‹ L'âme et la solitudeChapitre 2 sur 41 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

J'avais cru qu'en fuyant cette trompeuse plage Qui couvre tant d'écueils sous un calme apparent Comme le nautonnier échappé du naufrage , J'allais coûter enfin un bonheur innocent.

LE UONHEUK.

Hélas! que d'insensés sont bercés par ce songe,

De trouver ici-bas une tranquille paix!

Le plaisir le plus doux est un plus doux mensonge

Que nous payons toujours [)ar de cnisanls regn'ls.

Déroulerai-je encor cette honteuse image

D'un monde où se lerjiit l'auroie de mes ans ,

Qu'abhorre le chrétien , que méprise le sage.

Et qui ne se repaît que d'impurs alimcnls?

Oui , parais a nos yeux, idole mensongère,

Qui caches tes lambeaux sous des vêlements d'or ;

Sous l'air de la grandeur dérobe la njisère.

De toutes tes laveurs épuise le Irésor ;

Eh l)ien! qu'apporles-tu pour contenter notre âme.'

Sont-ce tes ris, ta gloire et tes pompeux honneurs?

Est-ce de tes plaisirs la pélillante llamme

Qui s'éteinl d'elle-même en flétrissant nos cœurs !

Ah! c'est bien vainement qu'écoutant les promess(.'s,

ÎNous cherchons le bonheur en marchant sur tes pas;

^ous Irouvons la misère au lieu tle les richesses,

Un squelette hideux au lieu de les appas.

LE nO.VHElR.

Malheur à qui boira de celle source impie Qui ne laisse couler qu'amertume et que fiel ! Du calice trompeur il sentira la lie, Sans avoir pu trouver une goutte de miel!

Cependant si notre âme, en sortant d'esclavage, Rougit d'avoir souffert ces indignes liens, Perdra-t-elle l'espoir, au printemps de son âge , D'arriver au bonheur par de nouveaux chemins? Non. Cet ardent désir qui naquit avec elle Ne lui permettra point un tranquille loisir; De ce flambeau divin ce compagnon fidèle S'enflamme à sa lumière et ne saurait périr; Il lui faut à tout prix une heureuse carrière. (Vest en vain que du temps les bras dévastatems Entassent devant lui poussière sur poussière ; Au milieu des débris il rêve les grandeurs. Ainsi, lorsqu'abusé par une image vaine, J'ai subi le remords de coupables erreurs ,

:}() l'E nONHEUB.

Quelque cruel que fui le sujet de ma peine ,

Toujours un vague espoir se mêlait à mes pleurs.

Etait-ce un des rayons de ces jours d'innocence

Qui perçait à travers ces ténèbres d'horreur?

D'un jour calme et serein était-ce l'apparence?

Ou n'était-ce plutôt qu'une fausse lueur?

Ah ! je me sens pressé de savourer les charmes

D'une vie à l'abri des flots tumultueux 1

Bois , rochers , solitude exempte des alarmes ,

Entourez do votre ombre un désir plus heureux !

Que raimal)le printemps, réveil de la nature,

Ramène avec les fleurs des attraits tout nouveaux;

Qu'imitant le ruisseau protégé de verdure ,

Mes jours purs, ignorés, coulent comme ses eauxl

Je hâterai mes pas au lever de l'aurore ,

Sur ces coteaux riants, tout rougis de ses feux ;

Seul, avec le repos qui partout règne encore ,

D'un hymne matinal je salûrai les cieux ;

Je verrai le ruisseau qui coule dans la plaine ,

Dégager son cristal des nocturnes vapeurs ;

LE BOniHEUB.

Du folâtre zéphir la caressante haleine

Disperser les parfums qu'elle dérobe aux fleurs ;

Les perles de la nuit sur la tige inclinée

Rayonnant, et l'oiseau qui s'arrache au sommeil

Par des accents plus doux que ceux de la journée,

Annoncer aux forêts son paisible sommeil.

Tout prend une âme alors au sein de la nature :

l^e laboureur content commence ses travaux ;

Le fleuve a ses filets, le guéret sa culture,

Le pâtre sa chanson, la plaine ses troupeaux;

Et moi, je trouverai l'asile solitaire

Où des soins innocents mêlés à mes plaisirs,

Sans peine se feront une part salutaire

De jours exempts d'éclat comme de repentirs.

Si je voulais encor, pour embellir ma vie, Je pourrais à l'hymen demander ses faveurs;

Seule à seul au désert le regard d'une amie

Est un baume si doux à toutes nos langueurs!

32 I.E ROIVIIElJR

Aux feux ardents du jour ensend)le sous l'ombrai^e.

Au coucher du soleil enseml)le au l)ord des mers,

Pienant pour confidents les vagues, le leuillage ,

.le voudrais avec elle ouhlier l'univers.

Mais que vois-je ? et quel est ce fantôme livide

Qui se lève hideux du fond d'un noir cercueil?

C'est la Mort, agitant une faux homicide,

Qui couvre ce tableau d'une teinte de deuil;

En vain , pour ranimer une folle espérance.

Je lâche d'écarter ce spectacle efirayant ;

Le spectre à pas pressés devant ines yeux s'avance,

Et tous ces vains secours rentrent dans le néant.

Ainsi lorsque des bois la feuille verdoyante

Sent un souffle au midi qui la fait frissonner,

Adieu fontaine, adieu zéphir, fleur odorante,

On la voit s'agiter, pâlir et se faner.

Fuyez donc loin de moi, décevantes chimères Cessez enfin de tendre un piège à notre cœur;

Page 1