L'AME
Enfin je touche à l'heure du mystère , Soleil , efiface ta splendeur ; Laisse à nos vieux rochers leur ombre solitaire Et leur silence inspirateur.
Eh quoi ! toujours la nuit! A peine à mon aurore
Déjà les yeux vers mon déclin!
La rose de mes ans à peine vient d'éclore ,
Et je la vois tomber demain !
Infortuné! quel est donc ce délire Qui ride ton Iront soucieux?
Le doigt seul de la mort fait-il vibrer ta lyre D'un son mélodieux?
Pourquoi toujours des chants funèbres?
De ses noires couleurs lave enfin ton pinceau ; Cesse de ressembler à l'oiseau des ténèbres ,
Triste prophète du tombeau.
Comblé de ses bienfaits, que l'a donc fait la vie
Pour lui refuser ton amour?
Le plaisir te sourit ; la fortune ennemie
S'exile loin de ton séjour.
Un zéphir caressant balance
Les tleurs qui parent ton printemps;
Il semble dire à l'espérance :
Épanouis ses jeunes ans.
Tu peux dans le sein d'une mère Epancher ton moindre souci ; Tu peux dans la coupe sincère Boire seul avec un ami.
Tu goûtes jeune encor ce qu'un vieillard espère ; Et si le malheureux te demande du pain, Tu peux abondamment soulager sa misère , Sans craindre pour le lendemain.
Vois ces nombreux troupeaux, ces guérets, ces fontaines,
Tu le sais, ils sont tous à toi ; Et tu peux au coursier bondissant dans les plaines
Lui dire : Ton maître , c'est moi.
Si trop isolé dans la vie Tu regrettes des jours perdus.
Tu peux t'attacher une amie :
Que te faut-il de plus?