‹ L' âme et la solitude (volume 2)Chapitre 10 sur 46 · I.A CROIX · texte numérisé non relu

I.A CROIX

Entassez à grands frais richesse sur richesse;

Dans vos joyeux banquets couronnez-vous de fleurs. Passez de main en main ia coupe d’allégresse , Rejetez loin de vous le calice des pleurs ;

Par l’éclat de la gloire éblouissez votre âme , Ensevelissez-la sous de brillants dehors;

Que l’encens des flatteurs et l’enivre et l’enflamme , Surtout étouffez bien la voix de vos remords ; Allez, qui n’envîrait un sort aussi prospère,

O mortels trop chéris? Hélas! votre pitié S’émeut avec raison sur la triste misère De l’homme en naissant oublié :

« Il verra de ses ans la fleur sécher dans l’ombre ;

» Pas un beau jour à son printemps !

«Quoi! jamais un ciel pur! toujours les noirs autans «Agitant et poussant sa barque errante et sombre ! » Pas une illusion pour charmer l’avenir !

» Pas un plaisir présent , pas une rêverie «Pour rendre quelque forme à ces restes de vie ! • «Peut-être pas un souvenir!

IA CROIX

» Grands dieux ! quelle affreuse existence !

»Qui peut la faire supporter?

» Le néant peut-il apporter

«Plus de regrets, moins d’espérance? »

Eh bien! votre cœur généreux A-t-il exhalé sa tendresse ?

A-t-il assez plaint la détresse De l’homme .obscur et malheureux;

De celui qui vit loin du monde ,

Qui ne goûte plus ses plaisirs ;

Qui , dans sa retraite profonde ,

Porte le poids de ses loisirs ?

Soyez donc satisfaits , vous soulagez sa peine : Pour un si grand bienfait il vous doit du retour ; Et, suivant cependant le destin qui l’entraîne, L’infortuné s’aveugle et dit : Encore un jour,

Et nous serons égaux.... Mais sinistre présage , Silence !... Garde-toi de troubler nos heureux; Qu’ils savourent en paix ce perfide breuvage VJui trouble les esprits et fascine les yeux.

LA CROIX

S’ils venaient vers la nuit, dans leur course arrêtée. S’asseoir silencieux sur ce même coteau ,

Qu’ils tremblent de fixer leur âme épouvantée Sur la croix qui couvre un tombeau !

Janvier 1827.

LA M E

Igneus est ollit vigor et cœlestit origu.

Virgile.

Comment ton Ame si vaste peut-elle se comprimer, se rétrécir jusqu'il la petitesse de cette terre , de ce point imperceptible , sans dimension et sans poids?

Young.

L’AME

Enfin je touche à l’heure du mystère ,

Soleil , efface ta splendeur;

Laisse à nos vieux rochers leur ombre solitaire Et leur silence inspirateur.

L’AME

Eh quoi ! toujours la nuit! A peine à mon aurore , Déjà les yeux vers mon déclin!

La rose de mes ans à peine vient d 'éclore ,

Et je la vois tomber demain !

Infortuné! quel est donc ce délire Qui ride ton front soucieux ?

Le doigt seul de la mort fait-il vibrer ta lyre D’un son mélodieux?

Pourquoi toujours des chants funèbres?

De ses noires couleurs lave enfin ton pinceau ; Cesse de ressembler à l’oiseau des ténèbres ,

Triste prophète du tombeau.

Comblé de ses bienfaits, que t’a donc fait la vie Pour lui refuser toç amour?

Le plaisir le sourit; la fortune ennemie S’exile loin de ton séjour.

IJn zéphir caressant balance

Les fleurs qui parent ton printemps;

Ij’AME

Il semble dire à l’espérance :

Épanouis ses jeunes ans.

Tu peux dans le sein d’une mère Épancher ton moindre souci ;

Tu peux dans la coupe sincère Boire seul avec un ami.

Tu goûtes jeune encor ce qu’un vieillard espère ;

Et si le malheureux te demande du pain,

Tu peux abondamment soulager sa misère ,

Sans craindre pour le lendemain.

Vois ces nombreux troupeaux, ces guérets, ces fontaines. Tu le sais, ils sont tous à toi ;

Et tu peux au coursier bondissant dans les plaines Lui dire : Ton maître , c’est moi.

Si trop isolé dans la vie Tu regrettes des jours perdus,

Tu peux t’attacher une amie :

Que te faut-il de plus?

»4 L’AME

Que me faut-il de plus!... Demandez à cette âme , Foudre qui consume nos jours ;

Ou plutôt dites à la flamme :

Pourquoi dévores-tu toujours?...

Pourquoi, fidèle à des lois éternelles ,

Sans cesse l’aquilon souffle-t-il dans les airs? Pourquoi le fleuve enflé de ses ondes nouvelles Court-il toujours vers les mers?

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Celui de l’arrêter qui conçoit la pensée Ressemble au monarque persan Qui , dans son audace insensée ,

Jetait des fers à l’Océan.

4i,atV^ul

Si solitaire en son domaine Des cieux il réfléchit l’azur,

Son onde murmurant à peine Soulève un flot paisible et pur.

Mais si Der de son avantage,

L’homme veut qu’il lui soit soumis;

K.éeuiftç eil grondant eft votait tu rivage ' ■■ v Les Maures éUe#

Ainsi te coeur pin# grand encore, A»ia>é4’nH souffle iaantortel » * >Op rejette, ou brise * ou dévoré . • tout çt qui n’est pas éternel.

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J’attendis tout dé toi , rain espoir de la terre , ■ ' ■

.■Mais' je te di* adieu..,. Non i! d'on pesant fardeau Soulage encor mon ctew !*«.. tfaeïaveer dernière !

Six pieds pour un tombeau f f

4* YMS.

je verrai de mes ans l,a -course si rapide ,,

Comme Je jour qui fuit, pencher vers son déclin,; Nulle plainte n’ira-de ma lèvre livide - ' *•

Accuser le destin. . * . . ’

Mqù ow\a mesuré l’abîme de la vie j - Partout j’ai projnené mon regard scryta leur ; ^Partout Jl . a trqwvé fes fleuri ou la folie,

iXuile part le bonheur. . •

Et 'cependant, toujours amotjrenxdu mensonge , L’homme fuit effrayé de l’aspect du ce'rçueil; e* ( Bientôt sur cette mer; où so$ erreur le plonge, •- Apparaîtra l'écuéif. - . •' *. ' .

Déjà roùde-soulàroiwt^eoupïede rage , ■i-K'-eO Elle pousse la harqne àu roches inconnu : , . > . : -

Soudain l’on ypit flotter les débris du naufrage , Mais t’ho<u*ne<a disparu ^

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