‹ L'âme et la solitudeChapitre 8 sur 41 · I.\ MOm · texte numérisé non relu

I.\ MOm

Que ce détail amer de larmes et de maux Soit seulement l'effet de la misanthropie ! Que sur un flot d'azur l'haleine dn zéphir Fasse glisser en paix sa barque vagabonde; Qu'aucun sombre aquilon ne ternisse son onde ,

L'écueil paraît enfin Kt qui peut le franchir?

Et combien a duré ce calme exempt d'orage? C-ar qu'est-ce que la vie et toutes ses douceurs ,

Sinon le rapide passage

De quelques pauvres voyageurs?

Oui pauvres; et ce mot dont l'orgueilleux s'enllamme, Accablé sous le poids du luxe et des trésors.

Est plein de vérité Les richesses de l'âme

iSe se mesurent {)oint aux richesses du corps;

Et l'âme est tout chez l'homme... et le corps est la boue

Qui demain va tomber la pâture des vers

En vain vous étalez vos costumes divers,

On'devine aisément la farce qui se joue .

Riches, puissants seigneurs; sous vos masques d'un joui

Eblouissez les yeux du stupide vulgaire;

Même si vous pouviez chasser, loin du séjour

De toutes vos «randeurs, votre humaine misère.

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Vous ne feriez pas mal... Un la voit quelquefois ;

C'est fâcheux Car sous l'or et sous les pierreries,

Sous les niatileaux pourpres, les couronnes fleuries, On n'aime pas trouver une idole de bois. On voudrait contempler votre immense stature S'élevant sans échâsse au-dessus des petits, Ne pensant nullement qu'aidés par la nature Pour paraître exhaussés vous soyez agrandis. ( )n voudrait, dans les rangs que le sort vous destine, Vous voir porter toujours la jnême dignité ; Distinguer le métal du clinquant qui fascine; Egaux dans les revers el la piospérité, Marcher d'un même pas vers la solide gloire, .\e vous élavanl point d'mi secours étranger ; iVambilionnanl pas un laurier mensonger.

Quand vous n'avez pour vous qu'un niérite illusoire. Alors, riches vraiment de votre propre fonds, Vous pourriez commander à nos respects profonds, A nos esprits soumis, nous, pauvres (pie nous sommes! Mais aussi, jusque-là vous n'êtes (|ue des hommes; Des hommes comme nous, et plus pauvres (jue nous. Puisque, portant le poids d'un céleste courroux ,

i.v Mor.T. VJ

Nous rougissons aussi d'une affreuse misère ; Mais pleins d'un noble orgueil , nous ne mendions pas A la fortune, aux grands , aux maîtres des étals , Ce qui fait de vos jours la nourriture amère. Nous ne demandons rien , ici-ljas il n'est rien Capable d'apaiser la faim qui dous dévore ; Le cœur, enfant de roi pressentant son destin , Regorgé de bienfaits, affamé, briile encore. Il lui faut un bonheur immense comme lui ; Brillant comme les cieux, aussi pur que la flamme Qui perce la nuit sombre,... éternel, infini, En un mot tel que Dieu le conçut pour cette âme Qu'il voulut animer de son souffle divin , Et qui, de son sommeil impatiente enfin, Attend avec ardeur le réveil de la tombe. Ah! ne blasphémez pas ce sublime désir! A nos derniers soupirs, c'est la mort qui succombe; Et le présent n'a rien, tout est dans l'avenir. Ecoute, homme enchanté des rêves de la vie , Approche d'un tombeau vainement redouté , Entends-tu les accords d'une douce harmonie?... C'est l'écho de l'éternité !

Janvier 1827.

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