A MO:V PÈRE
Si quelque chose ea moi, remords, amour, mystère. D'un espoir presqu'éteint ranima la liienr, Si le doigt du Seia;neur éveilla solitaire
Cette voix qui chante en mon cœur,
l\e doit-elle exhaler que plainte et que tristesse? Comme le frêle esquif sur le sable brisé, Taut-il toujours entendre un bruit sourd de détresse Quand on passe au débris que le flot a laissé? Ah ! sans doute , des pleurs doivent laver la lyre Dont la haine ou l'injure irrita les transports; Mais si , pure, elle voit un ange lui sourire. Pourquoi donc de tristes accords?
INon. Des plaisirs amers si la source est tarie, Si la coupe en tombant a blessé notre main, 11 est aussi des fleurs, au désert de la vie , Dont le parfum se mêle aux ronces du chemin! Il est des jours de paix, de bonheur, d'espérance, Où l'âme, avec l'encens consumé sur l'autel, Monte en hymne d'amour et de reconnaissance Jusqu'au pied du Irone immorlci !
A MO>i PÈliE. nv)
Et je n'ai point encore entonné mon cantique ! Et, tardif pèlerin sur la route des cieux, Je n'ai point suspendu mon offrande au portique Et changé mes accents en des chants plus joj'eux ! Mille dons ont prêté leur baume à ma misère ; Je goûtai le repos à l'ombre de sa foi; Que fallait-il de plus?... Il fallait, ô mon père, Partager ce bien avec toi !
Tu m'avais tout donné,... le loisir, la richesse, Cet asile de paix, ces guérets, ces troupeaux ; Et mon œil, et ma main folâtre de jeunesse Contemplait, caressait des charmes si nouveaux. Alors, sans doute, alors, le cœur en assurance , Tu le dis maintes fois : « Le voilà satisfait. » Et cependant^ hélas! j'attachais en silence Une larme à chaque bienfait !
Oui, je pleurai souvent alors que la prière M'appelait vers le soir à l'abri du saint lien ; Là, le cœur plein de toi,... le dirai-je, ô mon père! Ton nom cent fois béni me troubla devant Dieu.
îjnand l;i soHiciliulc accroissait mon domaine, (^iiand sur les pas IV-conds je recueillais <le l'or, On'importail an honheiir cette abondance vaine? Ton âme était tout mon trésor.
Si des éclairs <le joie ont passé sur ma vie, > Si Dien versa sur moi sa consolation.
Si Je serrai la main d'une femme chérie, Et du pauvre reçus la bénédiction; Si je sentis soudain une flamme inconnue, Quand d'un premier baiser je pressai mon eid'anl. Si son souffle au berceau fixa mon âme énuie,... J'étais moins heureux cependant!
('es images toujours de noir étaient tachées: Pouvais-je sans frémir voir l'espoir de tes ans Tomber en imitant ces feuilles desséchées Que le front du vieux chêne abandonne aux autans^ Peut-être dans tes yeux je cherchais trop à lire ; Mais si d'un zèle ardent je te vis attristé. Juge de ma terreur en te voyant sourire ;'
Sur le seuil de rt'lcrnité! ;' :
A WO.\ PKF.F.
Grâce au Dieu dont la inaiii en prodiges féconde Guérit quand il lui plaît l'aveuoie el le boiteux. Brise d'un coup de foudre et lave de son onde Le voile trop souillé qui dérobe les cieux , Tu puises maintenant à la fontaine vive Dont la fraîcheur pour toi jaillit sur tes enfants ; Si ton œil est baissé, si ton âme est pensive, C'est qu'une voix parle au dedans.
Non, tu n'étais pas fait pour jeter à la tombe Un cœur tout palpitant d'amour et de vertu, Et vainqueur du néant, quand un ami succombe, Tu devais relever un regard abattu.
Non, tu fus trop souvent l'objet de nos alarmes, Il sortit trop bridant ce cri de nos douleurs! Dieu devait écouter tant de vœux, tant de larmes : Ton salut germait dans nos cœurs !
Laisse, laisse un transport s'échapper de ma lyre , En goûtant un bonheur imploré tant de fois. Serais-je bien ton fds, si dans un saint délire Je n'oflVais au Seigneur l'encens que je lui dois?