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doutàble. Quels doivent être mes sentiments, de moi coupable et criminel à vos yeux!
Je dois craindre le fonds de misère, de faiblesse, de dépravation qui règne dans moi, et dont j'éprouve tous les jours de si tristes et si cruelles atteintes ; ce penchant si naturel au mal; ce funeste levain de péché; tant de passions malheureuses, dont le feu, qui n'est jamais entièrement éleint, peut se rallumer à tous les instants.
Je dois craindre surtout mes péchés : c'est là le grand sujet de mes craintes et de mes larmes. J'ai eu le malheur de pécher et de vous offenser. Mes péchés me sontils remis ? quelle assurance ai-je qu’ils m'ont été pardonnés ? les ai-je accusés dans toute leur étendue? les ai-je déplorés avec une sincère douleur? les ai-je expiés par une véritable pénitence? ne vivent-ils pas encore dans mon cœur et à vos yeux ? qui peut savoir s’il est digne d’amour ou de haine? et quand même mes péchés m'’auraient été remis, le Sage ne me dit-il pas qu'il faut craindre pour ls péchés mêmes qui ont été pardonnés, De propitiato peccato noli esse sine metu (1). Et quand même je serais assuré d'être à présent en état de grâce, suis-je assuré de la conserver? Combien de péchés où je puis encore tomber! Combien d'occasions où mon salut est exposé à de nouveaux dangers!
Je dois craindre les tentations du démon, qui, semblable à un lion rugissant, cherche sans cesse une proie pour la dévorer. Je dois craindre la séduction du monde, de tant d'objets qu’il présente pour pervertir et pour perdre les âmes. Hélas! nous marchons sans cesse sur les bords des précipices ; nous vivons en ce monde comme sur une mer orageusc, toujours exposés à quelque funeste naufrage. Chaque moment du temps met en danger toute l’éternité. | Je dois craindre pour mes bonnes œuvres, pour mes (1) Eccles., v
vertus mêmes, si j'en pratique quelqu’une. L’Esprit-Saint m'avertit qu’il y a une voie qui paraît droite et assurée, dont la fin conduit néanmoins à la mort. Pensée effra- Yante pour les justes mêmes! ‘car les justes craignent non-seulement pour leurs péchés, mais encore pour leurs bonnes œuvres, Verebar omnia opera mea (1), disait Job, et dois-je dire avec lui: Je tremblais à chaque action de ma vie. Que sais-je si l'amour-propre, si la vanité, si la complaisance, si les motifs humains n’influent pas dans mes œuvres, et ne les infectent pas de leur funeste poison ?
Je dois craindre au sujet de vos grâces mêmes ; oui, de vos grâces mêmes, Ô mon Dieu! craindre pour le peu d'usage que j’en ai fait; craindre pour l'abus que j'en ai peut-être fait; craindre le compte terrible que j'auraià en rendre; craindre les châtiments redoutables qu'i m'en faudrait subir; craindre les remords éternels dont je serais un jour déchiré : craindre même dès à présent la soustraction de vos grâces, en punition du mauvais usage que j'en aurais fait.
Que de motifs, à mon âme! de craindre continuellement, souverainement le Seigneur! Deum time, et mandata ejus observa (2): c'est le conseil du Sage. 0 mon âme! craignez le Seigneur, et observez ses commandements: c'est là tout l’homme: Hoc est omnis homo. Conjurez-e de graver dans vous les sentiments de
cette crainte. Hélas! on craint le monde: on craint les discours du monde; on craint les tristes événements, les accidents, les malheurs de la vie. Craignons le Seigneur, et ne craignons que lui; tout le reste doit peu loucher une âme chrétienne, surtout si elle a eu le malheur d’offenser son Dieu et son juge, Deum time.
&, (1) I Job, 1x. — (2) Eccles., x
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SECOND POINT
Cette crainte est terrible d'une part, il est vrai; mais de l’autre elle me sera salutaire et avantageuse. Ah! si les impressions de cette crainte sont bien gravées dans moi, quel fruit de salut ne produiront-elles pas dans mon cœur ! Combien de péchés qu'elle me fera éviter, et avec quelle perfection ! combien d'occasions, combien de dangers dont elle me fera éloigner! quelle vigilance salutaire ne m'inspirera-t-elle pas sur moi, sur mes sens, sur les sentiments de mon cœur, sur les motifs de toutes mes actions! quelle circonspection dans mes discours ! quelle attention sur toutes mes démarches et toute ma conduite! avec quelle ardeur ne me fera-t-elle pas recourir à la prière!
Combien de fois cette crainte n’arrètera-t-elle en mes pas, quand ils pourraient m’égarer !
Combien de fois mettra-t-elle un frein de circonspection à ma langue! combien de fois me mettra-t-elle en garde contre les surprises de l'amour-propre, contre la séduction du monde, contre les tentations du démon!
A tous ces biens ineffables que peut-on ajouter ? J’entends un grand saint, un saint pénitent, un saint solitaire, c'est saint Bernard. Je vous le dis en vérité, s’écriait-il à ses chers disciples, le plus grand bien que nous puissions désirer et posséder en ce monde, c'est la grâce de Dieu. Or je vous le dis en vérité, je l’ai éprouvé par moimême ; soit pour obtenir la grâce de Dieu, soit pour la conserver, soit pour l’augmenter, il n’est point de moyen si efficace et si assuré que la crainte de Dieu, In veritate didici ad gratiam, lüm promerendam, tm retinendam, tüm augendam, nihil æqué efficax, quäm non alium viperes sed timere. |
Enfin le prophète Isaïe met la crainte de Dieu au nombre des dons ineffables de l’Esprit-Saint, Spiritus timoris
Domini (1); c’est dans elle que se trouve le commencement de la vraie sagesse, Inilium sapientiæ, timor Domini, Comment tant de voix touchantes qui se font entendre à moi, Ô mon Dieu ! n’exciteront-elles pas, ne graveront-. elles pas à jamais dans mon cœur les sentiments de cette crainte salutaire, qui d’abord est le commencement de la sagesse, et qui, perfectionnée par votre amour, en devient la consommation ? Corona sapientiæ timor Domini.