‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 79 sur 112 · SUR L'AMOUR DIVIN · texte numérisé non relu

SUR L'AMOUR DIVIN

Prosterné en votre présence, à mon Dieu ! et en la présence de vos saints anges, à la face du ciel et de la terre, je commence par reconnaître que je ne suis au monde que pour vous aimer, que ce n'est que dans celte vue et à cette fin que vous m'avez donné l'être et la vie.

Je reconnais, dans la douleur de mom âme et le gémissement de mon cœur, que je ne vous ai pas aimé, et dès lors que j'ai perdu, que j'ai profané le temps de ma vie et les sentiments de mon cœur.

Je désire enfim, dès ce moment, de vous aimer de toute l’étendue de mon €œur, et de réparer, par l'ardeur de cet amour, la perte de tant & années passées sans vous aimer.

Voici donc F'amour que je vous demande, et que je désire pou voi. vous offrir : un amour parfait, car je ne veux plus de bornes ni de partage.

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TRENTE-DRUXIÈME LECTURE, 329

1° Amour vif ct ardent: l’amour est un feu, et le feu est prêt à s’éteindre dès qu'il languit. Aimer Dieu dans tout, avant lout, par-dessus tout ; que ce feu sacré allume, embrase, consuime tout dans moi, monesprit, mon cœur, mes affections, mes actions ; que mes paroles soient autant de paroles de feu, mes pensées autant de flammes ardentes, mes désirs autant de soupirs embrasés ; que je ne vive que de ce feu ; que je nerespire que ce feu ; que ce feu soit mon aliment, l’âme de mon âme, la vie de mon cœur. Heureuse vie que celle d’un cœur qui ne vitque d'amour !

2° Amour généreux, capable, s'il le faut, des plus grands sacrifices, en état de tout entreprendre, de tout sacrifier, de tout perdre, et plus encore de tout souffrir. L'amour divin n'épargne point ses victimes ; c'est sur le Calvaire qu'il conduit les âmes, et là, il leur présente le calice, il les abreuve de son amertume, il les arrose de son sang. Mais ce calice, elles le reçoivent des mains d’un époux: celie amertume, il la change en douceur; ce sang, il en fait un breuvage d’immortalité pour les âmes: illes aime, mais illes puvilie. Ce n’est pas sur le Thabor que se forment les saints, mais au pied de la croix ; c’est à qu'il les place ; il y appeîle les véritables amants ; il n’y

a que les cœurs généreux qui l'y suivent et qui s’y arrè-

tent ; lesautres tremblent et s’enfuient : et là, mon Dieu! Dieu d'amour ! Dieu souffrant et mourant! vous restez presque seul ; j’y serai avec vous, souffrant pour vous, et mourantavec vous. Hélas ! on voudrait aimer, et on ne voudrait rien souffrir. Gémir, souffrir et mourir, voilà le partage de ceux qui aiment; les autres, loin d’avoir les

| sentiments du véritable amour, en connaissent à peine le nom.

3° Amour efficace qui se produit par les œuvres. Aimer Dieu, ce n’est pas dire simplement qu’on l'aime. Aimer Dieu, ce n’est pas seulement désirer de l'aimer: aimer

Dieu, ce n’est pas purement épronver quelque sensibilité

passagère du cœur. Aimer Dieu, c'est mourir à soi-même; c’est se détacher du monde; c’est renoncer à tout, de cœur, d'esprit et d'effet, quand il le demande. Aimer Dieu, c’est observer ses commandements: c’est se résigner à ses volontés ; c’est s’abandonner à sa providence ; c’est soutenir ses épreuves. Aimer Dieu, c’est dominer ses passions, combattre ses goûts, vaincre ses répugnances; c’est mourir à tout. Voilà l'amour efficace. Tout le reste, dire, désirer, projeter, et s'en tenir là, c’est un langage, une illusion, un fantôme d'amour; ce n’est pas l'amour. Si on aime bien, ce n’est pas la bouche qui le dit, c’est le cœur; ce sont les œuvres et les sacrifices : voilà son langage; il parle par les effets.

Ainsi ont aimé les saints, les apôtres transportés aux extrémités de la terre, les confesseurs dans le sein des cachots, les martyrs au milieu des brasiers, les vierges avec leursrobes teintes du sang de l’Agneau, les solitaires au fond des déserts. Ah! que ceux-là disent qu'ils aiment: mais moi, Ô mon Dieu! quand je dis: je vous aime, oséje le dire quand mes aclions ou se taisent ou le démentent? Donnez-moi cet amour, et mon cœur le dira, et vous l’entendrez.

4° Amour pur et désintéressé. Oui, aimer Dieu, mais uniquement pour fui-même, parce qu'il est bon, aimable, parfait ; parce qu'il est Dieu. Aimer Dieu, et dans Dieu, n'aimer, ne goûter que Dieu seul; ne chercher nises dons, ni ses consolalions, ni ses récompenses: mais luimême, sa bonté, sa beauté, ses grandeurs, ses amabilités infinies. Non, dans l’amour point d'autre récompense, que d'aimer toujours davantage. Loin de nous ces cœurs bornés, ces cœurs intéressés, ces cœurs mercenaires! ils sont indignes d'aimer, ils ignorent ce que c’est que l'amour, ils en déshonorent et profanent les sentiments. Montrez-vous à nous, ô mon Dieu ! bonté suprême, beauté souveraine! et faites disparaître tous les vains objets,

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comme la venue du soleil fait disparaître et obscurcit tous les astres. Vous seul, à mon Dieu! vous seul, en tout, partout, pour toujours. Que cherchons-nous, que désirons-nous davantage ? un Dieunesuffit-il pas à nos cœurs? el nos cœurs sont-ils trop grands pour un Dieu?

9° Amour durable et constant: je n’ai qu’une étincelle d'amour, et je voudrais un brasier immense; celte faible étincelle s'allume de temps en temps et s’éleint bientôt, etje voudrais un incendie permanent, Mon Dieu, vous êles toujours aimable: pourquoi ne vous aimé-je pas toujours? pourquoi ces vicissitudes, ces tiédeurs, ces langueurs ? Il y a certains temps où il me paraît queje vous aime: certains moments, où, touché de votre grâce, je vous dis, ce me sernble, de cœur: Mon Dieu, je vous aime! Jours heureux ! moments délicieux ! mais cestemps sont si variés, ces moments sont si courts, cet amour est si peu constant et si peu assuré ! On vous aime un jour, d mon Dieu! et l’autre on ne vous aime pas; on vous cherche un jour, et le suivant on vous perd de vue; on vous aime un temps, et ensuile on semble oublier qu'on vous à aimé; et qu’a-t-on trouvé dans vous pour se dégoùter ? et que trouve-t-on hors de vous pour s’y attacher? Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, perdez-vous quelque chose de vos attraits? vos attraits ne sont-ils pas capables d’exciter sans cesse de nouvelles ardeurs? |

Telle est, ô mon Dieu! l’unique chose que je vous de-mande: cet amour saint, céleste et parfait. Non, je ne vous demande ni la santé, ni la vie, ni aucun bien périssable. Je vous demande votre saint amour : je sais que je ne le mérite pas, que je m'en suis rendu indigne, que j'ai profané mon cœur: je ne mérile pas cet amour; mais vous le demandez, vous le méritez, je le désire : je ne vous ai pas aimé: mais je vis, je respire encore, je suis encore en élat de vous aimer. Je puis encore dire de cœur:

L'AMF ÉLEVÉE A DIEU.

Mon Dieu ! je vous aime; ch bien ! je vous le dis de toute l'étendue de mon cœur et de ses sentiments: peut-être est-ce pour la première fois de ma vie; mais je vous le dirai jusqu’au dernier soupir.

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