SUR LA MORT DU PÉCHEUR
à Une mor. funeste, c’est là le terme où cout 'or- M, dinaire une vie criminelle. S'il n’y avait qu'a mourir, el | que la mo’t dût conduire à un heureux lerme, loin de la craindre, on nourrait la désirer et soupirer après elle ; mais quan i: mort ne doit être suivie que du plus grand des malheurs, e° que la fa du temps ne doit être que le | commenceines! d'une Ciernité malheureuse, de quels
(1) Matih., xxv.
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sentiments doit être pénétrée à ses approches une âme coupable, ‘ont la vie n'a été qu'une suite de erimes et un (issu de désordres? Telle est la mort du pécheur : durant
g :2 vie il avail été dans le sein de Ja joie, de la prospérité
et de l'abondance : quel changement funeste ! à la mort, il ne lui reste que des regrets et des alarmes : des regrels à la vue de ce qu’il perd, des alarmes à la vue de ce qu'il attend. Quelle mort! fallait-il naître pour mourir ainsi? 1° Le péchenr mourant se trouve dans un état de privatiou ct de désolation. Quelles pertes ne fait-il pas en perdunt ia vie! Perte des biens qu'il avait possédés ; perte les amis avec lesquels il vivait ; perte des objets auxquels il s’élait attaché; perte des grâces dont il à abusé ; que lui reste-t-il donc, que ses péchés avec ses remords ? Plus malheureux encore par l'état de désolation où il se trouve, au milieu des douleurs de la maladie qui doit le conduire au tombeau : douleurs vives, douleurs aiguës, douleurs violentes. Quel élal pour une âme à qui la religion ne vient point en adoucir les rigueurs! Le juste souffrira à la mort, ilest vrai; on ne meurt pas sans douleur. Mais le juste s'était accoutumé à souffrir; il avait morlifié son corps et ses sens ; il s’y était préparé par les rigueurs et les austérités de la pénitence. Le juste souffre, mais il est résigné; il offre ses douleurs en esprit de salisfaction et d’expiation : il les unit aux souflrances de son Dieu souffrant et mourant : son Dieu même les lui adoucit par sa grâce et l'espérance de la récompense. Le À ccheur, au contraire, peu accoutumé à souffrir, à se mortifier, à recourir à Dieu, attaché à son corps, à ses commodités, à ses aises, à ses plaisirs, sentira toute la pointe et toute la violence des derniers accèsde douleurs, et il souffrira sans adoucissement ei sans fruit. De là ces impaliences, ces imquicludes, ces agilations ; de là cet état ide violence, de transport où on le voit quelquelois, jusqu'à aflliger, à désoler ceux qui, l’assistent, et qui, malgré tous
leurs soins, ne peuvent calmer les violences où il se porte.
Dieu juste! vous l’aviez annoncé à ce pécheur, vous l'en aviez menucé ; et tous les jours encore vous accomplissez ce terrible oracle sur les pécheurs mourants, Vous m'avez abandonné, leur dites-vous, pendant votre vie; vous m'avez oulragé, vous avez méprisé mes menaces, vous avez insulté à ma loi et à.mes préceptes; et moi, je me vengerai en vous délaissant, en vous livrant à toutes les rigueurs et à toutes les amertumes de votre mort : Ego quoque in interitu vestro y ridebo vos (1). Terrible punition ! redoutable vengeance !
Ab! qu’il est triste, qu’il est amer d’avoir abandonné son Dieu durant la vie, et de s’en voir comme délaissé à la mort ! si on l'avait servi comme on a servi le monde; si on s’y étaitattaché comme on s’est altaché au monde, aurait-on, à la mort, les regrets dont le pécheur es dévoré et accablé? \
2° La pensée de l'avenir est encore bien plus accablante pour lui. Le pécheur mourant voit un avenir devant lui; et quelles funestes images cet avenir vient-il offrir à ses yeux alarmés! il craint tout à la fois un avenir certain, un avenir prochain, un avenir terrible, un avenir inévitable, un avenir élernel ; et de quels sentiments cet avenir, ainsi présenté, doit-il agiter, accabler son cœur!
Îl craint un avenir certain. Durant la vie, le monde, le péché, les passions avaient tellement affaibli, altéré sa foi, qu'à peine lui en reslait-il quelques traces ; ce n’était qu’une foi faible, languissante, et comme morte ; il avait éloigné ses lumières, il avait révoqué en doute ses vérités, peut-être l’avait-il combattue dans ses dogmes. Faible étincelle, couverte sous les cendres de tant de par sions, qu’elle paraissait presque éteinte ; à la mort elle se réveillera, et rentrera dans ses droits ; ses lumières se-
(1) Prov., 1. |
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abandonné délaissé à le monde; au monde, écheur est accablante devant lui:
offrir à ses certain, un inévitable, cet avenir, r!
le monde, li, altéré sa : ce n'élait e; il avait doute ses es dogmes.
ant de pas ort elle se mières se-
ront plus vives, plus éclatantes, n'étant plus obscurcies par les nuages des passions. Les doutes s’évanouiront, les
nuages se dissiperont, les grandes vérités se présenteront
dans toute leur force. Le pécheur croira ; mais hélas! comme les démons, il ne croira que pour trembler, pour frémir et pour s ’alarmer.
Il craint un avenir prochain. Durant sa vie il avait tâché d’en éloigner le souvenir et l’idée : il se flattait d’une longue course, il ne voyait cet avenir que comme dans une longue perspective, qui portait bien loin ses regards etses espérances ; mais enfin, cel avenir avance, il est à la porte, il arrive, ilest venu. Le pécheur sent que le Dieu vengeur va couper la trame de ses tristes jours; qu'il l'appelle, qu’il va le citer à son tribunal, et le transporter dans le vaste sein de cet immense avenir. Ah! quand on voit les choses de près, qu’elles font des impressions bien différentes de celles qu'on voit encore éloignées! Mane adstabo tibi, se dit-il : dans peu, demain peut-être, je paraîtrai devant Dieu, etvidebo, je verrai. Et que verra-t-il, que des péchés accumulés, des grâces violées, un juge inexérable ct vengeur ?
Il craint un avenir terrible, qui va décider de tout. Durant sa vie il avait comme fermé les yeux, craignant de trop voir, et, de peur de troubler ses plaisirs, il s’était élourdi sur ces grands objets : à présent il en voit toutes les suiles, toutes les conséquences, toutes les horreurs. Terrible vue que celle d'un avenir où l’on va entrer sans autre préparation qu'une vie coupable, et n'ayant à présenter que des péchés qu’on a commis, et des grâces dont on a abusé! Qu'il est affreux de tomber entre les mains d'un Dieu vivant, c’est-à-dire, d’un Dieu irrité et vengeur ! Horrendum est incidere in manus Dei viventis.
Il craint un avenir inévitable ; la main de Dieu est levée sur lui: et qui pourra le soustraire à cette main vengeresse? Nemo est qui de manu lud possit eruere.
Non, mon Dieu, le pécheur mourant ne saurait se mettre à couvert de vos traits; l’avenir va l'envelopper de ses tristes ombres ; votre vengeance l’investit de toutes parts, et nul asile ne se présente à son âme alarmée; c'élait à vous qu’il devait recourir, et ses péchés lui ‘semblent avoir fermé l'entrée de votre cœur. Vous l'avez poursuivi toute sa vie pour le toucher et le ramener ; comme un Jonas rebelle, il s'est enfui devant votre face : vous l'atteignez en ce moment, le trait vengeur à la main, pour le frapper ; il tremble sous cette main qui le menace, et qui va porter sur lui le dernier coup pour l'immoler et le ‘perdre. |
Il craint un avenir éternel ; c’est le point de vue le plus redoutable. S'il n’y avait qu'un nombre d’années ou de siècles à gémir, à souffrir, il verrait enfin un terme à ses tourments et à son malheur ; mais une élernilé qui commencera toujours et ue finira jamais ! non, une fois entré dans le sein de cette éternité redoutable, il n’y aura plus de retour, plus de miséricorde: elle a eu son temps: le règne de la justice commence, pour durer à jaruais: In infernonulla est redemptio.
Quels frémissements, quelles agitalions, quelles alarmes ces lerribles objets doivent-ils porter dans le cœur de cet homme mourant, s’il est en élat de penser el de réfléchir!
Il pourrait revenir à Dieu, et profiter des moments,
que Dieu lui laisse : il le devrait sans doute ; et ses regrets seraient encore reçus, s'ils étaient sincères ; mais, hélas! dans l'état de trouble et d’alarmes où il se trouve, de quoi peut-il être capable? Le chaos de sa conscience est si grand, l'horreur de sa vie si affreuse, la grièveté de ses crimes si énorme, qu'il ne sait comment s y prendre el par où commencer. D'ailleurs c'est souvent une punition terrible et une vengeance redoutable de Dieu qui livre le pécheur à lui-même et à son sens réprouvé. Accablé de
Ÿ déi:
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e, de quoi nce est si eté de ses rendre et punition i livre le ccablé de
douleurs, épuisé de forces, peut-être même désespérant de son salut, il se précipite en aveugle dans le sein de celte éternité, sur laquelle son irréligion et son impiété jettent peut-être encore les doules de l’endurcissement et de ses horreurs: mais ces doutes mêmes, de quoi sont-ils capables, que de l'alarmer? Aussi le voit-on quelquefois dans des troubles, des agitations, des convulsions, des frémissements, des transports, jusqu'à effraver ceux qui l'environnent: on s’imagine que c’est l’elfet de la maladie et de ses dou'eurs ; on se trompe: c’est souvent l’état et le frémissement de son âme alarmée aux approches de sa fin dernière et du jugement redoutable qu’elle va subir: ce sont comme les prélndes et les annonces des tourments des damnés. Il expire, il meurt, iln'est plus; son sort est déjà décidé, et son âme précipitée dans l'enfer. |
O mon Dieu! quelle mort! qu’elle est triste! qu’elle est déplorable ! Préservez-moi d’une fin si funeste ; punissez-moi en celle vie, et n’attendez pas à la mort à me faire éprouver la rigueur de votre justice. Je vais travailler toute ma vie à mériter un sort plus heureux.
MÉDITATION