‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 92 sur 112 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

4° Nous mourrons tous; et viendra un jour qui sera pour nous le dernier des jours.

2 Le moment de la mort nous est inconnu ; et il arrivera plutôt que nousne pensons.

3° Du moment de la mort dépend notre éternité.

(1) Eccles. — (2) Luc., xLt, — (3) Psalm. cL.

4 Après la mort il n’y aura plus pour nous de res. source.’

Pensez-y donc à présent,

Rien de si commun que la mort; tous les jours on entend dire: Un tel est mort ; une telle vient d’expirer ; tel

a été frappé d’un accident imprévu ; tel a été enlevé après une longue maladie ; un tel vient d'être assassiné; tel autre s’est noyé ; celui-ci a fait une chute, et il est resté sur le coup; celui-là a été écrasé sous les ruines d'un bâtiment. Chaque jour nous en fournit des exemples. Nous en donnerons un quelque j jour aux ‘autres, YŸ pensons-nous ?

Tous les hommes, sans exception, sont sujets à la mort : elle domine sur toutes les conditions. Le jeune homme n'est pas à couvert de ses coups; un enfant meurt quelquefois au moment où il a commencé à vivre : elle assiége la porte du riche : la puissance, les richesses, les couronnes, les sceptres, tout cède à la mort : elle pénètre les palais des grands, comme la cabane des pauvres. Elle étend dans la bière le grand comme le petit. Tous les jours quelque victime est immolée : vous pouvez ëlre la première. Ÿ pensons-nous ?

Comment les hommes peuvent-ils s’aveugler si malheureusement sur la mort qui les menace à tous les moments ? On sait qu on peut mourir à tous les instants, et on vit comme si jamais on ne devait mourir ; ou regarde toujours la mort dans un grand éloignement, comme si elle ne devait jamais arriver. On entend dire : Un tel est mort subitement, et on se flatte toujours d’une longue vie. A la mort des autres, on trouve toujours des raisons de se rassurer soi-même : cette personne est morte, dit-on; mais elle n’avait point de santé, elle languissait depuis longtemps; elle ne se ménageait point : elle faisait des

excès, on l'avait avertie : elle était menacée de tels acci-

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dents ; on ne l’a pas secourue à temps et à propos. Ainsi trouve-t-on des raisons pour se rassurer, au lieu de se dire : Un tel est mort aujourd’hui ; qui m'a dit que demain je serai en vie ? Un tel a été enlevé subitement de ce monde: peut-être que demain les cloches funèbres annonceront ma murt. Tel croit être bien éloigné de sa dernière heure, qui porte le trait de la mort dans son sein ; il pense aujourd’hui à une partie de plaisir, et demain il sera devant Dieu. Y a-t-il pensé ?

Ce qu’it y a de plus terrible en ce point, c’est que les suites de la mort sont éternelles et irréparables. La mort

n’est qu’un moment, et cemoment décide de tout pour tou-

jours. Tel qu’on aura été au moment de la mort, tel on sera durant une éternité tout entière. Si on meurt en état de grâce, on est heureux pour toujours ; si on meurt en élat de péché mortel, on est malheureux, maudit, réprouvé à jamais. L'arbre tombera un jour, dit l'Esprit- Saint : s'il tombe à droite, il est réservé pour l'édifice de la céleste Jérusalem ; s’il tombe à gauche, il est destiné au feu : Ubi ceciderit arbor, tbi erit. Non, dès le moment de la mort il n’y a plus de ressource : ni regrets, ni soupirs, ni sanglots, ni larmes, ni résolutions, ni promesses; rien nechangera le sor! : il est fixé pour toujours : l'arrêt est porté, el l'éternité tout entière en sera l'exécution. Il fallait y avoir pensé ; il ne sera plus temps de le faire. Toute la vie devait être employée à se préparer à la mort: si on ne l’a pas fait, toute l'éternité sera employée à déplorer son malheur et à gémir dans son désespoir. Le Sauveur du monde nous en avertit : Qué hord non putalis Filius hominis veniel (1). Le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous y penserez le moins. Je vais y penser, j'y penserai toute ma vie; je me tiendrai toujours prêt, et dès ce jour je me regarderai comme pouvant mourir tous les jours. |

(1) Luc., xir. |

HISTOIRE

Un jeune homme, pour le salut duquel saint Grégoire, pape, s'intéressait ardemment, avait conçu pour une personne du sexe une paësion si violente, qu'il en était transporté, sans que les conseils, les avis, les paires de saint Grégoire eussent jamais pu l’arracher de son cœur,

leu, par un de ces jugements redoutables qu’on ne peut qu’adorer, frappa d'un accident imprévu l’objet de cette gauion malheureuse : une mort subite l’enleva de ce monde. Le jeune homme en fut dans le plus grand désespoir ; mais ce qu'il y a d’élonnant, c’est que cette mort funeste, loin de détacher son cœur, ne fit qu’augmenter et allumer le feu qui le consumait. Saiñt Grégoire, sensiblement affligé de cet aveuglement déplorable, crut qu’il devait faire un dernier effort pour sauver cette âme. Un joùr donc, après avoir prié le Seigneur de bénir son dessein, il prit ce jeune homme par la main, en lui disant : Venez avec moi, je veux vous montrer l’objet de votre affection criminelle. 11 le conduisit dans le toinbeau où cette personne était enterrée : quel spectacle affreux vint se présenter à ses yeux ! Il recule de crainte et d'horreur. Non, mon fils, lui dit saint Grégoire, ne fuyez pas, soutenez le spectacle que la mort vous présente ; considérez ce qui s'offre à vos yeux ; voyez ce qu’est devenue cette beauté périssable à laquelle vous étiez si éperdument attaché; voycz cette tête décharnée, ees yeux éteinis, ces ossements livides, cet amas horrible de cendres, de pourriture et de vers ; voilà, voilà l’objet de votre passion, pour lequel vous avez poussé Éi de soupirs, sacrifié votre âme, votre salut, votre éternité, votre

ieu. |

Ces paroles touchantes, ce spectacle frappant, firent une impression si vive sur le cœur de ce jeune homme, que, connaissant enfin le néant de ce monde et la fragilité de toute beauté périssable, il renonça dès ce moment à toutes les vanités de la terre, et ne pensa plus qu’à se pré. parer, par une vie chrétienne, à une sainte mort.

Pensez-y bien, Votre heure viendra : que penserez-vous alors de tout ce qui vous attache en ce monde ?

Une jeune dame, douée de beaucoup d’esprit, et de tous les talents propres à son sexe, se trouva à la fin de sa course bien plus tôt qu’elle

n'avait pensé. Au commencement de la maladie, on lui dissimula le dangér, comme il n'arrive que trop soûvent; cependant, le mal augmentant, il fallut lui annoncer son état, et l’avertir de mettre ordre à sa conscience : à cette annonce elle fut troublée, alarmée ; mais enfin, la grâce ganimant tous les sentiments de sa foi, elle offrit généreusement son sacrifice à Dieu, et demanda elle-même à recevoir les derniers sacrements, S’y étant disposée, elle fit prier un-certain nombre de ses amies de venir la voir : et toutes s’y étant rendues au moment où elle allait recevoir le saint Viatique, elle leur adressa la parole : Mesdames, leur dit-elle, d’une voix mourante et d’un ton pénétré, je vous ai appelées pour vous faire voir dans moi le vide des choses humaines ; vous voyez mon état, vous en étes touchées ; profitez-en ; connaissez quel est le néant de ce monde. Ah! mesdames, si vous pouviez voir les choses des yeux dont je les vois à présent, que vous seriez bien détrompées de toutes les vanités et de toutes les illusions de la vie, et que vous comprendriez bien qu’il n’y a rien de solide que de servir Dieu ! Mon heure est venue, la vôtre viendra ; n’attendez pas alors à vous y préparer. Je

vous parle mande le l'espère, j Viatique, tèrent gra produisire quelques

L’'ho | nité, dit suæ (1).

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talents qu’elle ula le al augordre à y enfin, éreuse= erniers de ses où elle dames, j appe- 3 VOUS el est choses bées de S Comheure er. Je

vous parle et je vous vois pour la dernière fois de ma vie. Je vous de-

mande le secours de vos prières. Si j'obtiens miséricorde, comme je

l'espère, je ne vous oublierai pas devant Dicü. Alors elle reçut le saint” Viatique, et quelque temps après elle expira. Ces dernières paroles res-

tèrent gravées dans l'esprit de celles qui les avaient entendues, et y

produisirent des fruits de salut. Produiront-elles du moins dans nous

quelques réflexions salutaires ? Pensez-y tandis qu’il en est temps.

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