‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 153 sur 170 · lievue scifntififptf' du 15 juillet · texte numérisé non relu

lievue scifntififptf' du 15 juillet

2. L'atTeclion hystérique de M"'" R. L. se manifestait quelquefois sous la forme si connue de somnambulisme, mais le plus souvent sous une forme particulière, ori^itialc. Le docteur Dufuy appelle encore somnambulisme celte seconde forme; il ma semblé que l'expression était impropre; dans la transcription du récit de M. Dufay, je l'ai remplacée par hystérie ou par état Fécond.

lectrice ou de demoiselle de compagnie dans plusieurs familles riches, avec lesquelles elle voyagea beaucoup ; puis enfin elle choisit un état sédentaire et se livra au travail d'aiguille.

1° Description de la première forme de l'accès HYSTÉRIQUE. — M^^^ R. L. voit durant la nuit sa mère en rêve ; sur-le-champ elle veut partir pour son pays. Elle fait ses paquets en grande hâte, « car la voiture l'attend » ; elle court faire ses adieux aux personnes de la maison, non sans verser d'abondantes larmes ; elle s'étonne de les trouver au lit, descend ra.pidement l'escalier et ne s'arrête qu'à la porte de la rue, dont on a soin de cacher la clé, et près de laquelle elle s'affaisse, désolée, résistant longtemps à la personne qui l'engage à remonter se coucher, et se plaignant amèrement « de la tyrannie dont elle est victime.» Elle finit, mais pas toujours, par rentrer dans son lit, le plus souvent sans s'être complètement déshabillée; et c'est ce qui lui indique, au réveil, qu'elle n'a pas dormi tranquille, car elle ne se rappelle rien de ce qui s'est passé durant l'accès.

Réflexion. — Ainsi, le Moi normal ignore complètement les actes du Moi hystérique.

IIo Description de la deuxième forme de l'accès HYSTÉRIQUE. — Il est liuît hcurcs du soir environ ; plusieurs ouvrières travaillent autour d'une table sur laquelle est posée une lampe. M"° R. L. dirige les travaux et y prend elle-même une part active, et non sans causer avec gaîté le plus souvent. Tout à coup un bruit se fait entendre; c'est son front qui vient de

tomber brusquement sur le bout de la table, le buste s'étant ployé en avant : voilà le début de l'accès. Ce coup, qui a eiïrayé Tassistance, ne lui a causé aucune douleur ; elle se redresse au bout de quelques secondes, arrache avec dépit ses lunettes et continue le travail qu'elle avait commencé, n'ayant plus besoin des verres concaves qu'une myopie considérable lui rend nécessaires dans l'état normal; elle se place même de manière à ce que son ouvrage soit le moins exposé à la lampe.

A-t-elle besoin d'enfderson aiguille, elle plonge ses deux mains sous la table, cherchant l'ombre, et réussit en moins d'une seconde à introduire la soie dans le chas; ce qu'elle ne fait qu'avec difficulté et après bien des tentatives, lorsqu'elle est à l'état normal, aidée de ses lunettes et d'une vive lumière.

Lui manque-t-il une étoffe, un ruban, une fleur de telle ou telle nuance, elle se lève, part sans lumière, va chercher dans le magasin, dans le meuble, dans le tiroir où elle sait que l'objet se trouve, le découvre ailleurs s'il n'est pas à sa place, choisit, toujours sans lumière, ce qui lui convient le mieux, assortit la nuance et revient continuer sa besogne sans se tromper jamais et sans qu'aucun accident lui arrive.

Elle cause en travaillant, et une personne qui n'a pas été témoin du commencement de l'accès pourrait ne s'apercevoir de rien si M'^'^ R. L. ne changeait de façon de parler dès qu'elle est dans l'état second. Alors, en effet, elle parle nègre^ remplaçant je par moi, comme les enfants, et usant de la troisième personne

du verbe à la place de la première. « Quand moi est béte « signifie : Quand je suis à l'étal normal.

Il est certain que rintelligence, déjà plus qu'ordinaire dans l'état normal, acquiert pendant l'accès hystérique un développement remarquable, auquel contribue certainement une augmentation considérable ►de la mémoire qui permet à M"^ R. L. de raconter les moindres événements dont elle a eu connaissance à une époque quelconque; que les faits aient eu lieu, soit pendant l'état normal, soit pendant un accès d'hystérie.

Mais de ces souvenirs, tous ceux relatifs aux périodes hystériques se voilent complètement dès que l'accès a cessé; il m'est arrivé souvent d'exciter un étonnement allant jusqu'à la stupéfaction en lui rappelant des faits | entièrement oubliés « de la fille bête », suivant son expression, mais que la fille hystérique m'avait fait connaître.

Reflexion. — Ainsi, le Moi hystérique connaît tous les faits et gestes du Moi normal aussi bien que les siens propres; mais le Moi normal ignore les faits et gestes du Moi hystérique.

Bécit. — Il est certains sujets dont W^° R. L. cause le plus naturellement du monde pendant l'état hystérique et dont elle supplie qu'on ne parle pas ukr autre », parce que : « Moi sais quelle ne veut pas confier cela à vous; elle en serait trop malheureuse. »

Les personnes qui l'entourent ont soin, bien entendu, de lui éviter le chagrin d'avoir commis une indiscrétÎQn ou fait.une confidence qu'elle annonçait elle-même devoir regretter profondément.

M'^° R. L. a parfaitement conscience de la supériorité intellectuelle de Tune de ses personnalités, et de l'acuité remarquable que ses sens acquièrent durant l'étal second. Myope dans l'état normal, elle a une vue merveilleuse pendant l'état hystérique; non seulement elle voit excellemment durant le jour, mais elle voit très bien dans les ténèbres; à l'héméralopie s'ajoute la nyctalopie. L'ouïe acquiert aussi une grande sensibilité; le goût, l'odorat et le toucher ne semblent pas modifiés.

Réflexion. — 11 n'est pas possible d'avoir une preuve plus nette de l'existence de deux Moi dans le même individu.

Non seulement le Moi hystérique de M"*^ R. L. connaît les faits et gestes du Moi normal, mais encore il connaît ses pensées intimes.

Non seulement il a conscience de lui, Moi hystérique, mais il se connaît comme étant radicalement distinct du Moi normal; le Moi normal pour lui est « Vautre », un Moi étranger. Bien plus! il le méprise; ce moi étranger est un Moi « bête ».

Récit. — Il y a pendant l'accès d'hystérie aneslhésie générale du tégument cutané, même pour l'électricité; la sensibilité ne persiste qu'en deux points : à la région latérale moyenne du cou, de chaque côté, et au même niveau dans la gorge, c'est-à-dire sur le trajet de nerfs importants. Le contact sur une de ces régions avec le doigt provoque le retour à l'état normal avec une sensation douloureuse aggravée par le déj^it d'être ra^ menée à Vétat bête. On ne peut atteindre ces poiftts que

par ruse, car M"^ R. L. se défend tant qu'elle peut contre ces attouchements, non seulement à cause de l'ébranlement nerveux qui en résulte, mais parce qu'e//e voudrait rester toujours dans l'état hystérique.

Réflexion. — Ainsi, M^'^ R. L. a tellement la conscience de l'existence distincte des deux Moi ainsi que de la supériorité du Moi accidentel sur le Moi normal qu'elle se chagrine et s'irrite à la seule perspective que le Moi normal remplacera le Moi accidentel.

Fin du Récit. — J'ai pensé, dit le docteur Dufay en 1876, que cette affection hystérique diminuerait à mesure que l'âge avancerait, et qu'elle finirait par disparaître. On m'affirme qu'elle a cessé depuis unç dizaine d'années. »

M^''' R. L. a donc guéri vers sa cinquantième année, c'est-à-dire très probablement à l'âge critique ou ménopause.

i^ésumé. — L'histoire de M^^° R. L. contient les faits suivants :

1° M'^° R. L. a conscience de son identité personnelle^ car elle a conscience de n'avoir, soit à l'état normal, soit à l'état hystérique, qu'un seul et même corps.

2° Elle a conscience d'avoir deux Moi, parfaitement distincts, alternant l'un avec l'autre au sein de l'identité personnelle.

3° Le Moi normal ignore le Moi hystérique, ses actes et ses pensées.

Quoique d'une intelligence au-dessus de la moyenne, il est inféi'icui- au Moi hystérique; il lui est inférieur aussi au |)oinl du vue du foncii'.wuiement des cinq sens.

4° Le Moi hystérique connaît très nettement le Moi normal; il en connaît les actes et même, chose merveilleuse, les pensées intimes.

Le Moi hystérique, au point de vue de l'intelligence et du fonctionnement des cinq sens, est supérieur au Moi normal; il a si bien conscience de sa supériorité qu'il parle du Moi normal avec dédain ; il l'appelle Vautre ou la bête.

o" Lorsque M^'° R. L. voit qu'on veut, au moyen d'attouchements, chasser le Moi hystérique pour qu'il cède sa place au Moi bête, elle s'en afflige et s'en irrite.

Examinons maintenant laquelle des deux hypothèses, spiritualiste ou physiologique, interprétera le plus exactement les faits.

X° DANS l'hypothèse d'uN MOI, SUBSTANCE SPIRITUELLE, UNE ET SIMPLE, LOGÉE DANS LE CERVEAU, LES FAITS CONCERNANT m"*" R. L. SONT INEXPLICABLES ET IN- COMPRÉHENSIBLES.

Si le Moi est une substance spirituelle, une et simple, logée dans le cerveau, les faits qui concernent M"* R. L. sont inexplicables et incompréhensibles.

|o ^iic ^ L a conscience d'avoir deux Moi distincts; ils sont autres et se sentent autres. Or le grand argument de l'École spiritualiste en faveur de l'unité simple du Moi est que le Moi se sent identique à lui-même à travers les phénomènes successifs d'activité.

2^ Lorsqu'on objf'ctaita l'Ecole spiritualiste les mé- I. 23

tamorphoses du Moi sous Faction de l'Alcoolisme aigu ou de l'Aliénation mentale, elle répondait que le moi, substance spirituelle, délirait parce qu'il était opprimé par les perturbations du corps auquel il est uni ; mais qu'une fois la tempête corporelle calmée, le Moi reprenait son intelligence, sa moralité, bref toute sa valeur native.

Il était déjà impossible à TÉcole spiritualiste d'expliquer comment les troubles d'une substance matérielle et étendue pouvaient introduire le délire dans une substance immatérielle et inétendue. Dans le cas de M'^* R. L. c'est bien pis; précisément, en eflet, la perturbation de la substance matérielle et étendue donne à la substance immatérielle et inétendue sa supériorité d'intelligence et de moralité. Souillée par la guenille d'un corps malade, l'âme acquiert une haute aleur; dans un corps sain, elle déchoit; elle déchoit à tel point que le Moi du corps malade traite celui du corps sain de Moi imbécile!

En résumé, dans l'hypothèse d'une âme, substance spirituelle, une et simple, il est impossible de comprendre et d'expliquer :

1" Gomment deux Moi distincts et autres, ayant pleinement conscience qu'ils sont distincts et^autres, peuvent alterner dans un seul et môme cerveau ;

2° Gomment le Moi du corps malade acquiert, par le fait de la maladie même, une supériorité intellectuelle et morale sur le Moi du corps sain;

3° Enfinj comment le Moi hystérique peut connaître les actes et les pensées du Moi normal, tandis que le

Moi normal ne connaît ni les actes ni les pensées du Moi hystérique.

Xl° — DANS l'hVPOTUÈSE d'uN MOI, SIMPLE RÉSULTANTE

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