VI° — ACTION DES POISONS SUR LES ORGANES ET LEURS FONCTIONS
Tous les poisons finissent par amener la mort; c'est là leur caractère propre ; mais si le but atteint est le même, il s'en faut beaucoup qu'il en soit ainsi de la marche suivie; bref, les poisons ont un lieu d'élection. Chaque système d'organes a le sien qui, agissant sur les éléments anatomiques composants, abolit la fonction tout en respectant, à l'origine du moins, les autres organes et leurs fonctions. Par exemple : '
1° Le curare tue les nerfs moteurs; il laisse intacts les nerfs sensitifs et les muscles ;
2° La strychnine abolit la fonction des nerfs sensitifs; elle laisse intacts les nerfs moteurs et le système musculaire ;
3*^ Le sulfocyanure de potassium détruit la contractilité musculaire sans affecter primitivement le système nerveux.
Le curare abolit d'abord les nerfs des mouvements volontaires, puis ceux des mouvements involontaires, par conséquent ceux de la respiration; on trouve alors toils les signes de. l'asphyxie. Ainsi le sang devient noir, ce qui n'est pas dû à l'action du curare sur lui, mais bien à l'insuflisance des mouvements respira-
toires. Il est facile de le prouver en ayant recours à la respiration artificielle qui le fait bientôt devenir rouge. Un seul organe continue ses fonctions, c'est le cœur; mais le cœur tout seul est insuffisant à entretenir la vie, et la cessation des mouvements respiratoires, lorsqu'elle a lieu, entraîne d'une façon plus ou moins éloignée, mais nécessaire, l'asphyxie et la perte des pulsations du cœur ' .
Le curare tue les animaux à sang chaud par ïasphyxie ou suspension des phénomènes de la respiration.
Le sulfocyanure de potassium les tue y^olt syncope ou suspension des battements du cœ.ur.
La syncope ou suspension de Faction du cœur est suivie de l'interruption de la respiration (action des poumons), 'des sensations et des mouvements volontaires (action du cerveau). Le cœur cessant de se contracter énergiquement et le sang n'arrivant plus au cerveau, l'action du cerveau s'anéantit, faute de son excitant naturel. La sensation, la locomotion et la voix, qui sont ainsi que la respiration sous la dépendance immédiate de l'encéphale, se trouvent interrompues.
V apoplexie est une paralysie soudaine du sentiment et du mouvement produite dans le plus grand nombre des cas par un épanchement de sang dans les méninges, dans les ventricules du cerveau ou dans la substance môme de l'encéphale. On donne le nom