LE PÉCHÉ. DE
Il faudrait des torrents de larmes pour déplorer toutes les pertes que le péché cause à l’âme, et tous les malheurs qu'il attire sur elle. |
Le péché lui ôte toute sa gloire. Par la grâce, l'âme était la fille bien-aimée du Père céleste, la digne épouse du Fils, le temple vivant de l’Esprit-Saint. Par le péché, elle perd tous ces précieux avantages, et devient l’esclave du démon et de ses passions.
Le péché la dépouille de toute sa beauté. La grâce la rendait un objet de complaisance aux yeux de Dieu : il la regardait comme son temple, son sanctuaire : le péché en fait un objet d'horreur à ses yeux, et d’exécralion pour son cœur. |
Le péché lui ôte tous ses mérites. Représentez-vous un vaisseau richement chargé de tout ce qu’il y a de plus précieux; il échoue, il fait un triste naufrage, tout est perdu et enséveli dans les flots : voilà la triste image de l'âme dans le péché; il lui ôte tous les mérites qu’elle avait acquis devant Dieu, et ne lui laisse qu’une affreuse indigence.
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Le péché lui ôte sa paix ; elle en jouissait tant qu’elle était avec Dieu. Le péché, entrant dans elle, y a introduit le trouble, l'agitation, les remords, les craintes, les alarmes : elle devient pour elle-même une espèce d’enfer.
Le péché l’expose à tous les malheurs de la vie, à toutes les horreurs de la mort, à tous les tourments d’une éternité malheureuse : y pense-t-on?
Il faudrait des larmes de sang, pour pleurer sur les affreux caractères du péché dans une âme, et sur l’opposition monstrueuse qu'il lui donne avec Dieu. Caractère de révolte et de rébellion ; Dieu commande, le pécheur répond : Je n’obéirai point. Si la bouche ne le dit pas, le cœur, la conduite, les actions le disent. Caractère de témérité et de présomption; un ver de terre, une vile . créature ose s'élever contre le Tout-Puissant, contre l’Etre suprême, qui peut l’anéantir à tous les instants. Caractère d’ingratitude ; comblée des bienfaits de Dieu, elle en abuse et les tourne contre son bienfaiteur. Caractère de perfidie; mille fois elle avait promis une fidélité invio-
lable à son Dieu; peut-être l’avait-elle rendue plus so-
lennelle dans la grâce des sacrements : elle trahit son Dieu, et viole toutes ses promesses. Enfin, pourrai-je le dire sans horreur , caractère de parricide et de déicide ; tout pécheur, comme dit saint Paul, crucifie de nouveau Jésus-Christ, et fait de son cœur un autel sacrilége, où il immole son Dieu en immolant son äme au démon, Hélas! à mon Dieu! sont-ce des discours, ou des soupirs et des sanglots qu’il faut ici faire entendre ; disons donc en gémissant, en tremblant : Le péché est un si grand mal, que, quand vous réuniriez tous les autres maux à la fois, la guerre, la peste, la famine, les chagrins, les maladies, la mort même, lout cela ne serait rien en comparaison d’un péché. Le péché est un sigrand mal, que, quand, pour ne pas le commettre, il faudrait
perdre vos biens, votre liberté, votre santé, votre vie, sans balancer un instant, il faudrait verser jusqu’à la dernière goutte de votre sang, présenter volre cœur et y laisser enfoncer le poignard, plutôt que de jamais consentir au péché. Le péché est un si grand mal,que, quand
par un péché on pourrait retirer tous les damnés de l’en--
fer, et les placer dans le ciel, il vaudrait mieux laisser les réprouvés dans les feux, les tourments et le désespoir, que de les en délivrer, si pour cela il fallait commettre, je ne dis pas un péché mortel, mais le moindre péché véniel. Enfin le péché est un si grand mal, un mal si affreux, si délestable, que le ciel m'a pas assez de foudres pour l’écraser, la terre assez d’abîmes pour l’engloutir, l'enfer assez de flammés pour l’expier. :
À Qui est-ce qui y pense?
Ah ! disons de tout notre cœur : Maudit péché, qui at-
tire sur nous toutes les malédictions ! Maudit de Dieu le
Père, dont il efface l’image ; maudit du Fils, dont il profane le sang ; maudit de l’Esprit-Säint, dont il méprise les grâces ; maudit dans le ciel qui lance sur lui tous ses anathèmes ; maudit sur la terre, qu’il couvre d'iniquités:
‘ maudit dans l'enfer où il précipite tous les dan. ; maudit durant la vie; maudit à la mort ; mauditdens ,es temps, maudit dans l'éternité ! Je vois les saints qui tremblent à la seule vue du péché, les solitaires qui s’enfoncent dans les déserts pour s’en éloigner, les pénitents qui poussent des soupirs et des sanglots pour le déplorer, les martyrs qui nagent dans leur sang pour l’éviter ; qu’avons-nous fait, que faisons-nous pour pleurer, pour expier, pour effacer nos péchés ? Mourir, à mon Dieu! mourir mille fois plutôt que d’en commettre jamais aucun : je vous le EL mande, je l'espère avec votre grâce.
IL est bien temps d’y penser : demain peut-être nous ne serons plus.
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HISTOIRE
L'empereur de Constantinople, hérétique, était mortellement irrité contre saint Jean Chrysostome : un jour, enflammé de colère, il dit en présence de ses courtisaus : Je voudrais bien me venger de cet évêque. Quatre ou cinq des courtisans assemblés pour faire leur cour, dirent leur avis. Le premier dit : Envoyez-le si loin en exil, que vous ne le voyiez jamais. Le second : Confisquez tous ses biens. Le troisième : Jetez-le dans une prison chargé de fers. Le quatrième : N’êtes-vous pas le maitre ? faites-le périr, et délivrez-vous-en par la mort. Un cinquième, plus intelligent : Vous vous trompez tous, dit-il; ce n’est point là le moyen de s’en venger et de le punir. Si vous l’envoyez en exil, la terre entière est sa patrie ; si vous confisquez tous ses biens, vous les enlevez aux pauvres, et non à lui; si vous le mettez dans un cachut, il baisera ses fers et s’estimera heureux ; si vous le condamnez à la mort, vous lui ouvrez le ciel. Prince, voulez-vous vous venger, forcez-le à commettre un péché ? Je le connais, cet homme ne craint que le péché en ce monde, Hic homo nihil timet nisi peccatum. Non, ilne craint ni l'exil, ni la perte des biens, ni fer, ni feu, nitourments; il ne craint au monde que le péché. Grands sentiments ! ah! que nous serions heureux si on pouvait dire de nous comme de lui : Cet homme ne craint que le péché ; et il le craint souverainement, Hic homo nihil timet nisi peccatum.
Pensons-y donc et ne l’oublions jamais : avec le péché jamais nous n’entrerons dans le ciel, notre unique patrie ; avec le péché jamais nous ne verrons Dieu, l’auteur de notre être ; avec le péché ei par un seul péché, s’il n’est effacé, nous serons ‘ jamais livrés aux feux, aux tourments, aux remords, à la fureur, au désespoir éternel de l'enfer. Pensons-y ; et, s’il le faut, oublions tout le reste pour y penser.
Quasi à facie colubri fuge peccatum (1), A la vue du péché, tremblez et fuyez comme à la vue d’un serpent.
Peccavi in cælumet coram te (2), J'ai péché contre le ciel, et en votre présence, à mon Dieu !
Peccatum meum contra me est semper (3), Mon péché est toujours présent à mes yeux, il s'élève sans cesse contre moi.
Averte faciem tuum à peccatis meis, etc., Détournez vos regards, Ô mon Dieu, de dessus mes péchés, et lavez toutes les iniquités de mon âme,