‹ L'âme et la solitudeChapitre 11 sur 41 · L'AME · texte numérisé non relu

L'AME

Enfin je touche à l'heure du mystère , Soleil , efiface ta splendeur ; Laisse à nos vieux rochers leur ombre solitaire Et leur silence inspirateur.

Eh quoi ! toujours la nuit! A peine à mon aurore

Déjà les yeux vers mon déclin!

La rose de mes ans à peine vient d'éclore ,

Et je la vois tomber demain !

Infortuné! quel est donc ce délire Qui ride ton Iront soucieux?

Le doigt seul de la mort fait-il vibrer ta lyre D'un son mélodieux?

Pourquoi toujours des chants funèbres?

De ses noires couleurs lave enfin ton pinceau ; Cesse de ressembler à l'oiseau des ténèbres ,

Triste prophète du tombeau.

Comblé de ses bienfaits, que l'a donc fait la vie

Pour lui refuser ton amour?

Le plaisir te sourit ; la fortune ennemie

S'exile loin de ton séjour.

Un zéphir caressant balance

Les tleurs qui parent ton printemps;

Il semble dire à l'espérance :

Épanouis ses jeunes ans.

Tu peux dans le sein d'une mère Epancher ton moindre souci ; Tu peux dans la coupe sincère Boire seul avec un ami.

Tu goûtes jeune encor ce qu'un vieillard espère ; Et si le malheureux te demande du pain, Tu peux abondamment soulager sa misère , Sans craindre pour le lendemain.

Vois ces nombreux troupeaux, ces guérets, ces fontaines,

Tu le sais, ils sont tous à toi ; Et tu peux au coursier bondissant dans les plaines

Lui dire : Ton maître , c'est moi.

Si trop isolé dans la vie Tu regrettes des jours perdus.

Tu peux t'attacher une amie :

Que te faut-il de plus?

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