‹ L'âme et le corpsChapitre 22 sur 44 · DER ER SITES · texte numérisé non relu

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l'âme? Peut-on en définir la nature, en classer les différentes espèces? IL est aisé d’énumérer les sensations que nous devons à chacun des sens extérieurs et de les distinguer, sinon de les définir : elles sont nettes, tranchées, tout à fait dissemblables; il n’y a de confusion possible pour personne des sensations de la couleur, du bruit, ou de la chaleur. Il en est autrement des sensations du sens vital. Aussi indéfi-

nissables , aussi indescriptibles que celles de la vue ou de l’ouie, malgré les variétés les plus grandes, elles se ressemblent toutes, elles ont toutes un fond commun. Tout le monde a éprouvé la douleur de la migraine, du mal de cœur, ou du mal de dents; sans qu'on puisse jamais confondre la colique et la migraine, le mal de cœur et le mal de dents, il n’y a point, à coup sûr, entre ces sensations des différences aussi profondes qu'entre une image, une saveur ou un son. Le malade de la migraine, ou du rhumatisme, ou de tout autre mal, qui veut décrire au médecin ce qu'il éprouve, emprunte vainement toutes les métaphores imaginables, appelle à son aide les noms de tous les instruments de torture, de tous les engins du mal, feu, glace, pinces, étau, roue, marteau, pour arriver à dire, non pas clairement, mais plus énergiquement ou plus éloquemment, une seule chose, à savoir, qu'il souffre horriblement. D'où vient le vague et la confusion de ces sensations ? Nous le chercherons tout à l'heure; constatons pour le moment qu’elles sont essentiellement, et avant

APOLOGIE DES SENS. 107 tout, douloureuses ou agréables, le plus souvent douloureuses.

Cependant il est quelques-unes de ces sensations qui se distinguent assez nettement des autres, qui sont plus vulgaires, et qui ont recu des noms dans la langue de tous, par cela même qu’elles sont vulgaires : ce sont celles dont le siége est bien déterminé, qui ne naissent pas accidentellement, mais presque nécessairement et périodiquement, parce qu'elles sont produites par des besoins physiques et réguliers de notre corps. Les esprits qui aiment à diviser, à distinguer, à classer, qui cherchent partout les différences, si légères qu’elles soient, plutôt que les analogies et les profondes ressemblances, pourraient édifier une classification compliquée de ces sensations périodiques engendrées par les appétits corporels et dresser, d’après cette classification, un catalogue de plusieurs sens vitaux intérieurs. C’est ainsi que quelques-uns ont parfois ajouté aux cinq sens un sixième, qu ils appelaient simplement, et par euphémisme, le sixième, le sens génésiaque. Il y a de grands inconvénients à vouloir augmenter ainsi le nombre de nos cinq sens; nous n’avons, en effet, que cinq sens externes, pas un de plus. Ce sixième sens, ce sens génésiaque, n’a de rapports avec aucun d'eux; il n'a ni le même objet, ni le même rôle, les sensations n'en ont pas le même caractère : il appartient évidemment au sens vital, dont il est une puissance subalterne. Il faudrait donc nécessairement, si

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