‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 81 sur 112 · SUR LE PARADIS · texte numérisé non relu

SUR LE PARADIS

Dieu a créé l'homme pour le rendre heureux, et c'est dans le ciel qu’il lui a préparé son bonheur. IL l’a placé quelque temps sur la terre, pour lui donner le moyen de

mériter cetle félicité, qu’il ne veut lui accorder qu'à titre.

de récompense ; après quoi l’âme, sortie des mains de Dieu, doit rentrer dans son sein pour se réunir à jamais à l’auteur de son être: el voicien quoi consistera son bonbeur :

Nous verrons Dieu, nous l’aimerons, nous le posséderons. Mas 05 le verrons sans nuage, nous l’aimerons sans partage, : : 8 le posséderons sans crainte dele perdre jamais : Videbimus, amabimus, possidebimus: c'est saini Augustin qui nous donne du ciel cette grande idée.

1° Nous verrons Dieu; et cette vue, quels objets ineffables présentera-t-elle à nos yeux ! videbimus.

Nous verrons Dieu: et dans Dieu nous verrons enfin comme à découvert ces grands mystères qui, durant notre vie, avaient tant exercé notre foi, qui étaient pour nous couverts de tant de nuages : ceite Trinité adorable de personues dans l'unité d'essence; un Dieu fait homme et revêtu de notre mortalité; un Dieu caché sous les voiles du sacrement, et tant d'autres mystères jusqu'alors incompréhensibles à notreintelligence créée. Tout sera éclairé; et des obscurités de la foi nous passerons à l'éclat de la Vision intuitive et: béatifique.

Nous verrons Dieu; et dans Dieu nous admirerons les

| effusions de cette bonté divine sur nous durant notre vie et dans le cours de nos tristes égarements. Tant de traits

marqués de cette miséricorde infinie, qui nous a rappelés avec tant d'empressement après notre péché, qui nous a

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recherchés avec tant d’ardeur dans notre fuite, qui nous a attendus avec tant de patience dans nos délais, qui nous a reçus avec tant de tendresse dans notre relour, qui nous a soutenus jusqu’à la fin dans les sentiers de la sainteté et de la justic Nous verrons avec admiration de combien de dangers, de combien de malheurs Dieu ‘ous a si souvent préservés. Nous verrons que mille fois nous avons été sur le bord de l’abîme, qu'il n’y avait plus qu’un pas ‘à faire pour nous y précipiter et nous perdre à jamais, La main de Dieu nous a arrêtés, sans quoi nous étions perdus sans relour. O bonté ! à tendresse ! qu’avions-nous fait pour mériter vos faveurs ?

Nous verrons Dieu; et dans Dieu nous découvrirons les ressorts jusqu'alors impénétrables de cette Providence dans la conduite des hommes et de cet univers; par quelles voies Dieu a conduit ses élus, par quels prodiges de grâce il les a sauvés; pourquoi et comment parmi les honimes, les uns ont été éclairés des lumières de la foi, les autres sont restés plongés dans les ténèbres de l'erreur et les ombres de la mort. Tout cela n’est pour nous que nuages et obscurité : attendons le développement de toutes choses. Le grand jour de l'élernité dissipera tous nos doutes, justifiera la Providence, et lèvera le voile qui la dérobait à nos yeux.

Nous verrons Dieu : et dans Dieu nous adorerons, nous contemplerons à loisir ses attributs aimables, ses pertections adorables, cette beauté ravissante qui attirera sans cesse les yeux etles cœurs des élus, sans que jamais ik viennent à se dégoüter de la voir, à se rassasier de la posséder ; cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, qui leur présentera sans cesse de nouveaux attraits et leur fera toujours goûler de nouvelles délices; celle sagesse souveraine si éclairée dans ses vues, si sûre dans ses projets, si impénétrable dans ses conseils, qui a su si divinement choisir les moyens proportionnés à leur fin,

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et, par la douceur et la force, heureusement tout conduire au terme ; celte puissance souveraine qui a tiré ce monde du néant, qui a balancé l’univers dans les airs, qui a fixé des bornes insurmontables aux flo's de la mer, et qui cependant dans tout cela n’a fait qu’un faible essai de ses forces et de ses merveilles. C'est dans le ciel et en faveur des élus qu’elle s’est réservé de manifester loue l’étendue de son bras, pour leur faire goûter toute l'abondance des plus ineffables délices.

Nous verrons Dieu ; et nous le verrons face à face, sans voile, sans ombrage, tel qu’il est lui-même. Jusqu’alors, et dans ce lieu d’exil, nous ne voyons Dieu que dans ses ouvrages, que dans ses images, à travers les ombres de la foi, d’une manière bien imparfaite, Nous le verrons alors dans lui-même, dans les splendeurs de son essence, dans tout l'éclat de cette lumière de gloire dont nous serons environnés et comme investis. O Dieu ! quelle effusion de lumière se répandra sur notre âme sortie des ténèbres d'une si longue nuit! O moment! à jour de l'éternité! quelle clarté allez-vous faire briller à nos yeux dans les splendeurs de la gloire !

2° Videbimus et amabimus. Nous verrons Dieu et nous l'aimerons. Les yeux peuvent-ils voir le souverain bien, la source de tous les biens, sans que les cœurs en soient transportés ?

Nous aimerons Dieu; et nous l’aimerons de tout notre cœur ; toutes nos inclinationss’y porteront, et avec quelle ardeur ! La pierre qui tend à son centre, le feu qui s’élève vers sa sphère n’est qu'une faible image de l’activité des transporlsavec lesquels notre cœur se portera vers l'objet suprême qui l’attirera à lui pour l'emmbraser de ses divines ardeurs. Nous aimerons Dieu, nous n’aimerons désormais que Dieu, et nous aimerons tout dans Dieu. Notre cœur ne sera plus partagé dans ses sentiments; ni délourné dans ses affections ; Dieu seul en sera l'occupa-

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tion et le centre. Il avait fait l’objet de tous nos vœux ; il sera le terme de tous nos désirs.

Nous aimerons Dieu ; et nous l’aimeronsd’unemanière digne de lui, et de l'amour dont il s’aime lui-même. Nous l’aimons en ce monde; mais, hélas ! que notre amour est faible! qu'il r*" imparfait! nous en gémissons, nous en sommes affli: . Notre âme alors prendra son essor, et se portera vers Dieu, en l'aimant autant qu’elle est capable d'aimer.

Nous aimerons Dieu, et nous serons assurés de l’aimer. Durant cette vie nous désirons aimer Dieu : mais, incertains si nous l’aimons en effet, nous tremblons dans celle incertitude : et cet amour qui doit faire nos délices devient en quelque manière notre tourment. Assurés alors de nos sentiments, nous aimerons Dieu; et tout notre désir sera de l'aimer toujours davantage, de nous embraser toujours plus de ces ineffables ardeurs, de nous plonger toujours plus avant dans cel incendie d'amour souverain.

Nous aimerons Dieu, et nous nous unirons avec les saints pour l'aimer tous de concert, pour nous féliciter

mutuellement du bonheur de l'aimer, pour nous animer

les uns les autres à ce saint amour, comme autant de feux réunis qui par leur union augmentent leurs flammes et leurs ardeurs.

O amour! à brasier ardent! à divin incendie ! embra sez-nous, consumez-nous par avance de ce feu céleste. 3° Videbimus, amabimus et possidebimus. Nous verrons Dieu ; en le voyant nous l’aimerons, en l’aimant nous le posséderons : voilà le terme et le comble de tout bonheur, Nous posséderons Dieu; et dans Dieu tous les biens, les richesses et tous leurs trésors, les honneurs et tout leur éclat, les plaisirs et toutes leurs délices ; nous aurons non-seulement tout ce que nous désirons, mais encore tout ce qu'il faut pour ne rien désirer ; quelque immenses

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que soient nos désirs, nous serons satisfaits au delà de nos désirs mêmes. C'est alors que, dansla plénitude de tous les biens, nous éprouverons ce que dit le Prophète: Sahabor cûm apparuerit (1).

Oui, dans le ciel, tous les biens, tous les plaisirs, tous les trésors à la fois se réuniront dans un mème cœur, pour faire goûter toutes leurs délices dans tous les instants.

Nous posséderons Dieu, et dans Die: tous les biens, sans aucun mélange de maux. Dans ce monde, les plaisirs sont toujours détrempés de quelque amertume; jamais de joie pure, jamais de douceur sans quelque retour. Il n'en sera pas ainsi dans le ciel ; jamais ni trouble, ni dégoût, ni ennui, ni chagrin, ni alarmes, ni aucuns des maux de la vie ne viendront altérer la possession tranquille et immuable de ce bonheur, Neque luctus, neque

dolor erit ultra (2).

Nous posséderons Dieu, et dans Dieu tous ses biens pour toujours, sans crainte de les perdre jamais. Oh! qui pourra comprendre quel poids immense de gloire ajoute au paradis la certitude de ce bonheur immense dans sa plénitude, et interminable dans sa durée? Tant que le ciel subsistera, et il subsistera à jamais; tant que Dieu sera Dieu, et il sera toujours ce qu’il est durant tous les siècles, au delà des siècles et de millicas d'années et de siècles,

D lesélus seront avec Dieu et dans Dieu, toujours grands,

toujours riches, toujours heureux. Leur éternité semblera commencer à tous les instants, et tous les instants leur feront goûter les délices de l'éternité tout entière. Leur bonheur, fondé, établi sur l'éternité et l’immutabilité de Dieu même, qui en est l'auteur, ne connaîtra plus de fin; il er sera d'eux comme de Dieu, Et regni ejus non erit finis (3). O ciel ! à Etre suprême, Ô gloire ineffable! des créatures mortelles ne pourront jamais concevoir ce bon- (1) Psaim. XVIe — (2) Apoc., xx1. — (3) Luc, 1. AME ÉLEV, ‘ 15

heur, et cependant elles sont faites pour le posséder, Nec oculus vidit, nec auris audivit (1).

MÉDITATION

SUR LE MÈME SUJET

1° Que faisons-nous pour mériter le ciel ?

2° Quels seront les sentiments d’une âme en entrant dans le ciel! Vous ne m’avez mis sûr la terre, à mon Dieu! que pour entrer dans le ciel; tous les jours de ma vie doivent être employés à m’y préparer. Elevez mon esprit pour en méditer les délices éternelles; embrasez mon cœur pour en désirer et en mériter la possession im-

muuble. | PREMIER POINT.

1° Il est donc vrai que nous sommes créés pour un bon. |

heur immense, un bouheur ineffable, un bonheur éternel ; mais, appelés à un tel bonheur, comment le desironsnous si peu? Deslinés à une gloire immortelle, à peine y pense-L-on, S'en occupe-t-on. Tout rempli, tout occupé des biens périssabies, on semble perdre de vue les biens élernels. Toutes les pensées de l'esprit, tous les désirs du cœur, se portent vers la terre. On s'attache au monde, aux biens du monde, aux plaisirs du monde; la vie se passe à se repaître d'illusions, à courir après des fantôuies, Une soif ardente, une faim dévorante des choses lerrestres transportent le cœur; et celles du ciel allirent à peine quelques regards. O hommes aveugles! ou désirons

moins, ou désirons davantage. Désirons moins des biens |

faux qui nous séduisent, et désirons davantage les vrais et solides biens, seuls capables de nous rendre heureux. Appelé à un si grand bouheur, au bonheur de Dieu

même, comment ai-je travaillé à m'en rendre digne? À

qu’ai-je fait pour le mériter? quels soins, quels travaux, (1) I Cor. x

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quels efforts lui ai-je consacrés ? Où sont les vertus que j'ai pratiquées, les sacrifices que j'ai faits, les victoires que j’ai remportées en vue de ce bonheur suprême, après lequel je dois uniquement soupirer ?

Que n'a pas fait et souffert un Dieu pour nous mériter le ciel et nous engager nous-mêmes à le mériter? Ses tourments, ses larmes, son sang, sa mort même, que nous disent-ils, et quelle voix nous font-ils entendre? Que n’ont pas fait et souffert les saints pour se rendre dignes de cette couronne de gloire? Les uns vivant dans le sein de la retraite et de la solitude, les autres livrés à toutes les rigueurs de la pénitence ; ceux-ci ensevelis comme tout vivants dans les antres et les cavernes; combien d’autres sur les échafauds et au milieu des brasiers ardents, s’eslimant heureux de souffrir les plus grands tourments en vue des récompenses qui les attendaient! Espéraient-ils un autre ciel que moi? Avaient-ils d’autres espérances? Ne suis-je pas fait pour la même fin et lemême bonheur ? Qu'ai-je fait pour le mériter ?

Les mondains eux-mêmes, que ne font-ils pas tous les jours pour des biens fragiles et périssables ! On les voit s'épuiser, se consumer de travaux, de veilles et de fati- Qoues ; poini de soins qu’ils ne prennent, point d'efforts [qu'ils ne fassent, point de moyens qu'ils ne tentent pour élever l'édifice d’une fortune de quelques j jours, à travers les périls, les écueils, les naufrages ; rien ne les arrête, rien ne les rebute: et après quoi courent-ils, et pourquoi se consument-ils, Et illi quidem utcorruptibilem coronam Boccipiant (1); pour dbtenir une couronne périssable ; et encore sont-ils assurés de l’oblenir? Combien courent et s'efforcent en vain! Et nous, qui pouvons aspirer à une couronne immortelle, que faisons-nous, que souffrons- Doous pour l'obtenir ? Enfants de lumière, jusqu’à quand nous laisserons-nôus condamner par les enfañis de ténè-

(1) IX Cor.

bres? Ils mettent tout en œuvre pour des biens incertains, faux et trompeurs; et nous, destinés à des biens suprêmes, à des biens immortels, nous négligeons de nous en assurer la possession ; nous nous exposons sans cesse au dan: ger d'en être privés à jamais. Où est notre foi?

Appelé à un tel bonheur, que fais-je sur la terre, si je ne pense, si je ne travaille pas à mériter le ciel? Pourquoi suis-je en celte vie, que pour me préparer à une vie immortelle ? Je sais que toutce qu’il ya dans le monde finira un jour ; que Dieu a créé un nouveau ciel et une nouvelle terre pour être à jamais le séjour des élus. Je sais qu'ici bas nous n'avons point de cité permanente, Non habemus hic manentem civitatem (1).

Ne nous considérons donc en ce monde que comme autant d’exilés qui aspirent à leur retour dans la céleste patrie, Sed futuram inquirimus.

SECOND POINT

Quelle sera la joie d’une âme au momentoù elleentreri dans le ciel! Quel moment! quels transports! Me voih enfin assurée de monsort, arrivée auterme de mes désirs, fixée à jamais dans la possession du souverain bien. Je suis avec mon Dieu, je jouis de mon Dieu ; éternellement je vivrai, je régnerai dans son sein avec les élus, Enfin les voilà passés, ces jours de nuages, ces jours de combats. Il a fallu, pendant quelques années, gém, souffrir, se faire violence. O peines! à combats! à soulfrances ! que vous êtes abondamment récompensés ! Dieu des miséricordes! qu'il m'est doux d’être avec vous! }e jouis de votre présence, rien ne sera jamais capable de m'en séparer. Celle seule pensée, ce premier momenl d'assurance et de joie, ne sera-t-il pas capable de dédonr mager une âme des peines, des épreuves de loute sa vi, et-de l’engager à s’écrier avec l'Apôtre : Non sunt cond

(t) Heb,., x.

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ces jours de ées, gém, bats ! Ô soufensés ! Dieu ec vous! ke s capable de ier momerl e de dédonr loute sa vie sunt condi-

gnæ passiones hujus temporis ad futuram gloriam quæ recelabitur in nobis (1)? Non, toutes les peines de la vie ne sont rien en comparaison de la gloire dont elles doivent être suivies et récompensées.

0 sainte Sion ! céleste Jérusalem ! aurai-je moi-même le bonheur d'entrer un jour dans ton sein? mon partage sera-t-il un jour celui des élus ?

Ah ! si jamais je suis introduit dans cette céleste patrie, que penserai-je de toutes les vanités, de toutes les illusions, de tout le 1éant de ce monde? Que je me saurai bon gré d’avoir été fidèle à la loi du Seigneur ! qu'il me sera doux d’avoir souffert quelque chose sur la terre pour mériter une éternité de bonheur ! qu'il me sera consolant de m'être séparé de la foule, d’avoir marché dans la voie étroite qui m'a conduit à cet heureux terme! qu'il sera glorieux pour moi d'être associé à jamais avec les amis de Dieu, de chanter le cantique éternel de louanges, d’entrer dans le concert des esprits bienheureux ! Aspirons, Ô mon âme! à ces biens célestes; élevons-nous vers la région des vivants ; nourrissons-nous de celle pensée du ciel durant celte vie : elle nous préparera les plus doux avantages pour l’autre.

1° Elle sera pour nous un moyen salutaire de nous délacher de tous les biens de ce monde: biens fragiles, biens faux, biens trompeurs, qu’êles-vous en comparaison des biens solides, des biens immenses que le ciel nous présente? Méritez-vous le nom de biens? de quels maux n'êles-vous pas la source funeste! Non, je ne connais, je ne désire de biens que ceux qui sont élernels. Tout ce qui passe n’est rien à mes yeux.

2° Moyen salutaire pour nous consoler dans toutes les peines et les afflictions de la vie. Elles finiront un jour, et leur récompense sera éternelle. Quelques jours de souffrances qui nous procurent un bonheur durable sont

(1) Rom., VIII,

mn

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