LE SALUT
Je veux me sauver, tout le monde le dit, tout le monde le pense. On a bien raison de le dire, et plus encore de le penser : qu'avons-nous à faire en ce monde, que de nous sauver ? Qu'est-ce qui nous intéresse plus en celle vie que le salut de notre âme? Pensons-y ; ne pensons qu’à cela ; disons-nous sans cesse : Je veux me sauver. Le salut de notre âme est la seule chose pour laquelle Dieu nous a mis au monde. Non, Dieu ne nous a point mis sur la terre pour être grands, pour être riches, pour être heureux; mais pour être saints, et pour nous sauver. Si nous ne nous sauvons pas, il aurait mieux valu pour nous n'être jamais nés. Si nous n'étions pas nés, il y aurait eu une personne de moins dans le monde; et si nous ne nous sauvons pas, il y aura un réprouvé de plus dans l'enfer.
Le salut de notre âme est la seule chose qui peut nous donner quelque solide contentement dans la vie : les amusements, les divertissements, les plaisirs ne salisfont pas toujours notre cœur; souvent ils y répandent l'amertume des regrets et le poison des remords; un moment passé avec Dieu et donné au salut de notre âme est préférable à des années passées dans les inulilités de la vie et dans l'excès des passions.
Le salut de notre âme est la seule pensée qui pourra nous rassurer au moment de la mort. Je vais en esprit auprès d’un homme mourant ; il aura vécu dans l'abondance des trésors, dans l’éclat des honneurs, dans le sein des plaisirs : de tout cela, que lui reste-t-il à la mort? et tout cela, s’il en a abusé, que peut-il être pour lui, | qu'une source de regrets et un sujet de condamnation ? Malheureux ! qui n'avait qu’une chose à faire dans ce monde, et c'est la seule qu’il a négligée!
Le salut de notre âme est la seule chose dont Dieu nous
demande comple au jugement. Vous êtes-vous sauvé ? Ce n’est que sur cela que Dieu nous interrogera, et sur cela que nous aurons à répondre. Vousêles-vens sauvé? Sans cela, en vain auriez-vous acquis des richesses immenses, vous n'avez amassé que des trésors de colère: en vain auriez-vous tenu un rang distingué dans le monde, vous n'êles plus qu’au rang des répro ‘és. Quels seront donc la surprise, la consternation et le dé. sespoir d’une âme qui ira paraître devant son Lieu, n'ayant à lui présenter que des crimes et des remords? Etait-ce pour cela qu'elle était venue au monde, et avec cela qu’elle devait paraître devant son Juge ?
Enfia, le soin du salut de notre âme est la seule chose qui décidera de notre éternité. Si nous avons travaillé au salut de notre âme, le ciel nous est assuré ; si nous l'avons négligé, nous n’aurons à jamais que l'enfer pour partage.
Y avez-vous bien pensé?
Ce n’est pa: mème assez de penser au salut de notre âme, il faut ÿ travailler. Dieu vous a créés sans vous, mais il ne vous sauvera pas sans vous. Or, qui est-ce qui travaille à son salut? qui est-ce qui s’en occupe? ou si l'on y travaille, y travaille-t-on ardemment, y travaillet-on efficacement ? et au lieu de s'en tenir à celte maxime générale : Je veux me sauver, descend-on dans le détail, et se dit-on en particulier : Je veux me sauver; donc il faut quitter cette occasion dangereuse ; donc il faut m'éloigner de cette personne suspecte; donc il faut restituer ce bien mal acquis; donc il faut me réconcilier avec cei ennemi; donc il faut mettre ordre aux affaires de ma conscience ? On dit tous les jours : Je veux me sauver, et chaque jour on travaille à se perdre.
Ô aveuglement déplorable des hommes ! Je me transporte sur une place publique; j”y vois une foule de personnes qui vont, qui viennent, qui courent, qui s’em-
pre voi ler l’au im C'es sés, pou affai à la Dieu ce genc mon!
ciel, on y Chré {rava mille on se sur | ment lait y Pa séder est ho:
suæ de
Un co tombé d en pers flus gra dre le Q chose po pas d’êtr où je sui
(1) Ma
$ sauvé ?
1, etsur 13 sauvé?
csses ime colère:
, dans le épra és.
et le déon Lieu, remords?
>, et avec
ule chose availlé au us l'avons ir partage.
t de notre ans vous, est-ce qui pe? ou si travaillete maxine s le détail, r; donc il faut m'ét restituer br avec cei es de ma 1e SAUVE”,
me transle de perqui s’em-
pressent ; je leur demande : Où allez=vous ? où courezvous avec cet empressement? L'un dira : Je vais travailler à un établissement ; l'autre : Je vais visiter un ami; l'autre : Je vais solliciter un procès; l'autre : Une affaire importante m'appelle, Et votre salut, et votre salut ?.. C'est ainsi que parmi cette foule de gens agités, empressés, à peine s’en lrouve-l-il quelqu'un qui s’empresse pour le salut de son âme. Tout le rest sorbé dans les affaires temporelles, refuse jusqu”: le ses soins à la seule affaire qui les mérite tous rve. Non, Dieu ne condamne pas le soin raisonnable des choses de ce monde; mais ce que Dieu condamne, c'est la négligence criminelle pour le salut, Pour les affaires du monde, on est tout ardeur et tout feu ; pour celles du ciel, on n’est qu'indifférence et que glace. On agit ainsi, on vit ainsi, on mourra ainsi. Voilà l'homme ; où est le Chrétien! Voilà le temps; quelle sera l'éternité? On a travaillé pour le monde, pour sa fortune, pour sa famille ; qu’a-t-on fait pour Dieu, pour son salut? Quand on sera au bout de sa course, et qu'on jetlera les yeux sur le chemin qu'en à fait durant sa vie, quel étonnement ! quels regrets ! peut-être, quel désespoir ! il fallait y penser, et le prévenir.
Pensez à votre salut. De quoi sert à l'homme de posséder l'univers, s’il vient à perdre son âme ? Quid prodest hominti, si mundum universum lucretur, animæ verû suæ detrimentum patiatur (1) ?
HISTOIRE
Un courtisan, qui avait passé sa vie au service de son prince, étant tombé dangereusement malade, le prince, qui l’aimait, vint le visiter en personne, accompagné de ses autres courtisans. Îl le trouva dans le rlus grand danger, réduit à une espèce d’agonie, et comme près de rendre la dernier soupir. Touché de ce triste état : Pourrai-je queique chose pour vous? lui dit-il : demandez avec confiance, et ne craignez pas d’être refusé. — Prince, luirépondit le malade, dansla triste situation où je suis, je n’ai qu’une chose à vous demander ; ce serait de m'ac-
(1) Marc., var.
AY
\p) AN
Ar T7 <: €