‹ L'âme et la solitudeChapitre 20 sur 41 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

« Quelle est donc cette voix misanthrope et sévère «Qui, s'élevant du sein de son obscurité, xMêle aux chants consolants d'une gaîté sincère

»Un ton lugubre et détesté?.

l.'iS I, 'ATTESTE.

"Que iiou.s loiil les laveurs d'une terre inconnue? » Nous connaissons des I)ien8 , nous voulons en jouir; «Elle est d'un grand secours l'espérance si ruie » De l'insensé qui dit : Anathème au plaisir! » Si lu veux qu'on l'écoute, accorde enfin ta lyre

»A l'unisson de nos concerts joyejix; «Oublie à nos accents le mode <]ui t'inspire, «Qu'une nouvelle flaninie élincelle en tes yeux; )' Sinon, retire-loi, garde au moins le silence. »

.le le garde aussi hien (jue la mtui (jui s avance lU (|ui se rit de vous, (le n'est pas le bonheur D'un monde passager (jue ma muse déroide; IMus passager encor, comme une onde il s'écoule \'A ne laisse après lui (jiie !<• lie! el l'Iiorreui'.

Vous ne trouverez point l'éloge de vos fêtes, Amis, vous vous trompez; vos courounes de Heur Oui coûtent tant de Irais, pâliront siu' vos tètes Sans que sa Iroide main lanime leurs langueurs ;

L'ATTKMlv l.V.)

Elle n'enflamme point ce vain désir de gloire

Qui ne jouit jamais et qui souffre toujours,

Qui rêve de son nom l'éternelle mémoire,

Parce qu'un faible écho le redit quelques jours.

Elle n'encense pas l'autel de la fortune ,

Dont tout l'or prodigué n'a fait que des ingrats;

Aux portes des grandeurs, au pouvoir, aux sénats,

Elle n'adresse point une plainte importune ;

Si, dans l'ombre et sans bruit , uiarchant versl'avenir,

Elle cueille une fleur , rêveuse et solitaire,

Elle aspire un parfum qui ne peut la distraire, Parce qu'elle sait bien qu'il va s'évanouir. Etrangère en tout temps aux passions humaines, Leurssoinsetleursprojets, leurs travaux, leurs efforls, C'est le tableau bruyant de ces vagues lointaines Qui viennent en écuine expirer sur nos bords. Et n'attribuez pas à la mélancolie Ce dégoût des faux biens, ce mépris de la vie Qifi vous paraît injuste à l'âge des plaisirs ; Les plaisirs n'auront rien de commun avec elle, 11 est vrai , mais aussi leur caresse cruelle INe préparera point ses tristes repentirs.

140 1,'ATTESITE.

Si l'aquilon se lève , enfant du noir orage , Elle attend le zéphyr et l'astre toujours pur ; Et, glissant mollement sur un fleuve d'azur, Sa barque abordera doucement au rivage.

Févijer 1829.

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