l'ai-je conservée avec soin ? Combien de fois, avec quelle présomption l'ai-je exposée, et à combien de dangers! Ai-je le bonheur de la posséder à présent ? La conserverai-je jusqu’à la fin ? Je vous la demande, ÿ mon Dieu! ce n’est que de vous que je puis l’attendre ; je l’espère de
votre bonté. Si vous m’accordez ce bonheur, je n'ai plus rien à désirer es 4 sur Ja terre.
PRATIQUES
1° Considérer notre âme comme l'épouse de Dieu ; si la grâce y règne, ç’est une épouse chérie : si elle la perd, c’est une épouse indigne, Dieu la rejette et la répudie.
20 Regarder notre âme comme l’image de Dieu ; tant qu’elle a la
grâce, c'est une image éclatante; si la grâce se retire, c'est une image défigurée, et qui fait horreur.
30 Penser que nous portons le trésor de la grâce dans des vases fragilles; une chute nous le ravit peut-être à jamais.
4 Prier souvent le Seigneur de nous soutenir dañs les pccasions où sa grâce serait exposée ; prendre garde de nous y exposer imprudemment nous-mêmes, de peur d'y périr. *