‹ L' âme et la solitude (volume 2)Chapitre 9 sur 46 · I.A CROIX · texte numérisé non relu

I.A CROIX

C’est l’heure où l’âme recueillie Demande à la mélancolie .

L’ivresse pure qui la suit ,

Semblable à la fleur solitaire Qui se dérobe à la lumière ,

Et dans l’ombre s’épanouit.

Quelle est cette croix isolée Qu’un lierre étreint de ses replis ,

Et qui , par les ans mutilée,

Balance ses derniers débris?

Est-ce un tombeau?... Quelle urne cinéraire Indique un souvenir sacré?

Est-ce un consolateur qu’éleva la misère?

De la reconnaissance est-ce un signe adoré?

Est-ce un monument d’innocence Qu’une vierge orna de sa main ?

Ou serait-ce d’un assassin Le pardon ou la vengeance?....

Un léger bruit s’éveille et rappelle mes sens

Qu’ai-je entendu dans le feuillage?

liA CR Oit.

C’est la brise des nuits qui passe, et le nuage Passe et s’efface en môme temps.

Tout est calme , et plus calme encore ,

Mon âme s’incline au tombeau ;

Elle contemple ce roseau Peut-être flétri dès l’aurore.

Mais qu’importe le vent qui l’arrache au vallon?

Qu’importe où vole sa poussière ?

Quand la feuille des bois tourne loin de la terre, Qui la demande à l’aquilon?

Tomber est son destin ; mourir, voilà le nôtre :

Qui peut déroger à ses lois?

Malheureux, c'est le tien...; mais c’est aussi le vôtre, Heureux du monde et puissants rois !

En vain vous nous vantez vos grandeurs passagères, La Mort les regarde et sourit....

Et , dévorant bientôt vos pompeuses misères ,

Les remplace par un : Ci-gît.

Goûtez donc ses faveurs, hâtez la jouissance De biens qui demain ne sont plus ;

Profitez du présent , vivez sans espéranee.

Où notre bien n’est pas, il n’est pas de vertus.

Page 1