‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 150 sur 170 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pendant de longs siècles la lumière blanche a été considérée comme étant une et simple. Avec le prisme on l'a décomposée en sept couleurs; puis, faisant passer les sept couleurs par une lentille convergente, on a recomposé la lumière blanche. Preuve et contreépreuve, la démonstration est complète. L'unité simple de la Lumière était une illusion ; le moi lumineux est une résultante ^

Pendant de longs siècles, l'eau a été considérée comme une substance une et simple. Après la découverte de l'électricité voltaïque, au commencement du XIX*' siècle, l'eau, placée dans un voltamètre, a été décomposée en hydrogène et en oxygène; puis, recueillant cet hydrogène et cet oxygène dans un tube de verre épais, on a fait jaillir l'étincelle électrique, l'eau a été recomposée. Preuve et contre-épreuve, la dé-

1. Voir à l'Appendice n" 4. La lumière blanche et la sensation du blanc, par Rosenstiehl; Comptes rendus de V Académie des sciences, le 18 décembre 1882.

monstration est complète. L'unité de la substance Eau était une illusion ; le moi de l'eau est une résultante.

Et ainsi d'une multitude d'autres substances.

Il en est du Moi humain ce qu'il en est de l'eau et de la lumière ; son unité simple est une illusion ; le moi humain est une résultante. Ce que le prisme a fait pour la lumière, et l'électricité voltaïque pour l'eau, ce sont les maladies nerveuses et les accidents qui le font pour le moi humain. Les maladies nerveuses font l'analyse du moi; la guérison le recompose. Les maladies font même plus : elles modifient les éléments du moi si profondément que le moi normal se change en un autre moi. La résultante des éléments normaux fait place à la résultante des éléments modifiés.

Quelques exemples empruntés à la chimie aideront à faire comprendre, ^par analogie, comment se produisent les modifications des appareils nerveux et, partant, celles de la résultante, c'est-à-dire du moi humain.

1° Le Phosphore ordinaire a un moi très caractérisé : il est incolore, odorant à l'air, donnant des lueurs dans l'obscurité; il fond à 44° ; il est très vénéneux.

Sous l'action d'une chaleur de 240°, le Phosphore prend un second moi qui est le contraire du i:)remler. En cfiet, ce second moi est coloré en rouge ; il est inodore ; il ne donne pas de lueur dans l'obscurité ; il ne fond pas; il n'est pas vénéneux. Cet état second du Phosphore, les chimistes l'appellent allotropique.

C'est ainsi, par analogie, que certaines maladies,

rhystérie par exemple, transforment le moi humain en moi allotropique, comme on en verra de mémorables exemples ci-après.

2° Le Soufre, à la température ordinaire, cristallise en octaèdres du système rhombique. Sous Faction d'une chaleur de 100" le Soufre octaédrique perd sa transparence, diminue de densité, il se change en soufre prismatique : c'est un second moi, radicalement différent du premier.

Mais si on laisse le Soufre prismatique se refroidir, il augmente peu à peu de densité ; examinés au microscope, les prismes se tranforment en chapelets d'octaèdres du système rhombique. Le second moi, dû à l'action de la chaleur, s'en va avec la chaleur ; le retour à la température ordinaire ramène le premier moi.

C'est ainsi que, par une frappante analogie, le moi ordinaire de l'homme change sous l'action d'une maladie nerveuse et fait place à un autre moi ; puis, avec la décroissance de la maladie et le retour à la santé, le second moi disparaît graduellement, laissant le premier moi reprendre ses fonctions de résultante normale dans un organisme revenu à l'état normal.

3° L'Alcool est la résultante d'une combinaison de carbone, d'hydrogène et d'oxygène (GMPO-). Sous l'action de l'acide sulfurique, l'alcool perd un équivalent d'hydrogène et d'oxygène ; son moi a changé ; l'état second oîi il entre prend le nom de Ether (C' R' 0).

Sous l'action d'un ferment, l'hydrogène dimhiue en quantité, mais l'oxygène s'accroît; le moi de l'alcool

est changé ; l'état second prend le nom de Acide acétitique oxxVimn^YQ {Qi''WO'').

S'il subit l'action d'une chaleur de 600 degrés, l'alcool commence à se dissocier ; si la chaleur s'élève jusqu'au rouge cerise, la dissociation est complète : le moi de l'alcool est radicalement détruit.

C'est ainsi, par analogie, que sous l'action de certaines maladies ou de lésions, le moi humain, ici perd une ou plusieurs facultés, là éprouve l'affaiblissement d'un sens et l'hyperesthésie d'un autre ; enfin, dans le cas d'une paralysie à marche croissante, la dissociation du moi devient complète ; le moi est radicalement détruit.

1^ — CONSTITUTION ÉLÉMENTAIRE DU MOI; ELLE COM- PREND TROIS GROUPES DE FAITS

Soumis à l'analyse psychologique, le Moi présente trois groupes de faits :

1** Le groupe des faits sensibles : il comprend les sensations, les instincts, les sentiments.

2" Le groupe des faits intellectuels : il comprend :

A. Les connaissances venant d'autrui;

B. Les connaissances acquises par soi-même.

3° Le groupe des faits moraux : il comprend tous les faits volontaires.

L'UNITÉ DU MOI EST U N tl RÉSULTANTE ;{61

IP — IMPORTANCE COMPARATIVE DE CHACUN DES ÉLÉ- MENTS AU POINT DE VUE DE l'eSSENCE DU MOI

P Groupe des faits sensibli::s. — Le groupe des faits sensibles est le groupe fondamental. Il est, en effet, le produit immédiat de la structure de Torganisme. Seul élément constituant du Moi lorsque l'enfant vient au jour, il est souvent le seul qui subsiste encore à l'heure de la mort, tandis que, sous le coup des ans ou des maladies, le savoir, l'intelligence et la moralité ont depuis longtemps succombé.

On sait qu'à telle constitution ou, selon le langage usité, à tel tempérament, correspondent certaines dispositions morales. La physiologie a été jusqu'à présent impuissante à déterminer d'une manière précise en quoi réside cette correspondance; mais tout le monde est d'accord pour l'admettre parce qu'elle est un fait d'expérience incontestable *.

« Le tempérament nerveux coïncide avec une irritabilité excessive, des passions mobiles qui se portent facilement jusqu'à l'exaltation ;

Le tempérament lymphatique s'accompagne d'une sorte de paresse intellectuelle, d'une imagination languissante, mais aussi d'un jugement droit et précis;

1. Descartes, Discours sio' la Méthode, VI^ partie : « L'esprit dépend si fort du tempérament fit de la disposition des organes du corps que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le cherclicr. » .

Le tempérament sanguin^ qui a pour caractère la vigueur des formes, a aussi pour caractéristique dans l'ordre moral une imagination brûlante, la franchise et le courage ;

Chez les personnes qui ont le tempérament bilieux, on remarque une disposition à l'hypocondrie, à la tristesse, au suicide même, enfin un caractère irritable, opiniâtre, qu'un rien blesse et irrite ^ >>

Le plus remarquable exemple de l'influence qu'exerce l'organisme sur la nature du moi est peutêtre celui que donne le Sexe. Si le moi de la femme difl'ère d'une manière si notable du moi de l'homme, cela tient à la différence du sexe. C'est un fait vulgaire que la périodicité des fonctions propres à la femme produit sur son moi moral des perturbations parfois extraordinaires ^. La relation de cause à efl'et qui unit l'organisme au moi apparaît ici avec une lumineuse évidence : « A un certain point de vue, dit Vulpian, la psychologie tout entière est du domaine de la physiologie ^. »

IP Groupe des faits intellectuels. — A. Les connaissances venant d'autrui forment la presque totalité du trésor intellectuel du Moi. Sans le riche et précieux héritage légué par le passé, le Moi, réduit aux connaissances qu'il est capable d'acquérir par lui-même, connaîtrait bien peu de chose. 11 est clair que les con-

1. Daoonet, 13. — Voir Cabanis, Rapports du physique et du moral, 0° mémoire.

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