TiRATiOLET. Annfomie du système nerveux, tome II
En 1861, Paul Brooa précisa davantage; il observa que tous les aphasiques présentaient une lésion de la partie postérieure de la 3° circonvolution frontale de riiémisphère gauche ; et pour mieux préciser encore, dans le pli sourciller .
Cette localisation de Broca a été un champ où les physiologistes se sont livré, à coups de faits prétendus contradictoires, une bataille acliarnée. Aujourd'hui la lutte a pris fin; on peut établir d'une manière nette :
1° La valeur fonctionnelle du pli sourcilier gauche;
20 La difficulté non encore résolue que cette localisation soulève.
A. Le premier terrain du débat était celui-ci : Toutes les fois qu'il y sf aphasie, faut-il en conclure qu'il y a toujours et invariablement lésion du pli sourcilier ide la 3° frontale gauche? On n'a pas eu de peine à réunir un grand nombre de faits prouvant que des aphasiques n'avaient aucune lésion du pli sourcilier [gauche. C'est qu'en effet, la perte de la parole n'est pas due à une cause unique.
l®"" Cas. — La perte de la parole peut provenir de la perte des centres perceptifs de l'ouïe et de la vue (à la suite de lésions, d'aliénation mentale, d'idiotie, d'alcoolisme).
En effet, le cerveau ayant perdu ses deux magasins •de mots et d'idées ainsi que les associations que foriment entre eux les mots et les idées, est dans l'impuisisance absolue d'exprimer quelque pensée. Lerpli sourciller gauche a beau être intact et apte à fonctionner, l'aphasie est complète; le mécanisme du langage est
aussi immobile que la roue cVun moulin au-dessous d'un réservoir à sec.
Dans ce cas, l'aphasie complète est toujours accompagnée d'un trouble complet de T intelligence,
2° Cas. — S'il n'y a qu'un centre perceptif, vue ou ouïe, qui soit atteint; ou s'il n'y a qu'une lésion partielle del'un et de l'autre, en supposanttoujours que le pli sourciller gauche est intact, alors l'aphasie sera partielle; le malade aphasique pourra prononcer certains mots, certaines phrases, etc.
Dans ce cas, l'aphasie partielle est toujours accompagnée d'wn trouble partiel de l'intelligence.
3^ Cas. — Si les centres perceptifs de l'ouïe et de la vue sont intacts, et que le pli sourciller gauche soit seul lésé, il y a aphasie complète ou partielle, selon le degré de la lésion. En effet, le cerveau a beau avoir des mots et des idées à son service, le mécanisme moteur, seul capable d'émettre à l'extérieur ces mots et ces idées, lui fait défaut par suite de détérioration.
Dans ce cas, l'aphasie, complète ou partielle, est toujours accompagnée d'wwe intelligence saine ^.
On voit par là que l'origine de l'aphasie est nettement caractérisée par le trouble ou l'intégî'ité de l'intelligence. Aussi a-t-on pu formuler une loi de l'aphasie. Rappelons d'abord :
1. L'aphasie peut être aussi produite par une lésion de la substance blanche immédiatement sous-jacente à la 3« frontale gauche et interposée entre cette circonvolution et le corps strié (Bastian, II, 267). Dans ce cas, c'est la rupture de la communication entre le pli sourciller et l'appareil vocal qui cause l'aphasie. Cela ne modifie en rien les conclusions ci-dessus énoncées.
1° Quo lo ooiilroi)orccptif <le la vue rst sitiK' au lobe du pli courbe ;
2" Que le centre perceptif de l'ouïe est situé à la moitié supérieure de la circonvolution temporale supérieure;
3° Que le centre purement moteur de la parole est situé au pli sourcilier de la troisième frontale de Thé- , misphère gauche;
Ces détails topographiques rappelés, on comprendra aisément la formule suivante :
Loi de l aphasie. — La tendance au désordre mental et le degré de ce désordre augmenteront à mesure que les lésions de Thémisphère gauche s'éloigneront de la 3® frontale pour s'approcher du lobe occipital ^
B. Le pli sourciller de la 3^ circonvolution frontale gauche est le centre moteur du langage articulé. « Toutes les observations contradictoires à la doctrine de Broca, a dit M. Charcot en 1876, pèchent, soit par le côté clinique, soit par le côté anatomique^. » Cette localisation est donc un fait acquis à la science. Mais même définie comme elle vient de l'être, il n'en est pas moins vrai qu'elle soulève une grave difficulté :
Objection. — Pourquoi le centre moteur du langage articulé est-il localisé dans le pli sourciller gauche exclusivement, et nan pas dans les deux plis sourciliers? Gela est contraire à la loi jusqu'alors admise que les deux hémisphères ont symétriquement les mêmes fonctions et se suppléent mutuellement.
1, Bastian, II, 275.
2, Chakcot, Revue scientifique i U novembre 1876, page 46o.
Réponse. — Il est incontestable que le fait d'une localisation unilatérale est en contradiction avec la doctrine de Tidentité symétrique des fonctions dans les deux hémisphères. Mais en attendant que les travaux futurs viennent répandre la lumière sur ce point obscur, il est opportun de se rappeler le principe méthodique de Claude Bernard : Il n'y a pas de faits contradictoires, il n'y a que des conditions déterminantes différentes. Quelque nombreux qu'ils soient, les faits négatifs ne détruisent jamais un fait positif; ils doivent être mis à l'écart jusqu'à ce qu'ils soient déterminés *.
Pour ce qui concerne l'aphasie, c'est un fait aujourd'hui solidement établi que la lésion du pli sourciller de la 3° frontale gauche entraîne la perte du langage articulé ; on ne peut pas rejeter un fait parce qu'il est en désaccord avec une doctrine. Il faut, comme le recommande G. Bernard, conserver le fait et en remettre l'explication aux recherches ultérieures.
Toutefois, pour aider à la solution du problème, on peut apporter les faits suivants :
P « Malgré les apparences extérieures qui font croire
1. Voir page "77, les deux exemple remarquables qu'a donnés Claude Bernard de la justesse de ce principe. — « Introduction à la médecine expé^nmentale, 287. Quand le fait qu'on rencontre est en opposition avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie, lors même que celle-ci, soutenue par de grands noms , est généralement adoptée. » Déjà, à la page 68, Cl. Bernard avait dit : « Il faut accepter les résultats de l'expérience tels qu'ils se présentent, avec tout leur imprévu et leurs accidents. » Il faut effacer son opinion aussi bien que celle des autres devant les décisions de l'expérience. La méthode expérimentale ne reconnaît d'autre autorité que celle des faits. » (Page 71.)
que les hémisphères cérébraux sont construits sur le même plan et qu'ils se ressemblent comme tous les organes pairs, les reins, les yeux, les oreilles, etc., rien n'est moins réel; car l'étude anatomique montre :
1° Qu'ils sont asymétriques :
L'hémisphère gauche renfermerait souvent une circonvolution pariétale supplémentaire.
Les plis de l'hémisphère gauche n'ont pas les mômes inflexions que les plis de l'hémisphère droit.
2° Qu'ils sont la plupart du temps inégaux en poids; la masse de la substance nerveuse qui les constitue est donc inégale* ».
Les pesées faites en France par Broca, Luys; k l'étranger par Boyd (3147 cerveaux), Bastian, etc., indiquent que l'hémisphère gauche pèse un peu plus (5 à 8 grammes), que l'hémisphère droit. La substance grise notamment l'emporte en poids (Broca et Bastian ^).
IP Gratiolet, après les observations les plus consciencieuses, a remarqué que déjà dans le sein de la mère, le développement de l'hémisphère gauche de l'enfant se fait plus rapidement que celui de l'hémisphère droit.
Cette prédominance de l'hémisphère gauche peut s'expliquer par l'accroissement dû à l'exercice, puis fixé par l'hérédité et transmis aux descendants. On sait en effet, que la plupart des hommes sont droitiers. Gomme le mouvement de la main droite et de la partie