Forbes Winslow, dans Ribot
dans une stupeur complète qui dura quatre heures. Quand elle rouvrit les yeux, elle ne reconnaissait plu^ personne; elle était privée de Touïe, de la parole, du goût et de l'odorat ; il ne lui restait que la vue et le toucher, qui était d'une sensibilité extrême. Ignorante de toutes choses, incapable par elle-même de'remuer, elle ressemblait à un animal privé de cerveau. Elle avait bon appétit; mais il fallait la nourrir; et elle mangeait tout indifféremment, avalant d'une manière purement automatique. On lui apprit à travailler comme à un enfant, et comme un enfant elle commença à enregistrer quelques idées et à acquérir quelque expérience. Les idées qui s'éveillèrent les premières étaient liées à deux sujets qui avaient fait sur elle une profonde impression : sa chute dans la rivière, et un amour qu'elle avait pour un jeune homme ami de la famille. La vue d'une rivière ou même une simple peii.tnre représentant un cours d'eau lui donnaient une attc^ ïue de catalepsie. Au contraire, lorsque le jeune homme qu'elle aimait était auprès d'elle, l'amélioration physique et le retour des facultés intellectuelles ainsi que de la mémoire étaient visibles. La manière dont elle recouvra sa mémoire est extrêmement remarquable. La santé et la force paraissaient complètement revenues; son vocabulaire s'étendait, sa capacité mentale augmentait, lorsqu'elle apprit que le jeune homme qu'elle aimait courtisait une autre femme. Cette idée excita sa jalousie si bien qu'un jour elle tomba dans un état d'insensibilité semblable, par l.i durée et l'intensité, à la première attaque. Ce fut son
retour à la santé. Elle sortit de sa torpeur comme si elle se réveillait d'un long sommeil de douze mois. Elle était en pleine possession de ses facultés naturelles et de ses connaissances antérieures; mais elle n'avait pas le moindre souvenir de ce qui s'était passé pendant l'intervalle d'une année, depuis sa première attaque jusqu'à son retour à la santé *.
La perte des connaissances acquises et de toute mémoire s'explique par un engourdissemeut à peu près entier des cellules de la substance corticale ; la perte de l'ouïe, de la parole, du goût et de l'odorat, par la paralysie des centres nerveux correspondants ; le centre optique est resté indemne. Quant à la persistance du toucher, elle s'explique parla protubérance, le bulbe et la moelle épinière restés intacts.
Les attaques cataleptiques causées par la vue de l'eau * s'expliquent par la profonde modification que produisit l'accès de frayeur sur les cellules nerveuses, lorsque la jeune femme tomba dans la rivière.
La modification non moins énergique, mais bienfaisante, qu'avait imprimée aux cellules de la jeune femme son amour pour un jeune homme explique i l'impulsion revivifiante que produisait la présence du bien-aimé.
Enfin, la crise dernière n'a fait que hâter une guérison que les progrès constants de la santé physique et intellectuelle eussent amenée sûrement, mais à une époque plus éloignée.
1 Diinn. (Lan? Rihot, 00.
I\° — DANS LES CAS d' AMNÉSIE PARTIELLE ET TEMPO- RAIRE, LES FAITS DE LA MÉMOIRE PSYCHIQUE ET LES FAITS RÉCENTS SE PERDENT LES PREMIERS.
Dans les cas d'amnésie temporaire et partielle, on peut noter deux points principaux :
1" Ce qui se perd exclusivement ou en premier lieu, ce sont les connaissances élevées de la mémoire psychique, celles qui sont localisées dans le temps, celles dont nous avons conscience.
Au contraire, ni les habitudes ni l'aptitude à un travail manuel, à coudre, à broder, c'est-à-dire aucune des fonctions de la mémoire organique ; ni la faculté de lire, d'écrire, de parler sa langue ou d'autres lan- .gues, c'est-à-dire aucune des fonctions de la mémoire Id'abord consciente, puis déchue peu à peu, par la répétition, à la simple mémoire organique; en un mot, aucune fonction de la mémoire organique ou semiorganique n'est atteinte; ou si elles le sont, elles le sont en dernier lieu. En outre, en cas- de guérison, ce sont elles qui reviennent les premières.
2° Ce sont les faits les plus récents qui sont oubliés les premiers ; l'oubli ou amnésie, en général, s'étend du présent en arrière sur une période de durée variable.
Au premier abord, ce fait peut surprendre, parce que rien ne paraît plus vif et plus fort que nos soufvenirs récents. En réalité, ce résultat est logique, car •la stabilité d'un souvenir est en raison directe de son
organisation, et le degré d'organisation en raison de la répétition ; ce qui exige un laps de temps. If
M. le docteur Charles Richet cite l'exemple d'un de u ses amis qui, se promenant avec lui sur le bord de la je mer, fit une chute sur la tête. «Pendant une heure il avait oublié tout ce qui précédait immédiatement sa chute, ne sachant pas pourquoi il était avec moi au bord de la mer, au lieu d'être à Paris. Il avait pour un temps, complètement oublié les dernières vingt-quatre heures de son existence, et ne pouvait se souvenir que de ce qui était le plus ancien. Les médecins et les chirurgiens ont souvent l'occasion d'observer des faits ^ semblables. La mémoire des choses récentes est biemi plus fragile, bien moins résistante que la mémoire deschoses très vieilles *. »
IVo — DISSOLUTION DE LA MÉMOIRE
T° — LA DISSOLUTION PROGRESSIVE DE LA MÉMOIRE A POUR CAUSE UNE LÉSION DU CERVEAU A MARCHE ENVAHIS- SANTE
Lorsqu'une lésion, telle qu'en produisent une hémorragie, une apoplexie, un ramollissement, une para*!lysie ou l'atrophie des vieillards, envahit progressivement le cerveau, il se produit une dissolution lente et continue de la Mémoire. Il est rare que l'évolutioDij morbide n'aboutisse pas à l'extinction totale de la