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Si les vents furieux, si la foudre en éclats Mêlent les troncs brisés au limon de ses ondes, Evoquent les esprits de ses grottes profondes ,
Tout s’agite , tout est fracas !
Ainsi dans cet Eden où notre âme sommeille ,
Où chacun de ses maux trouve un baume pour lui, Le jour s’est altéré, le calme s’est enfui;
Dans l’abîme sans fond elle tombe et s’éveille ,
Dieu puissant, qui pourra l’arrêter en chemin?... Quand la mer écumant pousse une vague sourde , Que son onde gonflée à la digue est trop lourde ,
Il faut qu’elle brise à la fin !
Des bords de l’Océan aux rives de l’Euphrate,
Ta vigne entrelaçait ses bras majestueux;
Ses fruits versaient la vie à tes peuples heureux. Voilà que maintenant elle tombe, elle éclate ; L’immonde sanglier disperse ses lambeaux ;
Et semblable au ruisseau dont la source est tarie ,
A peine, à peine, hélas! si sa tige flétrie Projette encor quelques rameaux!
L’ÉPREIYE.
Les hommes de l’erreur ont exploré la route ,
A leurs rudes cailloux leurs pieds se sont blessés ; Qu’importe à leur orgueil?... leurs maux sont effacés; La carrière est franchie;... ils ont conquis le doute; Et sur ce digne appui se croyant immortels, N’ont-ils pas, ô grand Dieu ! souillé tes tabernacles, De leur souffle empesté corrompu tes oracles ,
Et taché de sang tes autels?
Ivres de leurs succès, ils chantent dans leurs fêtes ; Leurs lèvres ont goûté le nectar et le miel , *
Et nous n’avons pour nous que l’absinthe et le fiel ! Le torrent des douleurs déborde sur nos têtes ;
Tout fantôme de paix semble s’évanouir;
Comme le passereau sur un toit solitaire ,
Nous n’avons plus, hélas! que le froid , la misère , Et de faibles voix pour gémir!
Sans doute de nos ans la course est mesurée ;
Mais que l’exil est long! qu’elle est âpre la nuit Où du lit d’un mourant l’espérance s’enfuit!
Quel encens désormais a la flamme sacrée?
loti
L’éPHUVC.
Quels chants s’élèveront è l’autel isolé?...
Le crime se répand comme une lave immonde ,
Et notre unique asile, avant qu’il nous inonde ,
Est le seuil d’un temple ébranlé !
Quelquefois saisissant les cordes de ma lyre , J’essayais d’en tirer de moins tristes accords;
Une même pensée irritait mes transports; Pourquoi, disais-je enfin , dans un sombre délire, Pourquoi dans la poitrine étouffer nos sanglots? Nous n’avons, comme aux jours de ces tribus captives, Qu’à déposer aussi nos harpes sur les rives Et mêler nos larmes aux flots.
Devant mes yeux soudain une divine image Semble se dégager d’une obscure vapeur ;
Laissant sur moi tomber un regard de douleur :
— Chrétien, me disait-elle, où donc est ton courage ? Appuyé sur la foi , tu te sens défaillir ;
Ne sais-tu pas encor que sa source féconde Doit rouler quelquefois le sable avec son onde. Mais jamais ne peut se tarir?
L'KPBEUVK.
Quand l’astre qui te guide affaiblit sa lumière ,
Tu trembles, et ta main,, palpitant de désirs,
Saisit et va peser la gjoire et les plaisirs....
Laisse à l’homme amasser quelquesgrainsde poussière Dont aime à se parer sa folle vanité ;
Dans ces cèdres altiers, sans profondes racines, N’entends-tu point passer à travers leurs ruiues,
Le souffle de l’éternité?
A quelques pas de toi ton. œil arrive à peine.
Et le trouble et l’ennui font murmurer ta voix ! L’homme est à la raison un mystère parfois;
Mais de tous ses forfaits si la coupe était pleine , Penses-tu que mon bras se soulève au hasard?... Non ! Il faut de ses dieux qu’il ait mordu la poudre, Que ce superbe front ait pâli sous la foudre Avant d’éclairer son regard.
Alors, écoute , alors, plus brûlant que la flamme , Un cri s’élèvera !... Mon soleil radieux De flots de pourpre et d’or inondera les cieux ; Mais l’angoisse avant lui doit étreindre ton âme...
L’imuvc.
Et si dans ce combat ta foi cède aux douleurs. N’as-tu pas pour gémir l’ombre du sanctuaire,
Pour porter tes soupirs l’ange de la prière ,
Et la croix pour verser tes pleurs?.... —
Elle dit et n’est plus!... Mon œil la suit encore :
Un asile de paix vient d’abriter mon cœur;
Où tout était glacé , tout est vie et fraîcheur ;
La fleur que je foulais sous mes pieds vient d’éclore, Elle semble exhaler son parfum le pltis pur;
Et déjà plein d’espoir en ce nouveau présage.
Je voyais s’élever par-delà le nuage Un oiel éblouissant d’azur.
i !\ Septembre i85«.