Science expérimentale
CONDITIONS VITALES DU CERVEAU i77
A l'aide du suifocyanure de potassium, celle des muscles : contractilité,
. Le cerveau a, lui aussi, comme les autres organes corporels, ses poisons spéciaux qui déterminent sa fonction en la supprimant momentanément, tandis qu'ils laissent intactes les fonctions de tous les autres organes de l'encéphale et du corps. L'éther et le chloroforme, en effet, abolissent la conscience et engourdissent la sensibilité consciente en laissant intactes la motricité, la sensibilité réflexe, la contractilité. Donc la perception consciente et la sensibilité consciente sont la fonction du cerveau. Or la conscience et la sensibilité consciente sont le produit de ce qu'on appelle en un seul mot : l'âme.
IIP Méthode électrique. — La méthode électrique est celle qu'emploient les expérimentateurs contemporains (Hitzig, H. Jackson, David Ferrier, etc.), non pour déterminer la fonction totale du cerveau, laquelle pour les physiologistes modernes n'a plus besoin de démonstration supplémentaire, mais pour déterminer la localisation des facultés particulières (mémoire, perception des sons, des images, etc.) qui composent la fonction totale.
La méthode électrique est, en général, employée concurremment avec la méthode de vivisection.
IVo Patuologie naturelle [maladies, lésions accidentelles.) — Comme un chapitre particuher est consacré à la pathologie cérébrale, il suffira de donner ici, en manière de préface, les considérations suivantes par lesquelles Claude Bernard démontre avec force
que [les maladies sont des moyens d'analyse et de détermination fonctionnelle. En altérant l'organe, les maladies altèrent la fonction; la guérison, en rétablissant l'organe dans son intégrité, rétablit la fonction dans son état normal. Pour être faites par la nature au lieu d'être faites par la main de l'homme, les expériences pathologiques n'en sont pas moins faites avec toute la rigueur de la méthode, preuves et contre épreuves.
« Les maladies, qui ne sont au fond que des perturbations vitales apportées par la nature au lieu d'être provoquées par la main du physiologiste, affectent le cerveau selon les lois ordinaires de la pathologie, c'està-dire en donnant naissance à des troubles fonctionnels qui sont toujours en rapport avec la nature et le siège de la lésion. En un mot, le cerveau a son anatomie pathologique au même titre que tous les organes de l'économie ; et la pathologie cérébrale a sa symptomatologie spéciale comme celle des autres organes.
Dans l'aliénation mentale, nous voyons les troubles les plus extraordinaires de la raison, dont l'étude est une mine féconde où peuvent puiser le physiologiste et le philosophe ; mais les diverses formes de la folie et du délire ne sont que des dérangements de la fonction normale du cerveau, et ces altérations de fonctions sont, dans l'organe cérébral comme dans les autres, liées à des altérations anatomiques constantes. Si, dans beaucoup de circonstances, elles ne sont point encore connues, il faut en accuser l'imperfection seule de nos moyens d'investip^ation.
D'ailleurs, ne voyons-nous pas certains poisons tels que l'opium, le curare, paralyser les nerfs et le cerveau sans qu'on puisse découvrir dans la substance nerveuse aucune altération visible? Cependant nous sommes certains que ces altérations existent, car admettre le contraire serait admettre un effet sans cause. Quand le poison a cessé d'agir, nous voyons les troubles intellectuels disparaître et l'état normal revenir. Il en est de même quand les lésions pathologiques guérissent, les troubles de rintelligence cessent, et la raison revient.
La pathologie nous fournit donc encore ici une sorte d'analyse et de synthèse fonctionnelle, comme cela se voit dans les expériences de rédintégration. La maladie, en effet, supprime plus ou moins complètement la texture de l'organe, et la guérison restitue la fonction en rétablissant l'état organique normal '. »
IX« - RÉSUMÉ ET GOiNGLUSION
L'examen comparatif entre le cerveau et les autres organes corporels prouve avec une irrésistible évidence :
A. Que les conditions de la vie chez l'un et chez les autres sont identiques ;
B. Que les rapports réciproques entre le cerveau et l'âme sont les mêmes qu'entre les autres organes corporels et leurs fonctions respectives.