SUR LA CHARITÉ CHRÉTIENNE
C'est ici la vertu propre et comme le vrai caractère de la religion ; la charité en est la base, le soutien, l’ornement : elle en renferme l'esprit, elle en inspire les sentiments.
Vertu aimäble : elle fait le lien des cœurs, les charmes de la société, les délices et les douceurs de la vie.
Vertu sublime : elle élève nos cœurs, elle nous donne entrée dans le cœur de Dieu même, elle y puise toutes
ses affections.
Vertu consolante : quels biens, quels avantages ne fait-elle pas goûter par la paix, l’union, la concorde qu’elle produit ?
Vertu féconde : elle devient le germe de toutes les vertus, qui marchent comme sous ses étendards ; elle est même l’accomplissement de toute la loi.
Vertu céleste : elle nous vient du ciel, elle nous y conduit, elle nousen rend comme les citoyens, et nous en assure la possession.
à, em + Gen
L'AME ÉLEVÉE À DIEU, Mais surtout vertu absolument et indispensablement
‘nécessaire, si nous voulons être Chrétiens, prendre l’es-
prit de l'Evangile, être au nombre des enfants de Dieu, Sans la charité, point de salut : le manque de charité est une des plus grandes marques de réprobation.
Aussi que ne nous ont pa#annoncé les apôtres sur celte grande vertu ! quels éloges pour la célébrer? quel soin de la recommander ! quelle fidélité à la pratiquer! Aussi saint Jean, l’apôtre de la charité par excellence, lui consacre-t-il toutes les effusions de son cœur : Ut diligatis invicem (1) : Aimez-vous les uns les autres. Aussi saint Paul montre-t-il toutes les ardeurs de son zèle en faveur de cette vertu. Aller alterius onera portate : Aïidez-vous mutuellement (2). Aussi les premiers Fidèles, étaient-ils regardés comme n'ayantentre eux qu’un cœur et qu'uneâme, Cor unumet anima una (3). |
Aussi Jésus-Christ même nous a-t-il intimé le précepte de la charité, comme son précepte propre, et celui qu'il a toujours eu plus à cœur : Hoc est prœæceptum meum ut diligatis invicem. Je dis plus, aussi nous l’a-t-il annoncé comme un préceple nouveau el propre de’ la nouvelle alliance : Mandatum novum do vobis (4). Mais comment est-ce donc un précepte nouveau ? La charité n'est-elle pas aussi ancienne que le monde même ? Il est vrai que la charité en général et pour le fond est aussi ancienne que le monde ; mais la charité chrétienne, telle que Jésus- Christ l'a ordonnée, est un précepte en effet nouveau, dans l'esprit et la perfection où:il l'a portée.
D'où il s'ensuit que la charité chrétienne est une vertu nouvelle, toute divine, ce terme pris à la lettre, à la rigueur, dans toute sa signification et sa force.
Vertu nouvelle et divine dans son auteur : c’est Jésus- Christ même qui nous l'a enseignée, recommandée, ex-
(1) Joan., xui. —- (2) Galat., vi. — (3) Act, 1v. — (4) Joan., xiu.
sablement
ndre l’es- | de Dieu. À
harité est
Ôtres sur rer ? quel pratiquer!
xcellence, ir : Ut dires. Aussi n zèle en tale: Ais Fidèles, u'un cœur
le précepte celui qu'il meum ut il annoncé puvelle alcomment s n'est-elle t vrai que ancienne que Jésusnouveau,
une vertu e, à la ri-
est Jésusandée, ex-
an., XI.
pressément ordonnée, comme son précepte propre et particulier, Hoc est prœæceptum meum (1).
Vertu nouvelle et divine dans son objet : c’est Jésus- Christ que nous aimons dans le prochain ; et dans la personne du prochain nous considérons la personne de Jésus-Christ même, Quod uni ex minimis meis fecistis, mihi fecistis (2). Ce que vous ferez au moindre des miens, vous l'aurez fait à moi-même,
Vertu nouvelle et divine dans son modèle: nous devons rous aimer, mais nous devons nous aimer comme Jésus-Christ nous a aimés, et du même amour que Jésus-Christ nous a aimés : Diligite invicem, sicut el ego dilexi vos (3).
Vertu nouvelle et divine dans son étendue; on disait aux anciens: Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez vos ennemis: Dictum est antiquis (4). Et moi, dit Jésus-Christ, je vous ordonne d'aimer vos ennemis mêmes: Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros. C'est par là, et ce n’est que par là que vous deviendrez les enfants du Père céleste, qui fait pleuvoir sur le juste et l’injuste, et lever son soleil sur les méchants comme sur les bons: Uf sitis filii patris vestri (5).
Disons donc, charité chrélienne, vertu si sublime qu’elle prend sa source dans le cœur de Dieu même; qu’elle consacre tous les sentiments du cœur de l’homme; que son observation accomplit la loi; que celui en qui la charité réside, réside lui-même dans le sein de Dieu: Qui manet in charilate, in Deo manet (6); et que comme la charité couvre la multitude des péchés, de même renferme-t-elle l'assemblage et l’accomplissement de toutes les vertus : Qui diligit, legem implevit (7).
Mais aussi vertu tellement nécessaire, que sans elle la religion ne couronne aucune vertu; tellement néces-
(1) Joan. — (2) Matth., xv: — (3) Joan., xitt, — (4) Matth., v. — (5) Matth., v. — (6) Joan., 1v. — (7) Rom., x.
saire, qu’elle fait le caractère propre et distinctif du véritable chrétien, du disciple de Jésus-Christ, d'avec celui qui ne l’est pas: Jn hoc cognoscent homines quia discipuli mei estis, si dilexeritis invicem (1) ; tellement nécessaire, que de même que celui qui a la charité demeure dans Dieu et a le principe de vie, ainsi celui qui est hors de la charité est hors de Dieu et dans un état de mort et de damnation : Qui non diligit manet in morte (2); en un mot, vertu tellement nécessaire, que quand on en viendrait à opérer des miracles, à transporter les montagnes, à livrer son corps aux tourments, aûx tyrans, à la mort, si on n’a pas la charité, on n'est rien devant Dieu ou l’on n’est qu’un objet de colère, frappé de tous ses anathèmes, et exposé à toute la rigueur de ses ven: geances : Charitatem autem non habuero, nihil sum (3). Avons-nous jamais bien compris ce que c'est que la charité chrétienne aux yeux de Dieu et dans les vues de : Ja foi? Nous en connaissons à présent l'excellence toute divine ; nous en comprenons la nécessité absolue et indis- pensable. Il est temps de considérer quels en sont et en doivent être les vrais caractères.
Les voici, pris sur le modèle de Jésus-Christ même, tracés de sa main, et comme scellés de son sang: Diligite invicem, sicut ego dilexi vos, Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés moi-même,
MÉDITATION