EUGÈNE RENDUEL, LIBRAIRE
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A MA MUSE
Tu II) ;is cloniiô, dans ràmr. nnP sr-ooude voix.
liAMAIlTI\E.
A MA MVSE.
Salut , ô mes rochers ! rivage solitaire , SomiJiets rougis encor des derniers feux du jour, Salut ! mais qu'est-ce donc? Suis-je une âme étrangère Exhalant un vain son?... N'ai-je plus cet amour
U A MA MUSE
De la paix de vos bords, de vos aspects l'iinèhns , De vos sylphes légers errant dans les ténèbres, Présentant à l'esprit sur leur trace emporté Ce charme avant-coureur de l'immortalité? Ciel, qu'entends-je? une voix... une voix bien connue
Semble à l'écho troublé confier un soupir
Qu'ai-je fait, malheureux? Une faute imprévue
M'enlève-t-elle un bien dont j'aimais à jouir?
O Muse! j'ai quitté ton asile champêtre,
Pour lui seul ne sont plus mes désirs et mes pleurs;
Je pensais à mourir, et tu disais peut-être :
Sur sa tombe isolée effeuillons quelques fleurs.
Mais je vis, et déjà loin des lames plaintives
Que berce mollement le souffle du zéphir,
Ma nef audacieuse a franchi de ses rives
Le bord tranquille et sûr — et pour quel avenir!
Hélas! un Dieu le sait, ô compagne céleste!
Muse, serait-il vrai, trembles-tu sur mon sort?
Que crains-tu cependant? IMon âme te l'atteste.
Elle n'oublîra pas l'image de la mort.
A MA Ml'Si:. 5
Ne te souvient-il plus de la croix solitaire Où sombre avec la nuit , à sa pâle clarté , Je voyais tous les biens s'entasser sur la terre.
Et crouler dans l'éternité?
La rose épanouie à peine à deux aurores
Se flétrissant ; le chantre des forêts Répétant à l'écho ses cadences sonores,
Silencieux; l'épi sur les guérêts Ondulant en longs flots sa tête encor si belle ,
Tranché soudain ; le voile du vallon Que l'aube vient d'étendre et qui fuit avec elle , Du nuage orageux la rapide étincelle , La feuille de nos bois qu'emporte l'aquilon. De ces mâles tableaux la muette éloquence S'efface-t-elle au cœur que sa foudre a frappé? Le voyageur errant, du désert échappé , Du gouffre et du torrent n'a-t-il plus souvenance?
Je m'étais dit : ne pensons qu'à mourir. Coulez, coulez, mes jours, dans le silence et l'ombre; Qu'importe des mortels le regard doux ou sombre,
6 4 M\ MUSE
Comme un faible rayon il va s'évanouir;
Mais je vis.... et bercé peut-être par un songe,
J'espère quelques fruits au rivage étranger,
Fruits amers, je le sais, car l'arbre du mensonge
De ses rameaux épais voudra les ombrager.
Ils ne mûriront pas; sous une haleine impure ,
Peut-être verront-ils leur tige se flétrir.
Ah ! puissent-ils au moins une aurore fleurir.
Exhaler un parfum et tomber sans murmure !
Plus rapide aujourd'hui le temps fuit à mes yeux ;
J'entends toujours au loin tourbillonner le monde ,
C'est toujours son bonheur qui passe comme l'onde,
Sa llamme qui s'éteint, son destin rigoureux
Qui l'entraîne aux remords par un chemin de roses,
Desséchant sous ses doigts ses fleurs à peine écloses.
Est-ce lui que je cherche!.,. 0 Muse! dis alors,
Dis tout ce que t'inspire ime trop juste crainte.
Mais si le cœur lassé d'une inutile plainte,
Comme un faible ruisseau qui répand sur ses bords
IjC tribut de ses eaux, je veux loin de mes rives
A MA MUSE
Laisser errer aussi mes vagues fugitives, Arroser quelques lieux, ranimer un roseau, Épancher dans un sein , que le monde refoule , Cette vive fraîcheur étrangère à la foule , Donner en m'enfuyant un soupir au tombeau ,
Vivifier une terre stérile , Réfléchir un rayon de cet astre tranquille, Guide unique et certain de l'homme voyageur. Ah! content, trop heureux de ce cours enchanteur. Qu'avec ravissement m'élançant dans la plaine J'oublîrais aussitôt ma faiblesse et ma peine, L'asile où je goûtai le silence et la paix, Le gazon qui reçut mes heures solitaires.... Je ne forme qu'un vœu :... Si de légers biejifails Rappelaient ici-bas mes traces éphémères, Si, disparu sans nom, oublié des heureux. Sur ma tombe déserte il tombait une larme. Une larme échappée au cœur du malheureux, O Musel dis-le-moi, serait-il quelque alarme ('apable de ternir un aussi beau destin?
A MA MUSE
Coulez, coulez, mes jours, coulez, dirais-je encore! Qu'importe à vos splendeurs le calme de l'aurore Ou le trouble des nuits? Un sentiment divin, Comme un phare avancé sur la cîme du monde, A l'abri des écueils indique un sûr chemin. Laissez loin de vos bords la tempête qui gronde : La vie est une mer où toujours un zéphir
Tourmente quelque flot A l'âme passagère,
Avant l'éternité, que faut-il sur la terre? Aimer Dieu, puis mourir.
•J'S Juilh'l ibôo.
A MES AMIS
Hisits dolore miscebilnv.
Pr., 11.
Tout soin il cl;iiis l,i nature au jeune liomm«! (jiii iipp.iiait ilaiis Irmuiulo : il comprend à pciue (]u'ou puisse s'affliger et mourir.
SÉGUii , Galerie nwr<ite.
A MES AMIS
Touchant le premier flot de l'océan des âges, Ensemble errant au gré du souffle des zéphirs Amis, nous convoitions ces fortunés rivages Qui devaient apaiser la soif de nos désirs.
12 \ MES AMIS
Tantôt à l'horizon nous croyons voir une île Riante de verdure, et d'ombrage et de fleurs; Nous cinglons vers ses l)ords... c'est un rocher stérile Attristant nos regards des plus noires couleurs. Tantôt un sylphe aimable, une image éclatante, Belle de plus en plus, apparaît au lointain; Nos cœurs ont tressailli.... c'est la vague fumante Qui se brise en écume et disparaît soudain. Aujourd'hui même encor, voguant à l'aventure, Et parfois fatigués d'inutiles efforts , Au murmure des eaux mêlant votre murmure , Vous êtes près enfin de toucher d'autres ports — Non, non : c'est un éclair brillant dans la nuitsondtre ; Les vagues de la vie engloutissent vos vœux ; Votre âme se roidit..., et le silence et l'ombre
Endorment l'espoir d'être heureux.
Mais le sommeil est court; une main tutélaire Se charge d'écarter le voile ténébreux : (^'est l'aube du matin, dont la faible lumière Se lève , pfdissant votre front sourcilleux. Pour tromper les ennuis d'un pénible voyage , lîntonuons, dites-vous, l'hymne de lagaîlé;
V MES AMIS. l;i
Par nos jeux et nos ris bravons le noir orao;e ,
Passons comme un beau jour d'été.
Et juoi que ne guidait aucune expérience, D'une trompeuse voix j'ai savouré l'accent; La sirène insensible a goûté froidement Les prémices d'un cœur jeune et plein d'espérance. J'ai, plus ardent que vous, poursuivi les plaisirs; J'ai pris dans vos festins la coupe passagère; Pourquoi ces ris, ces chants, ce bonheur éphémère N'ont-ils pas mis aussi le comble âmes désirs? IN'ai-je point assez vu vos danses et vos fêtes .^ IN 'avons-nous pas ensemble aimé la volupté? Amis, rappelez-vous, dans l'asile enchanté. Ces parfums et ces fleurs qui couronnaient nos têtes. Eh bien! ils embaumaient le printemps de nos jours! Mais le printemps s'enfuit, et l'automne s'avance; Encor quelques instants, et la vide abondance De ces biens passagers disparaît pour toujours. Peut-être verrez-vous une censure amère Dans ce langage dur qui répugne à vos sens ; Ah! chassez loin de vous ces doutes outrageants; Je ne suis pas censeur, non , je suis votre fi'ère.
14 A MES AMIS
Dont tout le sang pour vous, s'il fallait le verser, Coulerait à grands flots sur une ingrate terre, Trop heureux de laisser cette preuve sincère. Ou 'il vous aime, du moins, s'il peut vous oflenser. Et pourtant un sourire , hélas ! est son partage !
Peut-être un regard de dédain Jeté furtivement sur cette humide page
Sera sa récompense Et bientôt, dès demain
J^e fleuve du L-'thé recevra la nacelle; Ou, si l'espril encor conserve une étincelle, 11 fera pétiller un sarcasme, un bon mot. A l'aide de ces mots : fanatique, dévot. Qu'aisément et sans frais s'exerce le génie ! Et nous verrons toujours dans la même patrie Les amis de l'enfance, étrangers aujourd'hui, Passer l'un près de l'autre et se dire : c'est lui Que je ne connais plus, dont je hais la présence. (3 bien juste regret ! ô malheureuse France ! Ne pourront-ils jamais , tes aveugles enfants , Qu'ensemble avec douleur tu portas dans tes flancs Avec un même lait sucer une même âme ! Pourquoi ne pas brûler d'une semblable flamme ,
A MES AMIS
Mes amis? De ce nom ne vous oflensez, pas. Qui vous agite autant?... où portez-vous vos pas? Un gouffre est sous vos pieds, un affreux météore Vous trompe.... un cliarme appesantit vos yeux; Quoi! vous ne sentez plus le désir d'être heureux ! Mais qu'avez-vous donc fait de ce feu qui dévore?. . . Quand on voit ce grand cœur créé pour la vertu S'épuiser à chercher de terrestres conquêtes, On dirait l'Océan rassemblant ses tempêtes Pour soulever un fétu.
Ils ne tiennent plus au nionde f|He par l'intérêl qu'ils prennent aux I uines.
j\l"" de Staei. , Corinne.
La fortune en courant prodigue sa richesse ; Le plaisir qui la suit orne , embellit sa cour; La jeunesse et les ris, les grâces et l'amour Remplissent à l'envi la coupe d'allégresse.
20 l,K SOMTAIRF.
Oui ne se croit heureux de pouvoir la saisir, D'enivrer lous ses sens d'une douce ambroisie ! Buvez donc à longs traits, épuisez de la vie
Le nectar et le miel Mais d'où vient ce soupir?
Pourquoi ce front baissé, cet œil morne et sévère?
Eh quoi! rassasié des laveurs de la terre,
Envié des mortels , favori du destin ,
iN 'as-tu donc pas encore assez de jouissance?
Quel bonheur plus complet peut t'offrir l'espérance?
Dis-nous, que te faut-il? Quoi! tu nie réponds rien.
Un souris d'amertume affreusement anime
Ces traits froids ce regard où la tristesse imprime
L'image du néant, les glaces de la mort. Ton cœur lassé de tout, comme un marbre insensible, Qui dort sur un tombeau , silencieux, paisible, Veut-il enfin goûter la paix du dernier port? C'est en vain qu'on lui parle : il s'éloigne; on ignore Ce qui se passe en lui — Son ami, plein d'effroi , Le questionne en vain — le conjure avec larmes De calmer ses chagrins , de chasser ses alarmes ;
Il sourit de nouveau, lui disant : Laisse-moi. Et son œil a brillé d'une vive étincelle Qui s'efface aussitôt... et cependant décèle On ne sait quels regrets, quels désirs ou quels vœux. Telle on voit quelquefois une flamme lointaine, Projetant dans la nuit sa lumière incertaine , Tantôt rasant la terre et tantôt vers les cieux Présenter aux regards sa douteuse origine ; Ainsi quelque pensée ou terrestre ou divine Rend à ce cœur éteint un dernier sentiment. Mais, hélas! quel est-il?. ..Un bonheur? un tourmenl.' Qui le sait?... Malgré tout il s'obstine à se taire : 11 est donc malheureux, car un cœur ulcéré Est oublié du monde et gémit solitaire, Et le monde l'oublie , et seul il a pleuré. Et seul cependant, seul, il semble à l'espérance N'avoir point dit encore un éternel adieu : Quelle main bienfaisante allège sa souffrance? L'abandon, le néant l'accompagne en ce lieu Qu'il va choisir enfin pour son dernier asile;
Le calme tant cherché l'attend-il dans cette île
Où coulent du Léthé les languissantes eaux?
Où l'écho ne redit jamais la voix du monde.
Où toujours cette mer, en naufrages féconde ,
Contre un rempart d'airain brise d'impuissants (lots?
11 nous quitte, et déjà sa fugitive image,
Plus passagère encor que la brise au bocage,
A peine sur la terre esL-elle un souvenir.
Qu'au moins dans son printemps l'haleine du zéphir
Porte vers son désert la fraîcheur et la vie!
Que la nuit en fuyant , sur sa tige flétrie ,
Laisse tomber au moins quelques-uns de ses pleurs!
Ce sont là ses trésors : les ruisseaux et les fleurs ,
Un jour pur, un repos entouré de silence,
Des épis frémissants la riante abondance ,
Des douleurs à guérir, des larmes à sécher, i
Une plaine, un bois sombre , un verdoyant rocher
Où gisent les débris d'une antique chapelle.
De la foi des vieux jours témoin simple et lidèle;
Le pâtre gravissant le penchant ihi coteau,
Sur son faîte conquis régnant avec l'auroie ,
Tantôt troublant les airs de sa flûte sonore,
Tantôt silencieux, regardant son troupeau....
Mais que sert d'étaler l'inutile peinture
De tableaux étrangers^ de charmes inconnus?
Innocence , candeur, simplicité, nature,
Dans le séjour de l'homme on ne vous connaît plus.
La fraude et l'égoïsme ont usurpé vos places ,
Le luxe et le mensonge ont effacé vos traces;
Aucun noble désir dans ce cœur asservi
Ne s'éveille... Il n'entend que le bruit de sa chaîne,
Qui de perfides nœuds l'entrelace, et l'entraîne
Vers le bord de l'abîme en charmant son ennui.
Qu'il dorme donc en paix au sein de l'esclavage ;
Qu'un rêve séduisant lui présente l'image
De biens et de plaisirs , de gloire et de grandeurs ;
Un rêve est si rapide , hélas ! et ses faveurs
Flattent si peu d'instants!... Mais quelle main ausièic
Se hâte d'étouffer la lueur éphémère
Qui demain va s'éteindre aux cendres du tombeau?
J'i m; sui.iïAiiii;:.
Laissons là les cités le désert est si beau
Pour qui veut y trouver l'être qui vivifie ' '
l>es forêts et les fleurs, le vallon , la prairie,
Et qui sait de son trône épouvanter les airs '•
Sous le bruit de la foudre et le feu des éclairs !
C'est là qu'un cœur glacé sent qu'il existe encore 1
11 peut, loin des mortels oubliés sans retour,
Kespirer doucement les rayons de l'aurore
Qui lui présage enfin l'éclat du dernier jour. » > '
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