LA LYRE
0 lyre! quelle est ta patrie?
Onel écho le premier répéta tes accords? Quel zépliyr frémissant dispersa sur ses bords
Les flots de ta douce harmonie?
m l.\ I.VRE.
Partout est un murmure où résonne un concert : Le vent , le ruisseau , le feuillage ,
On dirait que, jaloux de ton brillant hommage , Ils gémissent dans le désert.
Ils gémissent — pourtant ils étaient dans le monde A l'aurore des jours.... Ils gémissaient encor Quand le premier printemps, dans son premier essor, Répandait les parfums de son urne féconde,
La terre n'est point ton berceau, O lyre ! A la voûte sacrée , Le doigt divin , frappé de ce plaisir nouveau , Frémit sous ta coido inspirée.
Le chœur des immortels suspendit dans les cieux Un cantique éternel d'éternelles louanges,
Et les chérul)ins et les an2;es En silence écoutaient les sons mélodieux.
Oui, dans le sein profond de l'exil où nous sommes. De l'autel du rrès-Hatit a dérobé le feu?
L\ LYRE. l/i5
Qui le premier redit à l'oreille des hommes Le langage de Dieu ?
Quand le vent siffle et quand l'onde murmure , Quand à l'éclair succède un bruit soudain ,
Est-ce l'âme de la nature
Qu'émeut encor l'accent divin?
Qu'entends-je?. .. Une voix de l'abîme S'élève, et maudissant un instrument de maux , L'empoisonne à son souffle, et la main qu'elle anime
Cherche à raccorder ses lambeaux.
Mais c'est bien vainement ! la lyre se refuse
A produire un son enchanteur ; On la presse, on l'excite, et sa froideur accuse
La contrainte d'un ravisseur.
Il n'en est pas ainsi de la flamme de vie Qui, présage du jour de l'immortalité .^ Comme un rapide éclair frappe l'âme éblouie D'un rayon de l'éternité.
146 I,\ LÏRE.
Dans le cours d'une nuit perfide Elève-toi comme un flambeau ; Sois toujours un céleste guide Au voyageur du tombeau !
Connais ta superbe origine ; Et , comme au désert d'Israël , Si la nue ici-bas t'incline , Remonte aussitôt vers le ciel.
Etincelle au bruit du tonnerre Qui fait pâlir les humains; Comme au pied du Sina , brise dans la poussière Tous les simulacres vains.
Que le visage du prophète S'illumine de ta clarté ; Qu'un fils de Jochabed lève encore sa tête Rayonnant de ta majesté.
Alors au-dessus des nuages Assemblés par les aquilons ,
h\ LYRE.
Calme, souriant aux orages , Tu demeures, et nous passons.
Nous passons, et nous et nos songes , Et nos plaisirs et nos erreurs; Et le tissu de nos mensonges Se brise enfin dans les douleurs.
Quel fantôme errant dans la vie Peut effrayer la vérité?
Sont-ce les clameurs de l'envie Ou l'assaut de la vanité ?
Mais quand l'aigle, roi de la plaine, S'élance et bondit dans les airs, Qu'importent mille cris divers?
Qu'importe une vapeur lointaine?
Va donc accomplir tes destins, 0 lyre ! Mais hélas' ces glorieux desseins, Partage des élus , mission du génie , Pour toi ne sont pas faits , ô compagne chérie !
Obscure, dédaignée et faible comme moi, Quels cœurs ont tressailli sous tes accords funèbres? Comme l'oiseau des nuits, chante dans les ténèbres, Il n'est rien de commun entre la gloire et loi.
Abandonne à leur sort tes cordes solitaires;
Mais si l'écho mélodieux Porte vers leurs rochers un son harmonieux ,
Elles vibrent involontaires.
Sur le parvis du temple où s'élève la croix, Et n'osant pénétrer jusques au sanctuaire , Indigne , cependant je mêlerai ma voix
Aux voix des enfants de lumière , « Que d'un souffle choisi Dieu voulut animer, » Etqu'ilfit pourchanter,pourcroireet pouraimer. » ^
Novembre 1829.
^ Liiiiimiinc