‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 58 sur 112 · SUR LA TIÉDEUR · texte numérisé non relu

SUR LA TIÉDEUR

La tiédeur, dit saint Thomas, est une langueur habituelle dans le service de Dieu. C’est une pesanteur de âme à se porter aux choses de Dieu ; c’est un relâchement dans les pratiques de piété ; c'est comme l’assoupissement de l’âme qui s'endort dans sa négligence et se ralentit dans ses sentiments.

Cependant, pour ne pas jeter le trouble et l’agitation ! dans les âmes, il faut supposer que, quand on parle de la tiédeur, on n’entend point parler d'un court espace de lemps et d'un état passager, mais d’un état habituel et | d'une disposition ordinaire.

On n'entend point parler d’un intervalle de sécheresse où l’on peut se trouver. La sécheresse peut être un état d'épreuve où Dieu met quelquéfois une âme pour la sanctifier ; et la tiédeur est un ét d’infidélité où elle tombe par sa faute el sa négligence.

Enfin par la tiédeur on n'entend point un état de péché ; la tiédeur peut y conduire, et y conduit souvent en effet; mais par elle-même la tiédeur n’est point un état de péché, du moins de péché grief et mortel.

Rien pour nous de si important que de connaître les l marques auxquelles on peut distinguer si on a le malheur de vivre dans un état de tiedeur. Voici les principales, où les autres sont renfermées.

La première marque d’une vie tiède et languissante,

c'est de n’avoir qu’un désir faible de son avancement spirituel, et une douleur bien légère de ses infidélités et de sa négligence. C’est un signe que les sentiments de ferveur sont bien affaiblis dans une âme ; et il est indubitable que tant qu’elle languira dans cet état, loin de faire jamais de grands progrès devant Dieu, elle paraitra toujours bien imparfaite à ses yeux. Quand on n’a qu’un faible désir pour un bien, on fait de bien faibles efforts pour l’acquérir ; el ne faisant que de faibles efforts, parviendra-t-on jamais à un bien qui ne s’obtient qu’au prix de la force et de la violence ?

Seconde marque : c'est une gräande négligence à se vaincre soi-même, à prendre sur soi, à entreprendre le combat absolument nécessaire contre les sens, les mauväises inclinations et les difficultés que présente la vie intérieure : c’est une marque évidente que le cœur est déjà à déini vaincu avant le combat : et comment pourra vaincre celui qui craint de combattre ? et sans combat peut-on espérer la victoire ? Hélas ! on ne combat souvent alors que contre la grâce, qui rappelle sans cesse, et non contre les vices et les défauts, qui gagnent de jour en jour.

Troisième marque : c’est de ne former pour le bien que des résolutions peu constantes et de peu de durée. Il est naturel de croire qu'une âme qui s’arrête sitôt n’a jamais eu beaucoup de courage pour avancer. Un feu qui s’éteint sitôt était bien peu allumé. L'homme est naturellement inconslant, il est vrai ; mais si tôt, mais si aisément, mais si souvent se démentir, que peut-on penser, sice n’est que la faiblesse intérieure a déjà dégénéré en triste habitude?

Quatrième marque de liédeur : c’est de regarder souvent en arrière, comme déjà fatigué de la course, de jeter sou vent les yeux sur le chemin qu’on a fait, de s’épouvanter de celui qui reste à faire. Le voyageur qui en est là n’est Las fait pour une grande traite; la faiblesse de son courage, bien plus que la difficulté du chemin, arrête ses pas ; si

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course ne sera pas longue ; en prenant si souvent haleine, rarement arrivera-t-il au terme dont il est encore éloigné.

La cinquième marque de la tiédeur, c’est de chercher ladissipation au dehors, lesamusements, les inulilités dans les objets et les occupations extérieures. Cet épanchemnet de l’âme au dehors fait juger qu’elle manque d'entretien au dedans, et par conséquent, que le principe de la vie intérieure est dans elle bien peu animé et bien peu agissant. Après le péché, peut-être n'est-il rien de si dangereux pour une âme que cette dissfpation qui la fait sortir 4° ellemême, qui la répand au dehors, qui divise ses forces. Voilà les indices de la tiédeur et les traits qui la caractérisent.

Chacune de ces marques, priseen particulier, doit faire craindre ; mais si toutessont réunies dans une âme, qu’elle ne se flatte point, elle est évidemment dans un état de tiédeur. Si elle languit, si elle persévère dans cet état, que n’a-t-elle pas à craindre, et que ne donne- t-elle pas à présumer pour les suites ?

S'il est d'une grande importance de connaître les marques de la tiédeur pour se juger soi-même, il est d’une nécessité absolue d’en connaître les causes, pour les corriger et trancher le principe du mal dans sa source.

La première cause dela tiédeur, c’est un grand fonds d’indolence que nous portons dans nous, un amour excessif de nous-mêmes et de nos aises, un éloignement naturel de tout ce qui nous gêne et qui combat nos inclinations et nos goûts. Ce poids d’infirmité, ce fonds de misère qui règne dans nous, penche toujours vers le mal, tend sans cesse au relâchement, et insensiblement y conduit, s’il n’est ranimé et soutenu par les motifs supérieurs qui nous armentcontre nous et nousélèvent au-dessus de nous-mêmes.

La seconde, c’est le manque de résolution et de courage pour se donner, s’abandônner tout à Dieu et à l'attrait de sa grâce. On se ménage, on se réserve, on craint de s'engager et d'aller trop avant. Cet état tient l’äme en ba-

lance entre Dieu et elle-même, de manière qu’elle n’est véritablement ni à Dieu ni au monde ; mais elle va comme chancelant, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre : flottant ainsi dans un indigne partage etuneinstabiiié continuelle de pensées et de sentiments. Ah ! si une fois pour toutes, on s'était généreusement déterminé d'être tout à Dieu, quel courage n’aurait-on pas ! quelle liberté, quelle paix ne goûterait-on pas ! Faute de cette noble détermination, on traîne, on languit, on passe sa vie dans une espèce ‘d’assoupissement léthargiq®e qui rend incapable de tout sentiment généreux.

La troisième cause, c'est la négligence habituelle des petites choses ; c’est un esprit de liberté et d'indépendance qu’on a peine à capliver et à assujettir à mille observances légères que Dieu exige d’une âme qui veut être à lui. Car, comme de son côté Dieu est fidèle à lui ménager les secours abondants pour l'aider, la soutenir, l’attirer à lui, aussi exige-J-il d'elle une grande fidélité à tous les points de sa loi, et aux choses en apparence les moins importantes. Rien de léger devant Dieu, surtout pour une âme qu’il comble de grâces, et sur qui il a des vues spéciales

de providence,

La quatrième cause de la tiédeur, ce sont les fautes réfléchies, et les infidélités volontaires. Rien n’affaiblit et n'arrête tant dans les voies de Dieu que ses résistances délibérées. Qu'il nous échappe des fautes de légèrelé, de faiblesse, d'inadvertance ; nous sommes hommes, c’est un effet denotre mortalité etdenotre misère : mais quesouvent, de propos délibéré, avec connaissance, malgré le lémoignage de la conscience, malgré la lumière présente, on tombe dans des fautes, on se satisfasse, on déplaise à Dieu, voilà ce qui blesse son cœur, ce qui éloigne sa grâce, ce qui affaiblit une âme , et en conséquence ce qui ne peut manquer de là jeter dans un grand fonds de tiédeur envers Dieu, et par là même d'attirer une espèce de refroidisse-

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