L'ETERNITE
Mou, jt' ne puis ;ivoir d nu Ire ptiist'c : je suis dt^j;'! [môsciiI à rel
avenir.
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UÉTERNITE.
Muse, c'est vainement que ta verve inspirante S'épuise à ranimer de languissants pinceaux, Mon anie est toute glace à tes riants tableaux, 1! faut pour l'échaufler une flamme brûlante.
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Que lui fail un sourire, une larme, un désir? Qu'importe un ciel serein ou noirci d'un nuage? Que te sert de montrer sur la tranquille plage L'esquif obéissant au souffle du z,éphir? Sur l'onde qu'il troubla reconnais-tu sa trace?... Quel oubli sur ses pas! quelle rapidité! Ainsi sur cette mer tout passe, tout s'efface; Ne me parle donc plus que de l'éternité. A sa puissante voix le cœur répond encore, Quand il ne connaît plus la langue d'ici-bas ; Quand il sait que la vie est l'ame du trépas, Qu'à la nuit du tombeau commence son aurore. Tout s'afl'adit ici sous de pâles couleurs : Semblable en ses dégoûts à l'astre du mystère Qui, fidèle miroir d'une grande lumière, Jette de froids rayons aux plus charmantes fleurs. Le front de l'exilé s'empreint de rêverie, Il promène, distrait, sur le sol étranger. Si d'un pesant fardeau croyant le décharger . On lui parle, il s'émeut, et dit : ô ma patrie ! Laissez-le donc goi'iter un espoir de bonheur. Espoir indépendant des terrestres caprices.
L'ETERSITE. J25
Qui surpasse lui seul les trompeuses délices Que la mort laisse un jour à notre avide cœur. « Mais faut-il en pleurant errer sur cette terre, » Demande en souriant l'homme dont la misère L'accable tellement qu'il ne peut la sentir; «Devons-nous donc pousser un éternel soupir, »Et sur ce fleuve amer n'est-il aucun rivage? «Pour qui donc le bonheur, s'il n'est notre partage?» Des mortels, il est vrai, telle est la double loi : Être heureux et souffrir, le plaisir et la peine; Pour subir son destin, quel être, dis-le-moi, Ne sent pas chaque jour la douleur qui l'entraîne ? Mais le plaisir qu'est-il, qui va-t-il émouvoir? Il console un instant par l'offre d'un espoir Qui s'est évanoui quand on l'écoute encore : Jamais moins généreux que quand le cœur l'implore. Il semble se moquer de ses stériles vœux, Comme on voit dans le monde une habile coquette Qui se fait un devoir d'exciter tous vos feux, Pour en rire le soir auprès de sa toilette. Cependant Dieu nous fit, et la vie est un bien, Et la vie est un mal, s'il n'est que des souffrances;
120 1,'ETKRXITK.
Si nous voyons toujours tromper nos espérances,
Nous pouvons à bon droit accuser le destin ;
Aussi l'accuse-t-on. Une voix unanime
S élève des hameaux, des camps et des cités.
Un jour luit-il plus pur? la douleur l'envenime,
Réclamant la rançon de nos prospérités.
Mais quel est le coupable, el d'où naît le désordre?
Ame libre en tes fers, souffle sacré de Dieu,
Sous une cendre impure est-il éteint ce feu.
Ce feu qui peut briller, et tout rentre dans l'ordre?
Sors de ce tas poudreux qui souille ta splendeur,
Élance tes rayons vers ces globes sublimes.
Fille de l'Infini, plane sur les abimes,
Tout être limité n'est pas à ta hauteur;
Puis alors abaissant un regard sur la terre,
Tu pourras contempler la pompeuse misère
Traînant un char orné d'esclaves malheureux;
Tu connaîtras enfin ce que c'est qu'espérance,
Et tes vaines erreurs se dissipant d'avance,
Tu jouiras du monde en n'aimant que les cieux.
P'évrior iSaj).
UNE VOIX
La lumière que Diou donne îi I âme an moment de la mort, la tire
lie son assonpissemrnt.
Nicor.LE . Essai de Morale.
UNE VOIX
Pourquoi toujoursseplaireauxtableauxles plus sombres? Dès sa plus tendre aurore est-ce vers le tombeau Que gjavite le cœur?... et le séjour des ombres Promet-il à la vie un royaume plus beau?
Insensé qui des jours méconnaissant les charmes, fiCS laisse se flétrir pour un soleil lointain ! Soleil que l'œil ne voit qu'au travers de ses larmes, Qui cache ses rayons sous un voile incertain!
Si la vie est une onde, au moins que sur sa rive Notre tremblante main sème et cueille une fleur; Que noire lèvre ardente, à cetle eau fugitive, Sepenche,etgoùle au moins quelquepeude fraîcheur.
Vivre, aimer! vivre encor, jouir! vivre sans cesse ! (i'est là le vœu de l'âme — Est-ce bien là le tien. Homme amoureux du monde, épris de sa sagesse, Et qui souris d'orgueil à la loi tlu chrétien?
Nous sommes malheureux, dis-tu ; notre existence Se traîne dans l'oubli de douleur en douleur; Souffrants, abandonnés, une folle espérance Nous berce dans nos maux d'un avenir meilleur.
Eh bien, oui, je le veux : nous souffrons, et les peines Semblent se faire un jeu do s'épuiser sur nous;
CWE VOIX. 131
Du banquet des plaisirs les coupes toujours pleines Epanchent pour toi seul le nectar le plus doux.
Et nous n'avons pour nous que le fiel et la lie ! Courbés d'un poids d'opprobre, amaigris par la faim, A peine, à peine, hélas ! si notre ignominie Sous la table a trouvé quelques miettes de pain !
Et nous nous sommes dit en dévorant nos larmes : Qu'ai-je fait plus que lui pour être moins heureux? Sa vie est un tissu de jours exempts d'alarmes, Et la mienne est un cours de moments douloureux !
Et nous marchons ensemble , et la mort en silence Nous range tous couchés comme en un long sommeil. Peut-êtrenousdormons!.. Maisdanslanuitimmense, Dis, qui t'a révéh' qu'il n'est plus de réveil?...
On te l'a dit.... tu sais cette énigme profonde?... Ce cœur qui connut Dieu, qui soumit l'univers, Qui ne put s'assouvir de tous les biens du monde. Meurt, et gît à jamais dans la terre et les vers !...
Je ne m'étonne plus si sans croire et sans craindre Tu lèves vers le ciel un front plein de tierté , Des palmes du néant quand la mort doit le ceindre il lui sied de rêver à l'immortalité !
Mais si tu sais pourtant que ton âme est de boue, Comment au sein des nuits, épouvanté soudain, Te dresses-tu séant, essuyant sur ta joue Une froide sueur qui glace encor ta main?
Pourquoi pâlit ton front sous un coup de tonnerre? Ballotté par les flots, que te font leur fureur? As-tu donc peur de perdre un souffle, un peu de terre? ( )u serait-ce luie voix qui s'agite en ton cœur?
Voix sonore ou sansbruit,qu 'on aimeou qu'on redoute, Qui nous laisse toujours ou pires ou meilleurs, Oui nous parle à mi-mots et sème sur la route Des échos qui <levront se réveiller ailleiu's.
UNE VOIX. 133
C'est elle qui prépare un baume à nos blessures; Comme une douce amie au bord de notre lit, Elle lave du temps les profondes injures, Et tu trembles tandis qu'un ange nous sourit.
Février 1829.