‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 50 sur 112 · L'ESPÉRANCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

L'ESPÉRANCE CHRÉTIENNE

. Nous naiïssons dans les larmes, nous vivons dans Îles épines, nous mourrons dans les douleurs: voilà notre course; si l'attente d’un sort plus heureux ne nous soytenait, quel serait le comble de notre malheur ! L’espéraùce seule peut faire notre force et notre soutien. Et voici le double avantage qu’elle nous procure, dans les deux points de vue les plus tristes pour nous : elle nous

console dans toutes les peines de la vie , elle nous adoucit toutes les rigueurs de la mort; et cela par la vue et l’attente des biens éternels qu’elle nous présente. Ouvrons donc nos cœurs à cette douce espérance capable de tergpérer les amertumes de notre exil, en nous montrant l’heureux terme de la céleste patrie.

1° L’espérance nous console dans toutes les peines de cette vie. Le monde ne nous offre d'ordinaire que des sujets d’inquiétudes et de chagrins. | Qu'est-ce, hélas! que notre vie sur la terre? Nous semblons n'être au monde que pour souffrir ; les affliclions el les peines naissent sous nos pas ; nous marchons par un chemin tout semé de croix et d’épines ; nous nous nourrissons du pain de nos larmes, nous ne comptons nos jours que par nos malheurs ; chaque moment voit grossir le torrent d’amertume dans nos croix et nos peines, de tontes parts elles viennent fondre sur nous. Tout contri-

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bue à nous rendre la vie toujours plus amère ; nos parents nous abandonnent, nos amis nous trahissent, nos projets échouent : au dedans de nous-mêmes, que de troubles, que d’inquiéludes, que d'’agitations, que de peines secrèles auxquelles l'esprit et le cœur sont livrés en proie ! la santé dépérit, le corps s’affaiblit, mille infirmités viennent l’assaillir.

Nous souffrons tous; c’est le partage des enfants d'Adam, depuis le berceau jusqu’au tombeau, depuis le sceptre jusqu’à la houlette ; on souffre dans tous les temps, on souffre dans tous les élats, chacun a sa croix ; et si la-voix de tous les affligés pouvait se faire entendre dans tout l’univers, de toutes parts on entendrait un concert lugubre decris, de gémissements, de sanglots, qui sortiraient du fond des cœurs, du sein des failles, du centre des palais, et feraient retentir les airs de sons lamentables ; des pères affligés, des mères désolées, des épouses noyées dans leurs larmes, des malades dans la langueur, des pauvres dans l’indigence, des captifs dans les fers ; voilà l’homme et les maux auxquels il est condamné durant le cours de sa vie mortelle.

O mon Dieu! Dieu de bonté, est-ce pour cela que vous nous avez mis au monde ? et au milieu de tant de ténèbres, ne ferez-vous luire aucun rayon de consolation ? Venez, espérance salutaire, unique remède à nes maux, unique asile dans nos douleurs, venez adoucir la rigueur de nos peines. En effet, l’espérance chrétienne vient-elle à notre secours, et, dans les maux que nous souffrons en. cette vie, nous présente-t-elleles biens que nous pouvons, que nous devons attendre de l’autre; vient-elle ouvrir nos yeux aux trônes, aux couronnes, aux délices que l’éternité.nous prépare, quand les nuages du temps seront dissipés, et le terme des épreuves expiré : ah ! dès lors l'esprit rentre dans le calme, le cœur commence à s’ouvrir à la paix, la sérénité reparaît dans l'âme. Quel fonds, en

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effet, de consolation, quand on peut se dire à soi-même : Je souffre, il est vrai, dans cette vie, mais j'en espère une autre; je gémnis sur la terre, mais je suis fait pour le ciel ; tout finira dans ce monde, les plaisirs comme les peines, les joies comme les chagrins ; à quoi bon s'attacher aux uns, se laisser abattre par les autres? Un jour viendra qu'il ne restera aucune trace, ni des uns ni des autres: la mesure des maux passagers étant comblée, les biens véritables succéderont pour ne finir jamais. O jour de l'éternité, que l'espérance fait luire à mes yeux, que vous êtes bien capable d’adoucir nos peines, de tarir nos larmes ! Peut-être ce grand jour se lèvera-t-il bientôt sur moi : je le vois, je l'entends, je l’espère ; à celte vue, tous mes maux ont comme disparu : ils entrent dans l'économie de mon salut. J’ai des péchés, il faut les expier; j’attends une couronne, il faut la mériter; je dois arriver au terme de la céleste patrie, il faut soutenir les épreuves du pèlerinage et de l’exil qui dbit y conduire. Que cette vie courte et périssable se passe donc dans les afflictions et les larmes, pourvu qu'une vie meilleure, une vie éternelle et durable m'introduise un jour dans son sein : dans cette espérance, mes peines, loin d'être pesantes et amères, me deviennent précieuses et consolantes. Espérance chrétienne! ce sont là les douceurs que vous m'annoncez; après m'avoir présenté le calice, j'en bois toute l’amerlume, et je n’y trouve plus que délices. 4° Que si l'espérance chrétienne est si consolanté dans les maux de la vie, combien n'est-elle pas encore plus efficace contre les alarmes et les frayeurs de la mort, soit que celle mort nous menace nous-mêmes, soit qu’elle nous enlève ce que nous avons de plus cher au monde! La mort ne se présente d'ordinaire à nous que sous les idées de solitude, d'abandon, de destruction, d'anéantissement : c'est qu'on,ne la considère que dans les nuages du temps : mais l'espérance chrétienne veut-elle ouvrir

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les yeux, tirer le voile et présenter les idées plus salutaires d'un avenir éternel etimmense qu'elle nousannonce, tout change de face, tout se présente sous un nouveau jour ; elle console, elle ranime, elle rassure l'homme dans tout, et la mort n’a plus rien de ce qu’elle offrait d’affligeant ; car enfin ce que l'homme perd en mourant est bien peu de chose en comparaison de ce qu’il attend ; ce qu’il regrelte ne lui ôle rien de ce qu'il espère; si dans celte prétendue solitude Dieu nous reste, nous n’avons rien perdu ; bientôt nous allons tout trouver et tout posséder dans lui seul.

Pour l'idée de destruction, c’est la plus fausse et la plus injurieuse de toutes les idées. Bien loin qu'à la mort nous soyons détruits et anéantis, c’est alors, au contraire, que nous commençons à respirer et à vivre : le moment de la mort est pour nous un vrai principe de vie; nous quittons une vie pénible et mortelle pour entrer dans une vie durable et sans fin : à notre naissance, notre âme est descendue sur la terre pour entrer dans une prison ; à la mort, la prison se dissout, et l'âme entre dans la liberté des enfants de Dieu. Doux sommeil, qui introduit dans le sein du vérilable repos ! heureux terme, qui finit l'exil dans le séjour des morts pour donner entrée dans la région des vivants !

Ainsi en est-il de nous à la mort: ainsi en sera-t-il encore, si Ja mort nous enlève quelque personne qui nous élait chère. Animé par les vues de la foi, éclairé du céleste flambeau de l'espérance, j'entre dansunemaison de deuil, je trouve l’ami, l'épouse, le père, le fils, tous noyés dans les larmes ; la mort leur a enlevé une personne chérie. Et pourquoi vous affliger ainsi à l’excès de sa perte? pourquoi regarder cette mort dans le temps, au lieu de la considérer en vue de l’éternité que l’espérance promet ? Tendre fils, vous avez perdu un père : il n’èst point perdu ; il a terminé son voyage, il est arrivé au bout de

sa course, il est auprès du père commun, il intercède pour son enfant : un ami a perdu son ami; il n'est point perdu pour toujours; il en est séparé pour un temps, mais il espère bientôt le rejoindre ; Dieu est le lien qui doi les réunir à jamais : une mère a perdu un fils ; est-il donc perdu sans retour ? non ; elle le voit vivant dans Dieu même ; il était sorti de son sein pour vivre sur Ja terre ; ilest rentré dans le sein de Dieu pour y vivre toujours ; une épouse a perdu son époux ; consolez-vous, épouse éplorée, il n’est rien moins que perdu ; il est allé préparer les voies, il n’a fait que vous précéder, il vous attend dans le sein de l’immortalité, pour s’y réunir à jamais; le voilà qui vous appelle du haut du ciel, il vous tend les bras, empressé de vous recevoir dans le sein du céleste Epoux.

O vous donc, qui que vous soyez, dit l’Apôtre, gardezvous bien de vous affliger comme ceux qui n'ont point d’espérance : Nolite contristari sicut qui spem non habent. Écoutez la voix qu’elle vous fait entendre ; voyez le terme où elle vous appelle ; considérez la place qu’elle vous prépare, la couronne qu’elle vous présente ; et dans cette douce attente, recevez les afflictions comme des grâces, les croix comme des faveurs, les maux passagers comme la source des biens invaribles, la mort même comme le passage à une vie immortelle et durable.

Dieu de bonté, c'est dans vos promesses qu'est fondée celte douce espérance : affermissez-la dans nous par la foi ; animez-la par la charité ; faites que nous la soutenions par nos œuvres, par nos prières, par une confiance en vos bontés, par un abandon total à votre providence. Encore quelques années d'épreuves et de combats sur la terre, et la victoire nous introduira triomphants dans le ciel.

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