‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 88 sur 112 · LES VÉRITÉS ÉTERNELLES · texte numérisé non relu

LES VÉRITÉS ÉTERNELLES

Souvenez-vous de vos fins dernières, et jamais vous ne pécherez, nous dit l’Esprit-Saint : Memorare novissima tua ; et an œternum non peccabis (1).

Il faut que la considération des vérités éternelles soit bien puissante et bien efficace, puisque si nous les méditons sérieusement, elles nous empêcheront de jamais pécher. Mais quelles sont donc ces grandes vérités capables de faire sur nous ces impressions salutaires ? Les voici : méditons-les, gravons-lés à jamais dans nos cœurs.

C'est une vérité que nous ne sommes en ce monde que pour nous sauver, et que, si nous ne sauvons pas notre âme, toul est perdu pour nous sans ressource.

C'est une vérité qu’un seul péché mortel peut nous damner à jamais; que le péché est le seul malheur que nousayons à craindre en ce monde, parce que c’est le seul qui peut nous rendre malheureux dans l'autre.

C'est une vérité que nous mourrons un jour et que nous pouvons mourir à tous les instants, sans en avoir jamais un seul d’assuré : chaque moment peut être pour nous le dernier.

C’est une vérité qu'à l’instant même que nous mourrons, nous serons jugés ; et que Dieu nous demandera un compte exaet de toutes nos pensées, de toutes nos paroles

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et de toutes nos actions, qui seules nous suivront après notre vie.

C'est une vérité qu’après le temps, qui finira bientôt, viendra une élernité qui ne finira jamais; ou éternité bienheureuse, qui renfermera loutes les délicesen faveur, des élus ; ou éternité malheureuse, qui réunira tous les tourments sur la tête des réprouvés, sans espoir, sans consolation, à jamais sans fin.

Vérités saintes, vérités solides, véritésaussi immuables que l’éternité même de Dieu.

Éensez-y bien,

Ah! si ces grandes vérités étaient profondément méditées, quelles impressions feraient-elles sur nous!

Qui est-ce qui, venant à penser qu'il n'est sur la terre que pour servir Dieu et sauver son âme, passerait sa vie dans les inulilités, les amusements de ce monde, en perdant de vue l’unique affaire qui doit décider à jamais de son sort?

Qui est-ce qui, pendant qu’un seul péché peut le damner, pourrait jamais consentir à le commettre ? et s’il l'a commis, pourrait-il demeurer un seul instant dans ce triste état, où la main de Dieu peut venir le frapper ?

Qui est-ce qui, en considérant qu'il peut mourir à tous Jes moments, ne vivrait pas toujours en tremblant sur ke | bord del’ abime ! !

Qui est-ce qui s’attacherait aujcard'hui si éperdument | et sicriminellement à la vie et aux biens de la vie, qui peut-être lui seront enlevés demain ?

Qui est-ce qui, étant assuré qu’au moment de la mort, il ira paraître devant le souverain Juge, ne se jugerait pas | sévèrement lui-même, ne se meltrait pas au-dessus ef vains jugements des hommes, ne se liendrait pas lou-| jours prêt à subir ce jugement redoutable de Dieu ?

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Quiest-ce enfin qui, méditant ces vérités saintes, ne vivrait pas, ne mourrait pas en saint ?

Pensez-y bien,

O hommes aveugles et insensés ! que faisons-nous en ce monde, si nous n'y pensons, si nous ne nous occupons de ces grands objets ? Ames immortelles et créées à l'image de Dieu,souvenez- vous des premièreseldernières vérités ; comprenez bien, par de sérieuses réflexions, d'où vous venez et où vous allez ; de qui vous avez reçu l'être, et à qui vous devez votre cœur; ce que vous avez apporté en venant au monde, et ce que vous en emporterez en sortant de ce lieu d’exil.

Y avez-vous pensé ? comment y avez-vous pensé ? qu’attendez-vous pour y penser (1) ?

0 vérités saintes, vérités divines ! à la lueur de votre céleste flambeau, dissipez les ténèbres qui nous aveuglent, présentez-nous à tous les instants ve que nous avons été, pur néant ; ceque nous sommes, pécheurs et coupables : ce que nous serons un jour, éternellement heureux ou éternellement malheureux. Hélas! pour nous préparer à ce dernierterme, peut-être n’avons-nousqu’un instant : allons dans lessolitudes et les déserts, nous remphr de ces grands objets, seuls dignes de nous occuper, seuls capables de nous convertir, Laissons passer ce qui passe ; altachons-nous à ce qui est éternel ; disons à tout le reste : Vous ne m'êles rien ; parce que demain peutèlre, ou vous où moi nous ne scrons plus ; laissez-moi les moments quime restent, puisque Dieu veut bien encore me les accorder. Je vous les consacre, d mon Dieu ! pour ne

(1) Eccies.

penser plus qu’à vous, ne m'occuper plus que de vous. Le ciel et la terre passeront : vos paroles subsisteront à jamais : gravez-les dans mon cœur ; et qu'elles y demeurent gravées jusqu’au dernier soupir de ma vie, Cælum et terra transibunt (1). Je n’y ai pas pensé, j y penserai tant que je vivrai. |

HISTOIRE

L'histoire de l’Église rapporte qu’un grand nombre de saints pénitents, pénétrés du néant des choses humaines, et de la grandeur des vérités éternelles, se retiraient dans les déserts pour avoir le moyen de les méditer à loisir. Là, séparés les uns des autres, enfoncés dans Îles cavernes, et comme ensevelis dans des tombeaux, ils ne s’occupaient que de ces vérités immuables ; pénétrés de ces grands sentiments, ils se livraient à toutes les austérités de la pénitence, à toutes les rigueurs des macérations : les prières, les veilles, les ieûnes, les cilices, tous les instruments sanglants de la pénitence, réduisaient leurs corps en servitude ; pâles et défigurés, semblables à des squelettes vivants, ils ne se nourrissaient que de racines, d'herbes, ou de pain détrempé de leurs larmes. Ainsi passaient-ils leur vie, qui n'était qu’une longue mort, et quand après des 20, des 30, des 40 années, ils arrivaient au bout de leur course, encore effrayés et alarmés, ils se demandaient les uns aux autres, et s’écriaient en tremblant : Pensez-vous, hélas ! pensez-vous que Dieu se laissera toucher et fléchir ; qu'il aura pitié de nos âmes, qu'il nous accordera le pardon de nos péchés ? Pensez-vous qu’à la mort nous puissions trouver quelque consolation, que le souverain Juge adoucira la rigueur de notre jugement ? Pourrons-nous enfin espérer d'éviter les horreurs de l'éternité malheureuse, et d’avoir un jour quelque part au bonheur des élus ? Quels sentiments ! quels exemples pour nous, hélas! peut-être quelle condamnation contre nous! Pensez-y bien.

Ces saints pénitents que nous admironsavaient-ils un autre Évangile à suivre, une autre religion à pratiquer, un autre Dieu à servir, une autre éternité à espérer ou à craindre ? Non, sans doute ; mais c’est qu’ils avaient de la foi, et nous en manquons ; c’est qu'ils pensaient au salut de leur âme, et nous le négligeons ; c’est qu’ils méditaient les grandeurs de Dieu, jes horreurs du péché, l'incertitude du moment de la mort, les abimes redoutables des jugements de Dieu, les suites d’un avenir ou éternellement heureux ou éternellement malheureux, et nous craignons de nous occuper de ces grands objets : en un mot, c’est qu'ils vivaient en saints, et nous vivons en mondains.

Pensez-v tandis qu’il en est temps, que gagnons-nous à ne pas y penser ? Quelles consolations n'aurons-nous pas un jour d’y avoir pense ! pensons-y, occupons-nous-en à présent, pour ne pas nous désespérer éternellement de n'y avoir pas pensé, ou plutôt pour recueillir à jamais les fruits de cette salutaire pensée.

(1) Matth., x,

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