‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 1 sur 170 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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Le dessein coiivu de soumettre la théorie de Spinoza à la vérification expérimentale m'a engagé dans nne entreprise dont j'étais loin de soupçonner la longueur el les difficultés. Démontrer à l'aide des faits scientifiques modernes l'unité de substance, tel était le but. Déjà la première partie, consacrée à Tunité de la "vie chez les animaux et les végétaux, avait pris une grande extension; ce fut bien pis quand j'arrivai à la deuxième : L'âme est la fonction du cerveau. Le développement fut tel que, de simple fraction d'un livre, cette partie est devenue livre elle-même. Si j'entretiens le public de ces petits détails, c'est que, détachée du rang qu'elle occupait dans l'œuvre primitive, la thèse y perd un précieux avantage. Préparé par V unité de la vie chez les animaux et les végétaux à regarder 1. 1

l'homme, non plus comme un dieu tombé qui se souvient des cieux, mais comme un simple anneau dans la chaîne des êtres, le lecteur se trouvait dans une excellente disposition pour comprendre que, chez l'homme, le cerveau est un organe parmi les autres organes corporels, et que l'àme est sa fonction. Malgré le préjudice causé par cette distraction de la place première, les preuves accumulées sont assez nombreuses et puissantes, je l'espère, pour l'aire triompher la vérité et entraîner la conviction dans les esprits.

Dans un problème où l'àme est donnée comme étant la fonction du cerveau, il est clair que le fond est essentiellement physiologique; mais il existe aussi un côté psychologique, celui qui concerne particulièrement la manifestation propre de la fonction psychique, sans que toutefois cette psychologie puisse être isolée du fond physiologique ; elle n'en est qu'une floraison caractéristi(jue.

Enfin le cerveau ci rànie, sous quelque point de vue (ju'ils soient considérés, ])hysiologique ou psychologique, sont toujours étudiés, soit dans les conditions de l'élat sain, soit dans les conditions de l'état morbide. ^

Voici (|Uelle est la distribution de l'ouvrage :

l'IlEFAi.K 3

En proniKM' litMi, viont rétude [)liysiol()^if|ue (lu (HM'vcaii cl (le l'àiiH' clioz riioinmc adiillo :

V Ktudr pinisioluyîqiir à Fclat mui; résultat : Les coiuUtious vitales du cerveau et de sa fonction sont les mêmes (jue celles des autres organes et de leurs t'onclions.

2'' Etuilc p/n/s}()lofji(ji(r à Vétat morbide; résultat double :

i" L'àme est la fonction du cerveau ; 2° L'àme est une résultante.

En second lieu, vient l'élude psychologique, embrassant également l'état sain et l'état morbide :

1° Elude p^ijcholo(j'fque de Pàine ; résultat : La condition fondamentale de la fonction psychique est une modification de la cellule nerveuse;

2° Etude psychologique du Moi; r<'sultat : L unité du Moi est une résultante.

En troisième lieu, l'élude du cerveau et de l'àme s'étend de l'homme à l'ensemble du règne animal, soit au point de vue physiologique, soit au point de vue psychologique.

1" Etude phijsiolof/ique chez les animaux et chez riiommc; résultat : Dans la série animale

entière, le progrès du cerveau est suivi du progrès de l'àme.

2' Etude psycJiologique chez les animaux et citez riionmie; résultat : L'àme de l'homme est de la même nature que Tàme des animaux; elle n'en ditîère (jue par le degré.

Reste une quatrième étude, complément des trois premières, à savoir, l'évolution intra-utérine de l'homme et des mammifères, ainsi que la genèse du cerveau et de sa fonction.

i° Évolution embryogénique de l'homme et des mammifères; résultat : Au début, l'embryon humain est identique à l'embryon de tous les vertébrés ; en évoluant, il se distingue successivement de chacun d'eux d'autant plus tard que l'homme adulte se rapproche de tel ou tel mammifère; ce n'est que vers le moment de la naissance qu'il se sépare nettement du singe anthropoïde.

2° Évolution embryogénique du cerveau et de sa fonction; résultat : Dans son évolution et dans l'entrée en exercice de sa fonction, ie cerveau suit les mêmes lois que les .autres organes corporels.

Parvenue à ce point, l'élude est complète et la démonstration achevée; rependant j'ai ajoute

U'ois cliapiti'os tlosliurs à rét'iiter cerlaiiis arguiiunuMils (II* riiy])othèse s])ii'itiialiste ainsi qiLà mettre en relief les contradictions insolubles auxquelles cette hypothèse est condamnée. Voici ces chapitres :

1° Entre certaines sécrétions cor[)orelles, la différence est plus grande qu'entre Tàme et le magnétisme.

2° L'Ame et le cerveau font un Tout naturel.

3° Les problèmes métaphysiques ou physiques et les deux hypothèses sur Fàme.

Enfin, dans un dernier chapitre, après avoir rappelé en quoi consiste l'hypothèse scientifique et les deux conditions qu'elle doit remplir, je compare chacune des deux hypothèses sur l'àme au type scientifique ; des résultats acquis se déduit une conclusion qui me semble irréfragable.

Dans ce long travail, la méthode que j'ai suivie est la méthode baconienne alliée au doute cartésien, celle que Claude Bernard a, d'une main si ferme, agrandie et perfectionnée dans son admirable Introduction à la Médecine expérimentale. Pour qu'il ne restât aucun nuage dans l'esprit du lecteur; pour que celui-ci ejit sous les yeux à la fois la méthode adoptée et l'application que j'en ai faite, j'ai exposé, au début du livre, les conditions auxquelle^s est astreint l'expéri-

mentalenr, l'esprit de la méthode et son principe fondamental, les règles aux(|uelles doit invaria- ])lement èti-e soumise l'expérimentation, enfin les procédés opératoires. Ces conditions ou ces règles, je me suis efforcé de les remplir ou de les appli(juer avec une inflexible rigueur. Tant vaut la méthode, tant vaut le résultat obtenu ; comme je n'ai pas avancé une proposition qui ne s'appuyât sur des faits existants, contrôlés et toujours vérifiables, il s'ensuit que pour infirmer les conclusions auxquelles aboutit cette étude, il faudrait tout d'abord démontrer que la méthode est vicieuse. Or, pour atteindre la vérité, on n'a pas encore trouvé de voie plus prudente et plus sûre que la méthode oçpérimentale ; c'est à elle ([ue le xix'' siècle doit cette merveilleuse expansion scientifique qui fait la joie des savants et des libres-penseurs.

Quant à la forme de l'argumentation, elle a une grande affinité avec celle de la géométrie; d'abord, énonciation du théorème; puis démonstration par des faits; ])as une [)ln'ase sentimentale, pas un seul mot à panache; rien que des faits, des faits réels, puisés aux meilleures sources. Ce pi'océdé a un inconvénient et aussi un

avantage.

L'inconvénient est de rendre la lecture du livre difficile, fastidieuse même; mais, à l'exemple des

traités gt'onu''H'i(|iit's, co. livre n'a |)as pour Init lie charnier les oreilles par la musique de périodes éléganunenl cadencées; ce qu'il veut, c'est instruire et convaincre.

L'avantage est de donnera l'exposition la plus grande clarté; il est facile de suivre renchainement des preuves, d'en coni[)rendre la signification ou deu saisir la force; on peut aussi aisément discerner la solution de continuité dans la trame des faits ou mettre le doigt sur le vice du raisonnement, s'il y a vice ou solution de continuité. Ce procédé, qui consiste à se livrer tout entier, est assurément dépourvu d'habileté; on accordera du moins qu'il témoigne d'un esprit sincère, peu soucieux de se concilier des adhésions qui seraient de mauvais aloi. Au demeurant, par cela même qu'il tient ses lecteurs comme capables d'entendre toute la vérité, rien que la vérité, l'écrivain marque à leur égard plus de respect que s'il essayait de leur dérober, sous les artifices du style, l'inanité de sa thèse ou la faiblesse de sa démonstration.

Bibliographie.

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Nota. — D'ordinaire, je renvoie à la page en marquant simplement le chiffre; le mot y^ape est omis;

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