‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 123 sur 170 · Bastian, tome II. 2Ct · texte numérisé non relu

Bastian, tome II. 2Ct

A l'âge de près de cinq ans, l'enfant n'avait point dit un seul mot ; vers cette époque, deux médecins éminents furent consultés sur sa mutité. Moins d'un an après, à ce que raconte sa mère, un accident étant arrivé à un de ses jouets favoris, il s'écria soudainement : « Quel dommage! », bien qu'il n'eût jamais auparavant prononcé un seul mot. Les mêmes mots ne purent point être répétés, ni d'autres prononcés, malgré toutes les sollicitations, pendant plus de deux semaines. Mais après cela, l'enfant fit des progrès rapides et devint bientôt très babillard. Lorsque je le vis, il parlait d'une façon normale, sans le moindre signe d'embarras ^ .

Ce cas est certainement l'un des plus intéressants et des plus instructifs que l'on ait. Les convulsions des deux premières années avaient temporairement paralysé le centre moteur de la parole. Cependant, malgré cette mutité initiale, les centres perceptifs de la vue et de l'ouïe avaient normalement fonctionné : ils avaient em^egistré les mots et les idées, si bien que le jour où le centre moteur de la parole se délia, ni les mots ni les idées ne firent défaut à l'enfant. Ce fait prouve à la fois l'indépendance des centres perceptifs et celle du centre moteur du langage articulé. 11 prouve encore que la 3® frontale gauche n'est que le chemin de sortie de la parole volontaire.

1. BAsriA.N, t. II, :21o. En note, le docteur Bastian ajoute qu'une épreuve de la feuille d'impression contenant ce récit a été soumise au père de l'enfant. A la demande s'il n'y avait rien à changer à l'exposé ci-dessus, le père a répondu, le 9 janvier 1880 : (i Ce que vous dites de mon petit A... est parfaitement exact. »

Les mots écrits et les mots parlés qui avaient pénétré dans le cerveau de l'enfant durant cinq années par l'intermédiaire des yeux et des oreilles, s'étaient enregistrés et avaient formé leurs associations dans les centres perceptifs de la vue et de l'ouïe, sans que le centre moteur du langage articulé, alors paralysé, n'y eût pour rien contribué.

De deux à cinq ans, les convulsions ayant cessé, l'état maladif du centre moteur s'était progressivement amélioré, si bien qu'une vive émotion suffit pour amener à fonctionner ce centre, encore qu'un peu rouillé. Comme le dit avec justesse le docteur Bastian, un stimulus émotionnel est beaucoup plus fort qu'un stimulus volitionnel; sa tension est plus considérable, de sorte qu'il peut frayer sa route le long de conducteurs, et contre une résistance que le stimulus volitionnel, seul, a été incapable de surmonter.

L'efTort accompli par l'enfant a exigé deux semaines de repos: puis l'exercice a rendu à la fonction du langage articulé son activité normale ^

Ce cas précieux donne l'explication du fait raconté par Hérodote : «Glio, 85. Crésus avait un fils heureusement doué, mais muet. A la prise de Sardes, un Perse fut sur le point de tuer Crésus qu'il ne connaissait pas. A l'aspect menaçant du Perse, le fils, ce muet, sous l'impression de la crainte et de la douleur, fit éclater sa voix, en s'écriant : 0 homme, ne tue pas Crésus! Telles furent les premières paroles qu'il pro-

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