‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 124 sur 170 · Bastian, tome llj 2lB · texte numérisé non relu

Bastian, tome llj 2lB

LA PATHOLOGIK CÉRÉ-BRALE ET L^AME 27o

nonça, et depuis il parla jusqu'à la fin de sa vie. » Trousseau rapporte plusieurs cas dans lesquels l'aphasie ne dura que quelques jours ou peut-être quelques heures ; ces cas sont dus à l'existence de quelque congestion cérébrale temporaire, survenant parfois sans cause apparente, et d'autres fois comme suite de quelque forte excitation, jointe à des ennuis ou à un excès de travail. « Ces cas ne sont point rares, ajoute Bastian; deux ou trois d'entre eux sont aussi venus à ma connaissance ^ »

Examen critique.' — Gomment les perceptions se gravent-elles dans les centres nerveux? jusqu'à présent on l'ignore. Tant que la science n'aura pas soulevé un coin du voile, cette inscription aioparaîlra douée d'un caractère mystérieux qui semble la rendre inaccessible aux recherches du génie Lumain. Mais si jamais la physiologie parvient à arracher ce secret à la nature, il en sera de la mécanique cérébrale ce qu'il en a été d'autres faits non moins merveilleux, tels que la photographie et l'analyse spectrale. Qui eût dit à nos grands-pères que la lumière était à la fois le plus accompli des dessinateurs et un analyseur incomparable, celui-là eût excité le rire et les huées. S'il eût montré les plaques enduites de sel métallique où les microscopes les plus puissants ne peuvent rien découvrir, et qu'il eût dit : Il y a là, sur cette plaque, tout un paysage, luute une série de portraits, » nos grands-pères l'eus-

1. BastiaN, 247. — On trouvera plus loin, chap. V, trois cas (l'aptiasie recueillis par le docleur lîouillaud, celui du charretier Picarda, entre autres.

sent regardé comme un halluciné. Si, le spectroscope à la main, il eût dit : « le soleil est à 37 millions de lieues, j'en ai fait l'analyse chimique, et j'ai trouvé qu'il renfermait, entre autres métaux composants, du sodium, de l'hydrogène et du magnésium. L'étoile Aldébaran est à des milliards de lieues; j'en ai fait l'analyse chimique, et j'ai reconnu que, ainsi que le soleil, elle contient du sodium, de l'hydrogène et du magnésium », assurément, en entendant un tel langage, nos grands-pères eussent saisi notre homme et l'eussent enfermé à Gharenton. Et cependant, aujourd'hui, nous sommes tellement habitués aux travaux photographiques et aux études d'analyse spectrale que ces deux découvertes nous apparaissent comme choses tout à fait naturelles, absolument dénuées de caractère merveilleux. « L'accoutumance, enfin, nous rend tout familier, » a dit avec raison La Fontaine. Il en sera de même pour le mode d'inscription des perceptions dans Je cerveau, si jamais la science parvient aie surprendre. En définitive, ce mode, quel qu'il puisse être, ne l'emportera pas en magie sur la photographie, ni sur l'analyse spectrale, ni sur le télégraphe électrique, ni sur le téléphone, ni sur le radiophone.

On ignore le mode de localisation, cela est certain; mais il n'en reste pas moins acquis que les perceptions sont localisées. Comment, en efiet, interpréter :

1" La perte exclusive de la mémoire des figures, si les images des figures ne sont pas localisées dans quelques cellules nerveuses, dont la fonction a été troublée ou abolie par une cause morbide quelconque?

LA l'ATHOLOÛlE CÉRÉDllALB KT L'AME 277

2" La perle d'iine langue étrangère, si celte langue n'est pas localisée dans un groupe de cellules?

3° La perte des substantifs, des noms propres, si les perceptions auditives et visuelles des substantifs et des noms propres ne sont pas localisées dans certaines cellules?

4" La perte de deux, nombres, d'une- seule lettre, avec conservation des autres nombres et des autres lettres, si chaque nombre, chaque lettre n'est pas enregistrée dans quelque cellule particulière?

Et ainsi de suite pour tous les cas d'oublis partiels ou singuliers.

Il est donc évident, au-dessus de toute négation et . de toute contestation que, non seulement il y a des centres perceptifs généraux, mais que ces centres se subdivisent en centres partiels, en centrées singuliers. Cette conclusion-là n'est pas une vue hypothétique de l'esprit, elle n'est que la formule abrégée, embrassant sous une expression générale, la multitude des faits pathologiques.

IV" — TRÉl'ANATlON FONDÉE SUR LA CONNAISSANCE DES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES.

En éclairant le diagnostic des médecins, la connaissance des localisations cérébrales contribue aux progrès de l'art de guérir. C'est, fondée sur elle, (pie la trépanation a déjà pu être appliquée de Ja manière la plus heureuse dans certains cas où le malade semblait voué à une mort certaine. Les exemples suivants

sont particulièrement intéressants au point de vue philosophique ; ils apportent un surcroit de preuves à la théorie de Tâme fonction du cerveau.

l^'" Cas. — Un jeune homme, âgé de 19 ans, entre le 24 octobre 1876, à l'hôpital Saint-Antoine, dans le service du docteur Proust; il avait reçu un coup de sabre-baïonnette dans la région pariétale gauche : Hébétude, un peu d'aphasie, hémiplégie faciale, paralysie incomplète du bras droit.

« Considérant que la paralysie était localisée au bras droit, du côté opposé au siège de la^ blessure, et que les phénomènes ne s'étaient manifestés que onze Jours après, le docteur Proust supposa une compression ou une irritation résultant d'un travail inflammatoire secondaire provoqué par un enfoncement du crâne. La trépanation fut décidée; le docteur Terrillonla pratiqua. le27octobre. Une amélioration évidente ^presque instantanée^ fut constatée ; l'hémiplégie faciale est peu modifiée, mais la paralysie du bras est beaucoup moins intense ; le malade trouve ses mots facilement; il peut même compter depuis 90 jusqu'à 97 ; l'hébétude a presque complètement disparu ; l'amélioration continue tous les jours; le malade est guéri, le 25 novembre ^ »

2*^ Cas. — Berchon, âgé de 18 ans, entre à l'hôpital de Mascara (Algérie) le 18 juillet 1875; il avait une plaie du crâne provenant d'un coup de feu reçu quatorze jours auparavant. « L'état du blcfrsé présente les

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