PREMIÈRES PHOTOGRAPHIES DE KATIE KING
Au printemps de 1873, plusieurs séances avaient eu lieu dans le but d'obtenir des photographies de Katie , King. Le 7 mai, quatre photographies furent prises avec succès ; l'une d'elle a été reproduite par la gravure.
M. Harrison nous dit que, dans la photographie les traits sont plus fins et plus beaux et qu'il y aune expression de dignité dans la physionomie quasi-éthérée, que rend mal la reproduction de la gravure qui a été éditée.
Les expériences photographiques sont bien décrites dans le procès-verbal ci-dessous qui a été dressé après une séance et signé des noms suivants : Amélia Corner, Caroline Corner, M. Luxmore, G. Tapp et W. Harrison. Voici les précautions qui avaient été prises au commencement de la séance. Mme Corner et sa fille avaient accompagné miss Cook dans sa chambre où elles l'avaient priée de se déshabiller, pour bien examiner ses vêtements. On lui fit mettre un grand manteau en drap gris, en place de sa robe qu'elle avait retirée, puis elle fut :Conduite à la salle des séances ; ses poignets furent ut-
tachés solidement avec du ruban en fil. Les nœuds furent examinés par l'assistance, et des cachets furent posés sur les bouts du ruban. Le cabinet fut examiné dans tous les sens, puis miss Cook s'y assit. Le ruban qui la liait fut passé dans un anneau fixé au parquet, puis sous le chàle, et le bout fut attaché à une chaise placée en dehors du cabinet ; de cette façon, si le médium eût bougé, on eût pu s'en apercevoir de suite.
La séance commença à six heures du soir et dura deux heures environ, avec un intervalle d'une demi-heure. Le médium s'endormit aussitôt qu'elle fut installée dans le cabinet et quelques instants après Katie parut et s'avança dans la chambre. M^*^' Cook assistait aussi à la séance avec ses deux jeunes enfants qui s'amusaient beaucoup à causer avec l'Esprit.
Katie était vêtue de blanc ; ce soir-là sa robe était décolletée et ses manches fort courtes, de sorte qu'on pouvait admirer son cou merveilleux et ses beaux bras. Sa coiffure même, qui lui serrait toujours la tète, était légèrement repoussée et laissait voir ses cheveux châtains. Ses yeux étaient grands et brillants de couleur grise ou })leu foncé. Elle avait le teint clair et rose, ses lèvres étaient colorées, elle paraissait très vivante. Voyant notre plaisir à la contempler ainsi devant nous, Katie redoubla ses efforts pour nous permettre d'avoir une bonne séance. Puis, quand elle cessa de poser (levant l'appareil, elle se promena, causant avec tout le monde, critiquant les assistants, le photographe et ses arrangements, tout à son aise. Peu à peu, elle s'avança plus près de nous, s'enhardissant davantage. Katie s'appuya sur l'épaule de M. Luxmore pendant qu'on la photographiait ; elh^ tint même la lampe une fois pour mieux éclairer son visage.
Elle permit à M. Luxmore et à Mme Gornerde passer leurs mains sur sa robe pour s'assurer qu'elle ne portait
qu'un vêtement . Puis Katie s'amusa à taquiner M . Luxmore ; elle lui tapa sur les joues, lui tira les cheveux et prit son lorgnon pour regarder les personnes dans la salle. Les photographies furent prises à la lumière du magnésium; le reste du temps Téclairage consistait en une bougie et une petite lampe. Lorsqu'on emporta la plaque pour la développer, Katie courut quelques pas derrière M. Harrison pour le voir développer.
Une chose curieuse se passa aussi ce soir-là; au moment où Katie se reposait devant le cabinet, en attendant de poser, on vit paraître à l'ouverture supérieure un grand bras d'homme, nu jusqu'à l'épaule et qui agitait les doigts. Katie se retourna, fit des reproches à l'intrus, disant que c'était très mal à un autre Esprit de venir déranger tout quand elle posait pour son portrait, et lui ordonna de se retirer au plus vite. Vers la fln de la séance, Katie déclara que ses forces s'en allaient, qu'elle ^^f^it en train de fondre . Son pouvoir était tellement affaibli, que la lumière qui pénétrait dans le cabinet où ^lïe s'était retirée sembla la dissoudre ; on la vit alors s affaisser, n'ayant plus de corps du tout et son- cou touchant le sol. Le médium était toujours attaché comme
^^ commencement.
Nous appelons tout particulièrement rattention ^u lecteur sur ce détail qui niontre avec évidence 9^6 l'apparition n*est pas un mannequin apprêté, ^ilô médium déguisé. Voici, sur ce point, ur> autre témoignage aussi démonstratif : c'est celui de M'"' Florence Marryat(l).
* On demanda un jour à Katie King pourquoi elle ne P^^vait pas se montrer avec une lumière plus forte
(1) Florence Marrvat, There is no death (Il n'y a pas de mort). ' V j F
(Elle ne permettait qu'un seul bec de gaz et encore fallait-il le baisser beaucoup.) La question sembla l'irriter énormément ; elle nous fit la réponse suivante : « Je vous ai souvent déclaré que je ne pouvais subir l'intensité d'une grande lumière. Je ne sais pas pourquoi cela m'est impossible et si vous doutez de mes paroles, allumez partout et vous verrez ce qui arrivera. Je vous préviens seulement que si vous me mettez à l'épreuve, je ne pourrai pas reparaître devant vous ; ainsi choisissez. »
« Les personnes présentes se consultèrent, on décida de tentet^ l'expérience afin de voir ce qui adviendrait. Nous voulions trancher définitivement la question de savoir si le plus ou moins d'éclairage gênait le phénomène de matérialisation. Katie fut avisée de rtotre décision et consentit à faire l'essai. Nous sûmes plus tard que nous lui avions causé une grande souftVancc.
« L'Esprit Katie se plaça debout devant le mur du salon et elle étendit les bras en croix en attendant sa dissolution. On alluma les trois becs de gaz. (La chambre mesurait seize pieds carrés environ.)
« L'efi'et produit sur Katie King fut extraordinaire. Elle ne résista qu'un instant, puis nous la vîmes fondre sous nos yeux, tout comme une poupée de cire devant un grand feu. D'abord ses traits s'effacèrent, on ne les distinguait plus. Les yeux s'enfoncèrent dans les orbites, le nez disparut, le front sembla rentrer dans la tète. Puis les membres cédèrent et tout son corps s'afi'aissa comme un édifice qui s'écroule. 11 ne resta plus que sa tète sur le tapis, puis un peu de draperie blanche qui disparut comme si on eût subitement tiré dessus ; nous restâmes quelques instants les yeux fixés sur l'endroit où Katie avait cessé de paraître. Ainsi se termina cette séance mémorable.»
L'esprit, avec Texercice, prit davantage de force puisque William Crookes put faire ensuite plus de
DE KATII KING $77
quaraate clichés au moyen delà lumière électrique. Nous venons de constater qu'un esprit avait essayé de se matérialiser en même temps que Katie. C'est qu'en effet cet esprit n'était pas le sâul qui se montrât. Voici encore une attestation de M"" Mircyat qui reconnut une déformation caractél'istique de la lèvre de ^a fille, sur une apparition qu'elle tenait dans ses bras. Yoici sou récit.
« La séance eut lieu dans une trr-s petite salki de l'association ; elle ne contenait aucun meuble, ni tapis. Ti-ois chaises cannées furent placées dans la pièce pour nous permettre de nous asseoir. Dans un coin, on suspendît un vieux chàle noir pour former le cabinet nécessaire. On y mit un coussin pour que miss Cook pût y appuyer sa tête.
« Miss Florence Cook est une petite bi'unelte, milice, aux yeux noirs, aux cheveux houclés; elle était v^tue d'une robe grise de mérinos, garnie do ruiaus cerise. Klle m'informa avant de commencer la silance, que depuis quelque temps elle, était énervée pendant ses transes, et qu'il lui arrivait de venir endormie dans la salle. Klle me pria donc de bien la gronder si pareille chose se renouvelait et de lui ofilonner de retourner à sa place, comme si elle n'était qu'un enfant ; je promis de le faire, et là-dessus miss Cook s'assit par terre, derrière le chille noir qui tonnait rideau. Nous pouvions voir la robe grise du nnédium, car le chàle n'arrivait pas jusqu'à terre. Le gaz fut baissé et nous primes place sur les trois chaises cannées.
« Tout d'abord le médium semblait mal à l'aise. Il se
plaignait d'être maltraité ; après quelques instants le
châle fut agité et nous vîmes une main paraître cl dis.
uaraltre, se retirer plusieurs fois de suite. Puis une
e liiunant bur Ils gtiioux, pour passer
là
ISTBATlOIf EXPËHIHBnTALE DE L'IHHORTALITË
aie et linalement, elle se dressa de toute sa a lumière était insullisante pour reconnaître M. Harrison demande si nous étions en pré- Hme Stewart? L'Esprit secoue la tête. « Qui I être ? » demandai-je ii M. Harrison.
reconnaissez-vous pas, ma mère f »
ulus m'élancer vers elle, mais elle me dît :
. votre place, et j'irai près de vous. » Un ins-
Floreiice vint s'asseoir sur mes j^enoux. Klle ;lieveux longs et flottants, ses bras était nus ses pieds. Sarabe n'avait aucune l'orme, on eut i s'était enveloppée de quelques mètres de B ; par extraoï'dinaire, cet Esprit ne portait pas !, sa tète était nue.
ce, ma chérie, m'écriai-je, est-ce vraiment toi ? plus de lumière, répondit-elle, et regardez 3. » Nous vîmes aloi-s, distinctement, sa lèvre comme à sa naissance, cependant les modeavaient vue aloi"s avaient déclaré que !e cas
rare. Mon enfant n'avait vécu que quelques
! semblait avoir 17 ans.
f-ant cette preuve indéniable d'identité, je fon-
nes, sans pouvoir dire un mot.
ook s'agitait beaucoup derrière le châle ; puis,
p, elle s'élanea vere nous en s'écriant : " C'est
en puis plus. »
a vîmes donc tkhors en vu-me k-mps que l'Esprit
qui était sur mes yenottx, mais ceci ne dura rt instant, la forme que je tenais s'élança vers
et disparut. Alors, je me rappelai que miss ■ait priée de la gronder si elle se promenait, et es reproches sévères. Elle rctoumaàsa place, e rideau, et aussitôt l'Esprit revint vers moi, : f Ne la laissez pas revenir, elle me fait des ibles. K
« Je m'écriai alors : « Mais Florence, dans ce monde, nous autres mortels nous avons peur des apparitions et, ce semble, vous avez peur de votre médium. ?»
« J'ai peur qu'elle me fasse partir », répondit-elle. Cependant miss Cook ne se dérangea plus et Florence resta avec nous un peu plus de temps. Elle jeta ses bras autour de mon cou et m'embrassa plusieurs fois. A cette époque j'étais fort tourmentée. Florence me dit que si elle avait pu paraître ainsi marquée devant moi, c'était pour bien me convaincre des vérités du Spiritisme et que j'y trouverais des sources de consolation.
« Quelquefois vous doutez, ma mère, dit-elle, et vous croyez que vos yeux et vos oreilles vous ont trompée ; il ne faut plus jamais douter et ne croyez pas que je suis défigurée en Esprit. J'ai pris cette marque ce soir pour mieux vous convaincre.
« Rappelez-vous que je suis toujours avec vous. »
4t Je ne pouvais parler tant j'étais émotionnée, en pensant que je tenais dans mes bras l'enfant que j'avais déposée dans un cercueil, qui n'était pas morte et anéantie, mais devenue ur^ jeune femme à présent. Je restai muette, mes bras passés autour d'elle, mon cœrur battant contre le sien, puis le pouvoir diminua ; Florence me donna un dernier baiser et me laissa stupéfaite et émerveillée de ce qui s'était passé. »
Mme Florence Marryat ajoute qu'elle a revu cet Esprit plusieurs fois, en d'autres séances et avec différents médiums ; elle en reçut de fort bons conseils.
On conçoit aisément que des phénomènes aussi extraordinaires furent niés avec acharnement par les incrédules. Des polémiques ardentes s'élevèrent, même entre Spirites, et il ne fallut pas moins que les expériences et les affirmations de William Crookes pour confirmer Pauthenticîté absolue de
TtON KXPËR[HEMALR DE L'I H MORTALITÉ
*JouH renvoyons le lecteur à son ounous devons spécialement signaler t bien un être anatomiquement sem-
i EXPÉaiENCBS DE CROOKES.
t du grand savant anglais sont partiintéressants au point de vue qui nous issi nous reproduisons une petite par-
lit, car il est tout k fait typique; il a un Esprit si bien matérialisé, qu'on distinguer d'une personne ordinaire.
fquable expérience établit pertiuem-
périsprit reproduit, non seulement une personne, mais aussi toutes les leii de son corps . .
photographies les plus intéressantes i suis debout à côté de Katîe ; elle a sur un i)oint particulier du plancher.
suite M'" Cook comme Katie; elle
nous plaçâmes exactement dans la m, et nous fiimus photographiés par )bjectifs placés absolument comme expérience et éclairés par la même ique ces deux dessins sont placés l'un !s deux photographies de moi coïncient quant it la taille, etc., mais Katie :de d'une demi-tête que M"» Cook et,
rehes Jtir le moderne spifilualisme.
HISTOIRE DB KATIB KINO 884
auprès d'elle, elle semble une grosse femme. Dans beaucoup d'épreui^es, la largeur de son visage et la grosseur de son corps diffèrent essentiellement de son médium, et les photographies font voir plusieurs autres points de dissemblance... v
Ceci répond à cette objection souvent faite que, dans les séances spirites, les apparitions qu'on photographie sont dues à des dédoublements du médium. Continuons.
« J'ai si bien vu Katie récemment, lorsqu'elle était éclairée par la lumière électrique, qu'il m'est possible d'ajouter quelques traits aux différences que, dans un précédent article, j'ai établies entre elle et son médium. J'ai la certitude la plus absolue que M^'" Cook et Katie sont deux individualités distinctes, du moins en ce qui concerne leurs corps. Plusieurs petites marques qui se trouvent sur le visage de M"* Cook font défaut sur celui de Katie. La chevelure de M"* Cook est d'un brun si foncé qu'elle paraît presque noire; une boucle de celle de Katie qui est là sous mes yeux, et qu'elle m'avait permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes, après l'avoir suivie de mes propres doigts jusque sur le haut de la tête et m'être assuré qu'elle Y avait bien poussé, est d'un riche châtain doré.
< Un soir je comptais les pulsations de Katie, son pouls battait régulièrement 75, tandis que celui de M^^" Cook, peu d'instants après, atteignit 90, son chiffre habituel. En appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais entendre son cœur battre à l'intérieur, et ses pulsations étaient encore plus régulières que celles du cœur de M^'* Cook,
TioN expëri»e:(tale de L'innonTAurE
:s la séance, elle me permettait la snce. Éprouvés de la môme manière, le Katie se montrèrent plus sains que lédium, car, aumomeot où je as mon d"' Cook suivait un traitement mé-
gros rhume. »
assisté aux premières manifestations . Voici la dernière fois où elle parut. tateurs étaient M"' Florence Marryat, Iliam Croolies et la fille de service ■ ...:S