I.A CROIX
C’est l’heure où l’âme recueillie Demande à la mélancolie .
L’ivresse pure qui la suit ,
Semblable à la fleur solitaire Qui se dérobe à la lumière ,
Et dans l’ombre s’épanouit.
Quelle est cette croix isolée Qu’un lierre étreint de ses replis ,
Et qui , par les ans mutilée,
Balance ses derniers débris?
Est-ce un tombeau?... Quelle urne cinéraire Indique un souvenir sacré?
Est-ce un consolateur qu’éleva la misère?
De la reconnaissance est-ce un signe adoré?
Est-ce un monument d’innocence Qu’une vierge orna de sa main ?
Ou serait-ce d’un assassin Le pardon ou la vengeance?....
Un léger bruit s’éveille et rappelle mes sens
Qu’ai-je entendu dans le feuillage?
liA CR Oit.
C’est la brise des nuits qui passe, et le nuage Passe et s’efface en môme temps.
Tout est calme , et plus calme encore ,
Mon âme s’incline au tombeau ;
Elle contemple ce roseau Peut-être flétri dès l’aurore.
Mais qu’importe le vent qui l’arrache au vallon?
Qu’importe où vole sa poussière ?
Quand la feuille des bois tourne loin de la terre, Qui la demande à l’aquilon?
Tomber est son destin ; mourir, voilà le nôtre :
Qui peut déroger à ses lois?
Malheureux, c'est le tien...; mais c’est aussi le vôtre, Heureux du monde et puissants rois !
En vain vous nous vantez vos grandeurs passagères, La Mort les regarde et sourit....
Et , dévorant bientôt vos pompeuses misères ,
Les remplace par un : Ci-gît.
Goûtez donc ses faveurs, hâtez la jouissance De biens qui demain ne sont plus ;
Profitez du présent , vivez sans espéranee.
Où notre bien n’est pas, il n’est pas de vertus.