L'ESPÉRA9ICE
Ou serait-ce plutôt la voix de la nature Qui s'éveille dans le désert?
Ecoute un fleuve d'harmonie
S'écoule environné de fleurs ; Il dit : 0 muse ! que tes pleurs Baignent une rive fleurie.
Le torrent qui gronde et mugit Dans son obscurité profonde , S'abreuve de terreur; mais à la fin son onde Se dessèche et s'évanouit.
Juin 1828.
DIEU ET LA NATURE
La retraite donne à ses pensées et à ses affections toute raclivilé
qu'elle ôte h celles des aulr^'s hommes -, IVspi^rance dilate son cnur;
I amour le réchauffe et le ranime.
Speclnteav.
DIEU ET LA NATURE
Sur la terre d'exil il est encore une onde Roulant parmi les fleurs des flots harmonieux , Qui ne coula jamais sur la rive du monde, Mais qui s'épanche en d'autres lieux.
DIEt ET I.V NVTURE.
Tel est l'encens divin qu'une âme simple et pure Brûle sur un autel survivant au trépas, Et qui, n'entendant plus les clameurs d'ici-bas , Ne voit que l'Eternel, la paix et la nature.
L'homme enchanté sourit à ces iiaifs tableaux Offrant de leurs beautés la fade jouissance ; Il lui faut de ses sens irriter la puissance , Sinon son cœur dévore un fatigant repos.
Mais laissons l'imprudent s'enivrer du breuvage Dont le poison demain va se faire sentir ; Il ne nous entend plus ; notre voix est l'image De ce bruit incertain qu'emporte le zéphir.
11 en est quelques-uns qui conservent une âme Sans souillure au milieu des souillures des jours, Et qui, ne connaissant ni crimes , ni détours , L'élèvent vers les cieux pure comme la flamme.
C'est à vous de goûter ce solide bonheur,
Oue le tumulte trouble et qui se plaît dans l'ombre;
DIEU ET I..\ JSATVRE. U7
S'il VOUS semble parfois couvert d'un voile sombre, Ne vous effrayez pas, c'est un voile trompeur.
11 reviendra bientôt plus brillant, plus aimable; Vous-mêmes vous rirez de votre illusion ; Approchez seulement, et l'agitation Fera place bientôt au calme inaltérable.
Un plaisir sans remords s'épanouit pour vous ; Aspirez donc en paix ce parfum de la vie, Comme on voit aux jardins l'abeille recueillie Sucer au sein des fleurs le nectar le plus doux.
Sachez fouler aux pieds la gloire et la fortune; De vos yeux obscurcis arrachez le bandeau ; Venez, retirez-vous de la foule importune Qui croit vivre en dansant sur le bord du tombeau.
Aux hommes insensés, pour cacher sa présence, Ces biens sont des hochets que la mort jette un jour ; Venez.... approchez-vous entourés de silence, Présentez votre cœur au champêtre séjour.
t)8 l>Ji;U ET l.\ :\\TURK.
Ah! (pand on y voit Dieu, que la nature est belle! Que le soleil est pur! qu'il fait beau rechercher L'air embaumé du soir, assis sur le rocher Que frappe en mugissant une vague éternelle 1
Combien près du ruisseau goûte-t-on de fraîcheur? Sous l'antique noyer, au vallon , dans la plaine , Une feuille , une fleur, le gazon , la fontaine , Tout s'exprime . tout parle et pénètre le cœur.
Qu'il méconnaît, hélas! l'unique jouissance. Celui qui n'est ému que par les passions , Poursuivant , furieux , la perfide espérance Qui l'entraîne à travers d'arides régions!
Quelquefois, fatigué de sa course inutile. Il s'arrête.... Et vaincu par son funeste sort, Il se dit : Il est temps qu'une barque tranquille Me mène vers un nouveau port.
C'est le flanc d'un coteau qui sera son rivage ; (i'est l'ombre des chênes vieillis.
DIEU ET LA NATIIRE
Mais dont le vert rameau contraste avec l'image De ses jours usés et flétris.
Si son œil dessillé ne voit dans la nature
Et son âme et son créateur, En vain cherchera-t-il le calme et le bonheur, La rose est sans parfum et l'onde sans murmure.
Tout est muet pour lui; les plus brûlants désirs Ne prêtent qu'un reflet à cette lampe éteinte ; De vibrer sous ses doigts si sa lyre est contrainte , Elle ne rend que des soupirs.
Que dis-je ? Un concert de louanges S'élève dans les airs sur l'aile des zépliirs ; C'est l'éloge deschamps, desmoissons, des vendanges, Des nymphes , des bergers, des champêtres plaisirs.
Ainsi l'homme, toujours amoureux de lui-même Et toujours sous ses sens captivant sa raison , Méprise de ses ans la sévère leçon.
Et pour changer d'objets son cœur reste le même.
lOU DIEU F.T I./V KATURF..
Mais qu'il fait peine à voir l'aveugle du hameau Qui chante sur son luth les merveilles du monde ! Et quel effroi saisit, quand la voix moribonde S'entretient de la vie aux portes du tombeau !
Ah ! de nos bois obscurs si l'écho solitaire Portait à ton oreille un vœu plein de ferveur, Toi, qui, laissant le monde et toute sa misère , (Cherches dans la nature un paisible bonheur;
Sous l'athéisme affreux n'étouffe pas sa vie, Tu ferais un désert d'un séjour enchanteur; Si de tes jeunes ans la vertu fut chérie, N'entendis-tu. jamais une voix dans ton cœur?
Eh bien! c'est elle ici qui s'émeut et t'appelle; Ecoule.... chasse au loin tout sentiment impur; Vois l'étoile du soir vaciller dans l'azur : Dis-moi... ne sens-tu pas la céleste étincelle!
(J'uel encens dans les airs 1 que le ciel est serein ! Pas un souffle léger quel calme! quel silence !
DIEU ET LA NATURE
La lune sur les flots pâlissants se balance —
Mais que vois-je ! une larme a coulé sur ton sein !. . .
Courage, ô mon ami! ton âme existe encore. Elle parle et se trouble, elle invoque, elle implore; Laisse-la savourer l'espoir délicieux D'arracher au néant un exilé des cieux.
Juin 182S.
DESIR
Jl' clificlif un bieu iiicoiiim doul lu vague insljiicl me puur»uit.
ClIATEALBRIAMl, Rcué.
DESIR
Objet chéri , vaine et douce chimère , Phare incertain vacillant dans la nuit; Toi , que j'ignore , et dont l'âme sincère Doit arrêter le bonheur qui me fuit !
Ail ! le houlicur !... je m'abuse peut-êlie ; Oui, je m'abuse, il n'est plus ici-bas!,.. Mais ce repos, qu'on appelle bien-être , Dernière fleur qui naquit sous ses pas,
Va-t-elle épandre un parfum salutaire ?. .. Dis-moi, bercé d'un souflle printanier, Vais-je, penché sur l'urne funéraire, La couronner de myrte et de laurier?...
Seule au ^azon , la rose épanouie Aux feux d'été pâlit loin des ruisseaux; Seid trop long-temps!... Ouelle tige chérie M'abritera sous ses riants rameaux?...
(Croissons ensemble, el balaneon> nos cimes; Aux noirs autans [)lions toujours unis, Et suspendus sur le flanc des abîmes.
Laissons flotter nos festons embellis.
Le chêne antif(ue. au si'jour du lonnerre ( )se élevei un Iront audacieux ; '
Qu'est-il pourtant?... un fils de la poussière ; Et notre germe, à nous, est dans les cieux!
Nourrissons-nous d'amour et d'espérance , Ne recevons que de chastes désirs ; Laissons glisser la barque en assurance... Endormons-nous sur la foi des zéphirs 1. . .
Mais sur les monts , quelles vapeurs funèbres Tombent soudain !... Adieu , trompeurs appas ! Seul , je me trouve entouré de ténèbres , Et nulle main ne vient guider mes pas !..
Flambeau des nuits , j'invoque ta lumière ! Dans ce moment, écoule et réponds-moi; Est-il un cœur isolé sur la terre Dont les soupirs montent aussi vers toi?
Dans son désert si sa pensée est pure Comme un rayon qui tombe de Ion sein ; S'il a senti l'âme de sa nature ; Si dans sa tombe il voit un jour serein ;
108 DÉSIR
S'il a du monde effacé sur sa rive L'écume impure et les tristes lambeaux ; S'il sait qu'ici la vie est fugitive , Viens l'émouvoir de sentiments nouveaux !.
Qu'il craigne aussi le retour de l'aurore ; Qu'il aime aussi le silence des bois ; Et que l'écho, plus doux et plus sonore , En un seul cri confonde nos deux voix!
Juin )82S.
ABANDON A LA PROVIDENCE
()nt} clierrlioz-voiis :iiit(>nr (]i- voii';? (le iiVst p;i> ici li' liou de voire repos.
Iniitalion.
ABANDON A LA PROVIDENCE
Assez de flots amers ont battu mon rivage, Le ciel assez long-temps obscurcit l'horizon ; Sur une onde limpide, ô feuille du vallon ! Tombe et glisse sans bruit étrangère à l'orage.
112 \Bv:«Doai \ i.v pnoviDENCE.
Que sert d'appesantir le fardeau de nos jours? Pour les biens ou les maux la prévoyance est vaine ; L'homme se plaint , se trouble , et sa vie incertaine De ses flots ao;itcs va terminer le cours.
De l'esquif imprudent laisse tomber la rame ; Pour le sage ici-bas le présent est le port, l^'étoile brille au loin... il suffit, et son âme La fixe , et sans trembler sur l'avenir s'endort !
Imitons, imitons le lis de la vallée : Sa neige , où brille l'or, agitée au zéphir, Se penche et se relève , et sa tige isolée N'a pas tissu le lin qui devait la vêtir.
Il ne moissonne pas, l'oiseau . dans le feuillage Il ne connut jamais les soins ambitieux ; L'haleine du matin peut flétrir son plumage, Et pourtant il existe , il chante, il est heureux !
Je ne veux rien prévoir au désert de la vie; De mes désirs trompeurs étouffant le retour.
ABANDON A LA PROVIDENCE. 113
Je veux, d'un nouveau Paul ranimant la folie. Attendre comme lui mon pain de chaque jour.
Salut ! soleil brillant dont mon front se colore ; Seul vous êtes à moi.... le reste est incertain : Ma nuit avec la nuit peut tomber... et soudain M'emporter par-delà les sources de l'aurore.
Coulez, rayons divins , ruisselez sur les fleurs; Leurs trésors en naissant ont besoin de vos flammes; Comme elles ici-bas la vigueur de nos âmes A besoin pour grandir de célestes ardeurs.
Le ciel semble rouler des ondes écumantes; Tantôt il offre un lac immense autant que pur, Tantôt il laisse errer sur une mer d'azur Les débris dispersés de ses ondes flottantes.
Que de nos faibles cœurs ce fidèle miroir Reflète tour-à-tour le calme et les tempêtes ; Qu'importent des vapeurs qui passent sur nos têtes, Je n'espère plus rien , voici l'heure du soir ?
Juin 1828.
LES ROGATIONS A LA CAMPAGNE
On croil cnlondro de IouIps paris les blés germer dans la terre, el
les plantes croître ot se divelop|)er. Des voix inconnues s'élèvent
dans le silence des bois, comme le chœur des anges champêtres dont
on a imploré le secours.
Cmateaibriand.
LES ROGATIONS A LA CAMPAGNE