‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 78 sur 112 · SUR L'AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR L'AMOUR DE DIEU

O hommes! sortis de la main de Dieu et créés à l'image de Dieu, voici le grand et inviolable précepte que vous impose l’auteur de votre être pour vous conduire au terme de votre bonheur : Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur, de tout votre esprit, de toute votre âme et de toutes vos forces: Diliges Dominum ex toto corde tuo (1). Un père veut être aimé en père ; un ami veul être aimé en ami; un roi veut être aimé en roi; et Dieu veut être aimé en Dieu, c’est-à-dire que nous devons l'aimer dans tout, avant tout, par-dessus {out, préférable ment àtout. L'amour que l'on porte doit être proportionné

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au bien que l’on aime ; si le bien est léger, l'amour sera faible ; si le bien est plus précieux, l’an.rur sera plus ardent ; si le bien était infini ct immense, l’amour, s’il était possible, devrait être immense el infini comme lui. Or Dieu est infiniment au-dessus de tout autre bien : l'amour que nous lui portons doit être au-dessus de tout autre amour. Nous devons donc l'aimer par-dessus toutes choses : plus que nos biens, parce qu'ils sont terrestres ; plus que nos amis, parce qu'ils sont mortels ; plus que notre vie, parce qu'elle est périssable ; plus que nousmêmes, parce que nous sommes à lui; diliges; voilà quel est cet amour de préférence si souvent cité, si souvent célébré, jamais assez médité, jamais assez pratiqué.

Mais cet amour si parfait, en quoi consiste-t-il et à quoi nous engage-t-il? C’est une estime souveraine, qui donne à Dieu la première place dans notre cœur ; c’est un attachement inviolable à la loi, qui nous fait préférer l'amitié de Dieu à tout autre bien quise trouverait en concurrence avec lui; c’est une disposition intérieure de cœur, telle que si, dans une balance on voyait, d’un côté, l'amour de son Dieu, et de l’autre les trônes, les couronnes, les sceptres, tous les biens créés et possibles, on n’hésiterait pas un instant à renoncer, s’il le fallait, à tout autre bien pour conserver celui de la grâce ; on aimerait mieux renoncer à la possession éternelle de mille mondes, que de renoncer un seul instant à l’amilié de son Dieu. C’est une résolution généreuse de l’âme disposée à tout entreprendre, à tout sacrifier, à tout souffrir plutôt que de blesser, d’intéresser en rien l’amour de son Dieu : les alflictions, les tourments, les fvrans, la mort, mille morts présentées à ses yeux, ne seraient pas capables de l'ébranler. |

Tel est l'amour de préférence qu'exige la loi; à cet amour souverain se rapportent tous les autres amours de Dieu. Amour de complaisance, qui se réjouit des biens

essentiels el inefables que Dieu possède en lui-même, de sa gloire, de ses grandeurs, de ses perfections, de son bonheur.

Amour de bienveillance, qui souhaite à Dieu l rer qu’ on peut lui procurer, qui voudrait le voir adoré, aimé, servi, glorifié dans tout l'univers, honoré du cœur et de l’hommage de tous les hommes.

Amour de reconnaissance, qui bénit Dieu des grâces dont il le comble, et dont il reconnaît sa bonté pour principe.

Amour de pénitence, qui gémit amèrement, ou de ne l'avoir pas aimé, ou de l'avoir offensé ; tout cela, autant de rejetons sortis de la même tige, autant de ruisseaux émanés de la même source ; c’est-à-dire, autant de ma: nières d'aimer Dieu , renfermées éminemment dans l’amour de préférence qui fait l’objet du précepte, et qui rend le plus digne hommage : diliges.

Mais cet amour souverain si relevé, si parfait, est-il possible en ce monde? nous sommes si faibles, si imparfaits.

On compreud que, dans le ciel, où nous verrons Dieu face à face, où rien ne partagera notre cœur, nous l’aimerons en effet sans partage ; mais en ce lieu d'exil, exposés que noussommes à tant d'objets qui nous dissipent, à tant de tentations qui nous attaquent, à tant de passions qui nous tyrannisent, comment aimer Dieu dans cette élendue ? |

L'amour de Dieu peut être considéré ou dans sa per. fection, ou dans son essence : dans sa perfection, il consisterait dans le sentiment d’une ferveur continuelle, actuelle, toujours ardente, toujours permanente, à ne perdre jamais Dieu de vue, à se tenir sans cesse dans sa divine présence. En ce sens et sous ce point de vue la

Charité ne peut être parfaite en ce munde ; elle ne le sera pleinement que dans le ciel. Partagés entre tant d’occu-

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palions et tant de devoirs sur la lerre, notre esprit ne saurail être toujours uni à Dieu dans cette ferveur actuelle ; mais le précepte, dans son essence’ consistant à donner à Dieu la préférence sur tout, et à être prêt à renoncer à tout plutôt qu'à sa grâce, non-seulement en ce sens le préceple est possible, mais tous les jours il est par les justes réduit en pratique ; des millions de martyrs l'ont signé de leur sang.

Mon Dieu, je voudrais bien vous aimer; ii me semble que je le désire, que ce serait mon bonheur, ma consolation de vous aimer; mais je ne sens point cet amour; mon cœur est souvent dans une sécheresse, une espèce d’indiflérence, qui m'alflige, qui m’alarme. Quand je suis devant vous, mon cœur ne sent rien, ne dit rien : je suis pour vous comme sans sentiment el sans âme ; je crains de ne pas vous aimer.

Pour calmer nos alarmes, distinguons l'amour sensible et de goût d'avec l’amour solide et de pure foi. L’amour sensible, on l’éprouve quelquefois dans certains moments de ferveur, de douceur, de consolation; le cœur se porte à Dieu avec une sainte ardeur et un doux transport ; mais cet amour ne dépend point de nous ; aussi n'est-il point commandé. On peut aimer Dieu sans goûter cet amour sensible ; bien des saints ne l'ont jamais éprouvé. Contentons-nous de l'amour solide : soyons prêls à tout sacrifier, à tout souffrir, à mille fois mourir plutôt que d’offenser Dieu et de perdre son saint amour. Du reste, abandonnons-nous à sa divine bonté.

Mais, en aimant Dieu, nous est-il défendu d'aimer autre chose que lui ? Non, Dieu n’a point prétendu étouffer dans nos cœurs tout sentiment, et nous réduire à une indifférence qu’il condamne lui-même par la voix de la nature et de la raison. 11 nous défend d’aimer autre chose que lui, d'un amour indépendant qui se borne là, sans s'élever jusqu’à lui: mais il nous permet d’aimer autre

chose d’un amour dépendant et subordonné, qui se rapporte à lui comme à sa fin. Ainsi, pères et mères, aimez vos enfants ; épouses, aimez vos époux ; amis, aimez vos amis, maisaimez-les en Dieu, pour Dieu, ettoujours moins que Dieu, ou plutôt aimez Dieu en eux. L'amour de Dieu, dit saint Augustin, est comme un grand fleuve qui coule’ dans une vaste plaine ; tousles ruisseaux viennent s'y jeter et s’y rendre commetributaires; ce grand fleuve, c’est l’amour de Dieu qui coule dans notre cœur ; tous i2s autres amours bien réglés sont comme autant de ruisseaux différents qui viennent s’y rendre comme tributaires, et offrir leur hommage à l'amour divin, qui les réunit tous dans l’immense océan des perfections adorables. Ainsi on aime Dieu en tout, et tout en Dieu. | A quelles marques peut-on connaître que l’on aime Dieu ? Je voudrais vous aimer, à mon Dieu! et pouvoir me rendre quelque témoignage que je vous aime. Arrêlons-nous, et gardons-nous de sonder la profondeur des abimes. De marque assurée et infaillible, il n’en est point en ce monde. Personne ne sait s’il est digne d'amour ou de haine ? c'est un secret que Dieu s’est réservé. Cependant, âme fidèle, pour donner quelque chose à votre faiblesse ou à votre empressement, voici quelques marques, sinon assurées, du moins consolantes. 4° Désirez-vous sincèrement, ardemment, d'aimer Dieu? Si cela cest, rassurez-vous ; le désir ardent d’une chose n’est pas éloigné de sa possession, quand, pour la posséder, il suffit de la désirer. 2° Pensez-vous à Dieu avec plaisir ? Etes-vous bien aise d’en entendre parler, d’en rappeler le souvenir ? Si cela est, consolez-vous. Si vous pensiez souvent au monde avec complaisance, vous auriez tout à craindre. 3° Avez-vous une grande horreur du péché? le regardez-vous comme le plus grand des malheurs ? ayez confiance : point de marque plus sensible qu'on aime que la crainte de ne pas aimer. 4° Observez-

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vous les commandements du Seigneur ? tâchez-vous de remplir sa loi sainte ? calmez vos agitations ; c’est Jésus- Christ même qui nous le dit : Celui qui observe ma loi, c'est celui qui m'aime. Après tout, ce qui vous importe, c'est d'aimer Dieu, et non de connaître si vous l’aimez : quand vous le connaîtriez, que feriez-vous? faites-le, et vous aimerez. La pratique du bien vaut mieux que sa connaissance qui pourrait flatter Famour-propre, et vous enlever des mains le trésor, si vous vous croyiez assuré de le posséder.

Que nous serionsheureux, si, réunissant tous ces grands objets sous un seul point de vue, nous pouvions bien comprendre ce que c'est qu’un acte d'amour de Dieu parfait, pour le former à présent dans nos cœurs ; si nous pouvions connaître quelle en est la grandeur, la beauté, la dignité, la snblimité, l'excellence et le prix ! Concevons-le devant Lieu.

C'est la plus sainte de toutes les actions de la vie ; c’est la disposition la plus parfaite du cœur; c’est le sentiment le plus héroïque de l'âme ; c’est l'exercice le plus digne de la religion; c’est la pratique la plus sublime du christianisme ; c’est l'œuvre la plus sainte que puisse faire une pure créature; c’est l'hommage le plus glorieux qui puisse être offert à Dieu; c'est ce qui nous approche de plus près des intelligences célestes ; c'est ce qui nous donne entrée dans le cœur de Dieu même, et qui nous élève déjà en quelque manière au ciel, quoique encore habitants de la terre.

L'acte d’un amour parfait envers Dieu est quelque chose de si grand et de si sublime, qu'il renferme dans lui le prix de toutes les grâces, le mérite de toutes les vertus: disons plus, cé seul acte serait capable d’effacer l'horreur de tous les péchés. Oui, si nous formions . un acte d’amour parfait avec le désir du sacrement, eussions-nous commis les plus grands crimes, eussions-nous

été plongés dans tous les désordres, enssions-nous donné dans tous les excès, à l'instant même tous nos péchés seraient effacés ; et si en ce moment on venait à mourir, cet acte d'amour pourrait être si parfait, qu'à l'instant même celte âme irait jouir de la présence du céleste époux. O hommes! qui que vous soyez, aimez donc le Seigneur, et ne vivez sur la terre que pour l'aimer, et pour vous mettre en état de l'aimer à jamais. À qui prodiguezvous vos sentiments et vos cœurs ? que vous restera-t-il un jour de toutes les affections terrestres et périssables ? Elles auront occupé, troublé, agité vos cœurs; les auront-elles jamais satisfaits et remplis ? Aimez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur : aimez-le jusqu’au der- .nier soupirde la vie, et que le dernier soupir même de la vie soit un soupir d'amour envers Dieu.

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