Bastian, t. II
2. Les centres seraient déterminés par la prédominance de el ou tel genre de cellules; par exemple, les cellules pyramiales géantes étant considérées comme les cellules motrices, Dut centre renfermant une grande pluralité de cellules géantes ^rait un centre moteur. Ce qui revient à dire que la propriété DDCtionnelle appartient au genre de la cellule.
D'autre part, comme il n'est pas de région dite inexcitable ans l'écorce cérébrale qui soit entièrement dénuée de celluis géantes; comme il n'est pas également de région dite exiable ou motrice qui ne renferme les autres genres de cellules lyramidales, fusiformes), de lanévroglie et des fibres nerveujs, il résulte de là que si la fonction motrice, par exemple, est rédominante dans un centre à cause de la prédominance des îUules géantes, ce même centre n'est pas pour cela entièreent étranger aux opérations de l'ordre intellectuel et moral. Enfin, cette participation des centres d'un certain ordre aux notions prédominantes des centres d'un autre ordre démon- 8 que tous les centres du cerveau sont à la fois autonomes ir la prédominance de tel genre de cellules, et solidaires par 3 cellules des autres genres que tous possèdent communélent. Les liens qui unissent les centres l'un à l'autre seront us ou moins étroits, selon la quantité plus ou moins grande ; cellules communes qu'ils possèdent respectivement.
2ot) L'AME EST LA FONCTION DU CERVEAU
l'intérêt que présente aux physiologistes la solutio (le ce problème, il suffit pour la tlièse philosophique (pi'il y ait àQ^ centres perceptifs, limités ou diffus, dis tinctstopographiquement ou entremêlés, peu importe
Les déterminations faites par Ferrier demandent assurément à être corroborées par d'autres observa tions et d'autres expériences; en pareille matière oc ne saurait être trop circonspect; mais le discernemenl et l'habileté avec lesquels, le physiologiste anglais i fait ses expériences leur donnent une haute valeur.
Les expériences concernant les centres perceptif! ont été faites, comme Tavaient été les expériences con cernant les centres moteurs, sur l'animalle plus voisir de l'homme, c'est-à-dire le singe.
P Centre perceptif de la vue. — Ferrier a loca Usé le centre perceptif de la vue dans la circonvolution et le lobule du pli courbe.
A. La destruction de ce centre sur un seul hémi sphère amène la cécité de l'œil opposé pendant un jou ou deux; puis l'animal recouvre l'usage de son œil.
B. La destruction du centre sur les deux hémi sphères entraîne la Ci'cité définitive, l'animal devien aveugle des deux yeux; il ne recouvre plus la vue.
11° Centre perceptif de l'ouïe. — Ferrier a loca Usé le centre perceptif de l'ouïe dans la moitié supe rieure de la circonvolution temporale supérieure.
A. Après la destruction de ce centre sur un seul lu misphère, l'animal perdait temporairement la facul! d'entendre d'une oreille.
B. La «lestruction du cenlie sur les deux hénii»
LA PATHOLOGIE CÉRÉBRALE ET L'AME 2o7
)hôres à la foi.-^ entraînait la ^nnlili' (olalo ot définitivo les deux oreilles.
Dans ses expériences, Ferrier plaçait à côté dn inge lésé un autre singe intact, qui servait de terme le comparaison. En produisant 'les bruits de nature 't d'intensité différentes, il pouvait, d'après l'attitude ;t les tressaillements du singe intact, estimer le degré le surdité qui avait atteint le singe lésé; celui-ci faillit à peine quelques mouvements ou restait impaslible.
IIP Centres perceptifs de l'odorat et du goût. — Le centre du goût et celui de Todorat seraient con- '.igus : ils se trouveraient dans la partie inférieure de a circonvolution temporale moyenne.
IV° Centre perceptif du toucher. — Le centre de a sensibilité tactile serait le grand hippocampe et la '•orne d'Ammon.
Au point de vue de la production de la pensée, les lieux centres les plus importants sont le centre visuel |;t le centre auditif. C'est d'eux que dépend la mémoire ijes sens, celle des images (idées), des relations et des 'mouvements des objets extérieurs; c'est à ces deux bentres que se rattachent la parole et l'écriture, î'est-à-dire le langage parlé et le langage écrit ; c'est a mémoire des mots parlés emmagasinés dans le jentre auditif, et celle des mots écrits emmagasinés dans le centre visuel, qui seules rendent possibles nos opérations intellectuelles. Il est évident que la destruc- Ition des centres auditifs et visuels amènerait l'impos- ]?ibilité déparier et d'écrire. Bien plus! serait-il même
2o8 L'AME EST LA FONCTION DU CERVEAU
possible de penser? « Les actes les plus élevés de l'in^ telligence, dit Gratiolet, sont à tel point liés à la faculté du langage que les anciens philosophes appelaient les animaux muets. En effet, la pensée humaine est un langage intérieur; il est donc fort difficile de se faire indépendamment de cette faculté supérieure uno idée de Tintelligençe ^ »
Si les animaux pensaient, disait Descartes, s'ils avaient une âme, ils parleraient; or, ils ne parlent pas, donc ils ne pensent pas, donc ils n'ont pas d'âme.
La parole est la pensée extérieure, de même que la pensée est une parole intérieure; c'est ce double aspect qu'exprime le Xoyoç des Grecs.
L'indissoluble liaison de la pensée et du langage parlé ou écrit, donne une importance extrême au problème suivant : La faculté du langage articulé est-elle la propriété indivisible du cerveau tout entier, ou bien a-t-elle un centre qui lui soit propre?
V° Centre MOTEUR DU LANGAGE ARTICULÉ. — En 1825, Bouillaud avait remarqué que le cerveau des malades \ privés de la parole présentait, à l'autopsie, des lésions des lobes antérieurs.
En 1836, Dax, médecin à Montpellier, fit remarquer que l'aphasie (impossibilité d'exprimer sa pensée par des paroles) coïncidait presque toujours avec une hémiplégie du côté droit. Il se crut autorisé à dire que la faculté du langage siège dans le lobe antérieur de l'hémisphère gauche.