VI° — ACTION DES POISONS SUR LE CERVEAU ET SA FONCTION
Les poisons qui agissent le plus énergiquement sur la fonction du cerveau et qui pour ce motif sont appelés les poisons de l'intelligence sont les anesthésiques (éther et chloroforme), le haschisch, l'opium et l'alcool.
P Anestuésiques. — On sait que l'éther et le chloroforme introduits dans le sang, abolissent entièrement le moi conscient, la faculté de penser, puis la
{. Cl. Bernard, Clialcur animale, 4'iS.
sensibilité totale. « Sur un animal on enlève avec soin une partie de la paroi osseuse du crâne, et on met à nu le cerveau de manière à observer la circulation à la surface de cet organe. C'est alors qu'on fait respirer du chloroforme pour opérer l'anesthésie. La première période de l'action du chloroforme est excitante ; on voit le cerveau se congestionner et faire hernie au dehors. Mais dès que la période du sommeil anesthésique arrive, la substance cérébrale s'affaisse, pâlit, en présentant un affaiblissement de la circulation capillaire qui persiste autant que dure l'état de sommeil ou de repos cérébral K »
« Il y a donc deux phases successives et parfaitement distinctes ou plutôt opposées dans l'état de circulation cérébrale sous l'influence des anesthésiques.
1° L'hyperémie correspond à l'agitation qui marque le commencement de l'administration de l'agent anesthésique ; mais ce n'est point un état spécial puisqu'on peut le produire autrement, par exemple en faisant tout simplement crier l'animal. Cette agitation observée aux premières atteintes du chloroforme ou de l'éther tient, en efî'et, à une irritation spéciale tout à fait distincte de l'influence anesthésique ; il en résulte, dans cette première période, des phénomènes étrangers à l'anesthésie.
2° Au contraire, pendant la période de résolution et d'insensibilité complète qui est celle de la véritaJDle anesthésie, on observe une anémie plus marquée qu'à
\. Cl. Bernard, Science expérimentale, 38u.
IVlat normal. Ce résiillat concorde parfaitement avec l'iMat relatif de la circulation dans les organes selon qu'ils sont en fonction ou en repos. Pendant leur période d'activité, les organes reçoivent beaucoup de sang; pendant leur période de repos, ils en reçoivent beaucoup moins. L'anestbésie, étant la suppression de la sensibilité, représente certainement, pour le système nerveux sensitif, une période de repos absolu ; il est dès lors naturel qu'elle soit accompagnée d'une anémie du cerveau *.
Kn résumé, les anesthésiques, éther et chloroforme, abolissent graduellement la fonction du cerveau à partir du moi conscient jusqu'à la sensibilité inclusivement. Le mécanisme de cette abolition est la production artificielle de l'anémie du cerveau.
IP Haschisch. — Le Haschisch est le nom de la plante dont le principe actif forme la base des diverses préparations enivrantes usitées en Egypte, en Syrie et généralement dans presque toutes les contrées orientales. Cette plante est commune dans l'Inde et dans l'Asie méridionale où elle vient sans culture. C'est une espèce de chanvre, cannabis mdica, qui diffère très peu de notre chanvre d'Europe.
Le premier phénomène physique que produit l'ingestion du haschisch est un sentiment de bonheur moral. Puis vient une période d'excitation; les idées se^dissocient ; on se trompe dans l'évaluation du temps et de l'espace. L'ouïe acquiert une sensibilité extraor-