ACTION DE LA VOLONTÉ SUR LES FLUIDES
que l'idée de vêtement est associée à Timage de notre personne d'une façon intime.
Si nous pensons à une représentation de gala ou à une soirée, nous pouvons nous voir en habit de cérémonies, comme d*autres fois en négligé dans notre intérieur. Cette image, si on Textériorisait suffisamment, pai*aîtrait habillée; on peut donc imaginer que dans les cas de dédoublements, qui sont des objectivations inconscientes, Timage des vêtements accompagne toujours l'Esprit et subisse, comme lui, un commencement de matérialisation.
II en est ainsi pour les objets usuels dont on a rhabitude de se servir : aussitôt qu'on y pense, on en aune représentation mentale, laquelle peut se projeter âuidiquement dans l'espace ; il en est de même dans le rêve , avec cette différence que ces produits de l'imagination n'ont généralement pas de durée, — cependant il y a des cas oii ces représentations mentales peuvent persister un certain temps et s'objectiver. En voici un exemple (1) :
« Un de mes amis, dit Bodie, vit le matin à son réveil un personnage habillé en Persan, debout au pied de son lit. Il le voyait aussi nettement, aussi distinctement que les chaises ou les tables de la chambre : aussi fut-il sur le point de se lever pour aller voir quel était cet objet ou ce personnage. Mais, en regardant avec plus d'attention, il s'aperçut que, tout en voyant le personnage aussi bien que possible, il distinguait nettement la porte derrière lui. A ce moment la vision s'évanouit. Mon ami se souvint alors qu'il avait eu un songe dans
(i) Hack Tuke, le Corps et l'Esprit.
449 DÉMONSTRATION BXPÉRIMSlfTJlLB DV l'iMMORTALITS
lequel Timage d'un Persan avait joué le principal rôle. Tout s'expliquait ainsi d'une manière satisfaisante : il était évident que le songe avait été le point de départ de la vision, et qu'il s'était en quelque sorte continué après le réveil. Il y avait donc eu en même temps perception d'un objet imaginaire et perception d'un objet réel. »
Cette création fluidique, cette sorte de photographie mentale persistant plus ou moins longtemps dans l'espace s'accuse encore dans les cas suivants :
Le physiologiste Gruithuisen eut un songe « dans lequel il vii principalement une flamme violette qui, pendant un temps appréciable, après son réveil, lui laissa l'impression d'une tache jaune complémentaire >.
M. Galton a publié un mémoire sur la faculté de voir les nombres, de se les représenter par l'imagination comme si leur existence était vraie. Il cite notamment M. Bilder, qui accomplit des tours de force extraoi dinaires de calcul mental, et qui peut en quelque sorte voir, avec ses centres'sensoriels, des nombres nettement tracés, placés en ordre bien déterminé (1).
Voici une série d'expériences qui semblent établir que la création fluidique est bien une réalité. Elles sont dues à MM. Binet et Ferré (2), mais ces expérimentateurs expliquent, bien entendu, les faits par l'hallucination. Nous aurons l'occasion de juger si leur hypothèse est recevable.
(1) Le mémoire de M. Galton se trouve dans la Nature du 15 janvier 1880.
(2) Binet et Ferré, le Magnétisme animal.
ÀCnOIf BB LA TOUHfTt 9UR LIS FLUDIS
US
Examinons en premier lieu un phénomène qui peut se produire à l'état normal, ou par une opération mentale, ou par suggestion, et il nous sera facile de constater que pour la même expérience produite par la même cause, Texplication de ces messieurs est différente quand c'est l'hypnotisé qui y prend part.
1* L'état normal. On sait qu'un objet coloré étant placé sur un fond noir, si on le regarde fixement pendant un certain temps, la vue est bientôt fatiguée, et l'intensité de la couleur s'affaiblit ; dirigeant alors les yeux sur un carton blanc ou sur le plafond, on aperçoit une image de l'objet, mais d'une couleur complémentaire, c'est-à-dire qui formerait du blanc si elle était réunie à celle de l'objet. Pour un objet rouge, l'image est verte, et réciproquement.
2* L'état mental. « Si, les yeux fermés, nous tenons l'image d'une couleur très vive longtemps fixée devant l'esprit, et qu'après cela, ouvrant brusquement les yeux, nous les portions sur une surface blanche, nous y verrons, durant un instant très court, l'image contemplée en imagination, mais avec la couleur complémentaire; le sujet arrive donc à se représenter l'idée du rouge d'une manière assez intense pour voir, au bout de quelques minutes, une tache verte sur une feuille de papier (1) >.
Il faut, pour que cette expérience ait un sens, que la couleur rouge soit vue réellement par Tesprit, sans quoi la couleur complémentaire ne
(1) Binet et Ferré, le Magnétisme animal, p. 139.
paraîtrait pas, puisque l'opérateur n'est pas hypnotisé. Il est indispensable que l'œil soit impressionné comme il Test normalement, pour donner la couleur complémentaire; si ce n'est pas l'œil, c'est un point correspondant des centres nerveux.Cet effort pour créer le rouge aboutit certainement à une action positive, puisqu'elle se traduit objectivement par la tache verte sur le papier.
3*^ Suggestion. On prie la malade en état de somnambulisme de regarder avec attention un carré de papier blanc au milieu duquel on a marqué un point noir, afin d'immobiliser son regard ; en même temps on lui suggère que ce morceau de papier est coloré en rouge ou en vert, etc. Au bout d'un instant on lui présente un second carré de papier qui présente aussi, au centre, un point noir; il suffit d'attirer l'attention de la malade sur ce point pour que, spontanément, elle s'écrie que ce point est entouré d'un carré coloré; et la couleur qu'elle indique est la complémentaire de celle qu'on a fait paraître par suggestion.
Dans ce cas encore, nous disons qu'il y a production réelle de la couleur, soit devant les yeux de l'hypnotisée, soit dans les centres cervicaux qui y correspondent, car elle ignore absolument la théorie des couleurs complémentaires. Si celle-ci se trouve vérifiée, et elle Test, c'est que la couleur suggérée existe réellement, soit extérieurement au sujet, soit intérieurement si on veut. Une idée abstraite ne peut pas impressionner les centres visuels et produire sur eux l'impression de la réalité; il y a donc eu création tluidique d'une couleur