‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 65 sur 112 · SUR LA CRAINTE DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LA CRAINTE DE DIEU

L’Apôtre des nations, pénétré de frayeur dans }uimême, nous avertit tous, nous annonce à tous d'opérer notre salut dans la crainte et le tremblement, Cum timore et tremore salutem vestram operamini. Ce:vase d'éleclion, ce prodige de grâces, ce modèle de l'apostolat, cet homme ravi au troisième ciel, étonné, tremblant, alarmé à la vue des grandeurs, de la justice, des jugements de Dieu, laisse comine sortir de son cœur les sentiments de terreur et de crainte dont il est pénétré, pour nous en remplir et nous en pénétrer nous-mêmes, pé-

cheurs et coupables, en nous assurant que, si nous avons

un désir sincère de nous sauver, c’est dans le sein de la crainte et du tremblement que nous devons opérer notre salut,

Nous devons aimer Dieu, maisen même temps nous devons le craindre. Nous devons l'aimer, parce qu'il est infiniment bon et :effible dans ses bontés: mais nous devons le'craindre, parce qu'il est juste et infiniment redoutable dans sa justice.

Dans ses vues primitives, Dieu ne voulait qu'être aimé ; mais si on ne l’aime pas, on sera forcé de le craindre. Si on l'aime, on entre dans l'ordre de la miséricorde, qui ne présente et n'offre que les récompenses ; mais si onen sort, on est forcé de rentrer dans l’ordre de Ja justice, qui imprime la crainte, et annonce les châtiments. C'est dans ce sens que saint Augustin dit que Dieu est bon et aimable de son fonds, et qu’il est juste et redoutable du nôtre, De sun bonus, de nostro justus.

Il y a trois sortes de crainte de Dieu. Il y à une crainte fausse, défectueuse, criminelle, et même coupable, qui

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servile, © cepaires ya ment pa que, qua craindre ment pa C'est. ce digne fi père qu’ Il y a milieu e péché, p

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C'est à la foi craindr faut-il & dérer Le bles, à | tables ?

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| ne regarde que la peine du péché, et qui laisse l'affection | même actuelle au péché; elle arrête la main, et non le | cœur. Gest là ce qu'on appelle une crainte servilement

servile, qui ne convient qu’à de vils esclaves et à des mercepaires indignes.

Il y a une crainte parfaite qui évite le péché, uniquement parce qu’il déplaît à Dieu infiniment bon ; en sorte

0 que, quand même il n’y aurait absolument point de peine à

craindre, on détesterait toute faute et tout péché, uniquement parce qu'il offense Dieu et qu'il blesse ‘on cœur. C'est.ce qu'on appelle une crainte filiale, ! te d’un digne fils qui ne voudrait er rien déplan dre

| père qu’il aime.

Il y a une crainte moins parfaite, qui lient comme le milieu entre les deux autres, c'est celle qui éloigne du péché, parce qu'il mérite et attire une peine ; parce qu'il

! damne, et rend digne de l'enfer et de ses tourments. Cette | crainte est bonne et salutaire, elle détache du péché et

de l'affection actuelle au péché : elle dispose à l'amour de Dieu comme auteur de notre justice; mais celte crainte est moins parfaite, parce que dans son motif elle a en vue là peine qui menace l’homme, bien plus que la bonté de Dieu qui est offensé,

C'est de cette crainte, ou de ces dernières craintes tout à la fois, que l'on entend parler, quand on exhorte à craindre le Seigneur : Deum time (1). Crainte de Dieu ! faut-il autre chose pour nous y engager, que de considérer la grandeur de son être et de ses perfections aimables, à la vérite, maisen même temps adorables et redoutables ?

Craindre la justice inexorable de Dieu, qui, ennemi irréconciliable du péché, exerce contre lui de si rigoureuses vengeances, le frappe de si terribles anathèmes, le condamne à des peines si affreuses et si désespérantes, Un

(1) Eccles., xtr.

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enfer préparé dans les trésors de la colère dé Dieu ; des abimes profonds, ouverts sous les pieds des pécheurs ; des flammes ardentes qui les consumeront à jamais ; des torrents d’amertume et de fiel dont ils seront sans cesse abreuvés : une éternité tout entière de pleurs, de gémissements, de rage, de fureur et de désespoir, qui seront à | jamais leur partage ; quels motifs de terreur, à Dieu juste, Dieu vengeur ! O roi des nations ! s’écrie le Prophète alarmé, qui est-ce d’entre les hommes qui n’appren. dra pas à vous craindre ? Quis te ñon timebit, 6 Rex gentium (1)?

Craindre la sainteté inviolable de Dieu, qui condamne, qui déteste, qui réprouve tout péché, quelque léger qu il soit, toute ombre de péché, quelque part qu'elle puisse être et paraître à ses yeux. Saintelé de Dieu, si pure, si inviplable, qu’elletrouve des taches dans les astres, c’est-à-dire, dans les âmes les plus pures : les anges mêmes, ces intelligences célestes, ne sont pas purs à ses yeux. Sainteté souverainement éclairée, qui sonde les cœurs, qui dévoile les plus secrètes pensées, qui pèse toutes nos actions dans la balance du sanctuaire, qui dans nos vertus mêmes trouve mille imperfections et mille défauts, qu’elle cite à son jugement. Sainteté de Dieu, qui est toujours essenliellement opposée au péché, toujours armée contre le péché ; qui a une haine implacable, éternelle, non-seulement contre tout ce qui est péché, mais encore contre tout ce qui peut avoir l'ombre et la moindre apparence du péché. Quel sujet de crainte pour l'homme pécheur !

Craindre la puissance redoutable de Dieu qui peut nous perdre et nous anéantir à tous les instants, qui nous tient à chaque moment comme suspendus entre deux éternités différentes ; qui, au moment même où nous viendrons à pécher, peut nous frapper de la foudre, ou-

(1) Jérem., var

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qui seront à

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jeu qui peut ts, qui nous entre deux e où nous oudre, ou-

vrir les abîmes de la terre sous nos pieds, nous précipiter à jamais dans les gouffres des énfers, nous condamner à une éternité malheureuse ; qui peut nous susciter, armer contre nous toutes ses créatures, ordonner à ‘la mort de nous frapper, à l’air de nous étouffer, à la terre de nous engloulir, à éternité de nous absorber dans son sein et dans ses horreurs.

Que dirons-nous encore ? Craindre un Dieu, qui dans tous les temps a fait éclater de si terribles effets de ses redoutables vengeances; qui a ouvert les cataractes du ciel pour submerger le genre humain presque entier ; qui fit descendre le feu du ciel sur Sodome : qui a ouvert le sein de la terre pour engloutir Dathan et Abiron ; qui a couvert de plaies l'Egypte alarmée ; qui a mis le glaive en main à l'ange exterminateur, pour frapper de mort les premiers-nés de chaque famille ; qui a appelé à l'exécution de ses vengeances les fléaux de sa colère, la guerre, la peste, la famine, toutes les calamités et tous les malheurs ; en un mot, qui tient en main les clefs de la mort et de l'enfer. Dieu puissant ! Dieu saint ! Dieu vengeur ! qui pourrait ne pas craindre, étant à chaque moment sous Ja lumière de vos yeux, et sous la puissance de votre bras, Quis te non timebit, d Rex gentium ?

Sentiment d’une crainte salutaire : c’est lui qui a pénétré tous les Saints durantleur course mortelle; c’est lui qui a conduit les solitaires dans les déserts, qui a armé ies pénitents des instruments sanglants de la pénitence: c’est lui qui a soutenu, animé les martyrs sur les échafauds : c’est lui qui a fait gémir et trembler tousles justes : c’est lui que Jésus-Christ même recommandhait à ses apôtres. Mes disciples, leur disait-il, vous craignez les hommes qui sont sur la terre, vous craignez ceux qui vous.persécutent, qui vous haïssent, qui peuvent vous tourmenlter, vous mettre à mort. Hommes mortels comme vous, que peuvent-ils contre vous ? Je vous montrerai quel est celui que vous

devez craindre, Ostendam vobis quem timeatis (1). Craignez, ah! craignez celui qui, après avoir plongé votre corps dans le tombeau, peut.encore précipiter votre âme dans le sein des enfers, T'imete eum qui, posiquam oeciderit corpus, potest et animam perdere in gehennam.' Je vous le dis en vérité, voilà le seul que vous devez craindre en ce monde et pour l'autre. Tout le reste ne peut vous nuire que pour un temps ; celui-là seul peut porter ses vengeances dans l'éternité même, Amen dico vobis, hunc timete. Leçon salutaire ! puisse-t-ellé être à jamais gravée dans nos cœurs !

MÉDITATION

SUR LE MÊME SUJET

Venez, mes chers enfants, disait la Sagesse, écoutez-' moi, jc ‘ous apprendrai la crainte du Seigneur, votre Dieu, Venite, filit, audite me ; timorem Domini docebo v08 (2). Le monde vous apprendra à vous livrer à la dissipation, aux plaisirs, aux amusements, aux folles joies de la vie. Je vous apprendrai la véritable science des Saints, la crainte de Dieu, timorem Domini.

Imprimez bien avant dans mon âme cette crainte salutaire , Ô mon Dieu ! Que de sujets n’ai-je pat ‘rsonnellement, et èn mon particulier, de vous cri .Jre, et de trembler devant vous ! Couvert de tant de péchés, comment oserai-je paraîtreen votre présence, et soulenir vos regards, Ante faciem frigoris ejus quis sustinebit (1)? .

PREMIER PGINT.

Je dois craindre la rigueur de vos jugements. Qu'ils seront justes! qu’ils seront terribles! Les Saints mêmes les ont redoutés, en ont été alarmés. Tous les hommes sécheront de frayeur à la seule approche de ce jour re-

(1) Luc, x11. — (2) Psalm. xxxim. — (3) Psalm. CXXXX VII.

vérita cœur ou de remis bs p pecca rais à suré core expos:

Je blable pour de tai perdr bords sur u neste ger {c Je

(4). Craiigé votre votre âme uam OCC1mnam. Je z craindre peut vous porter ses obis, hunc amais gra-

e, écoutez-' eur, voire nini docebo r à la disfolles joies science des

ainte salursonnel- .ure, et de chés, comoulenir vos bit (1)? -

s. Qu'ils seints mêmes es hommes ce jour re-

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