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dirige. L'âme ne tient point dans sa main le gouvernail du corps, cependant elle le meut par sa pensée et par sa volonté. Où est le nœud de cette alliance 1ncompréhensible de deux natures si différentes? Ou bien y a-t-il dans le corps plusieurs organes, plusieurs points où l'âme et le corps communiquent ensemble, et comme plusieurs ponts qui unissent le rivage corporel au monde spirituel de l'âme? Ou bien encore l'âme agit-elle directement sur tous les points du corps à la fois, et subit-elle aussi l'influence immédiate de ses moindres parties ?
Telle est la question qui, de tout temps, a excité la curiosité des hommes, ouvert un vaste champ aux hypothèses des philosophes, provoqué les recherches des savants, et dont la philosophie attend encore aujourd’hui la solution des progrès de la physiologie.
Il faut être aussi ignorant que le premier homme au premier instant de sa naissance sur la structure générale du corps humain, ou aveuglé par une foi supérstitieuse dans les merv eilles du magnétisme animal, pour supposer un seul moment que l'âme puisse agir directément sur toutes les parties du corps, et réciproquement toutes les parties du corps agir sur l'âme sans l'intermédiaire de quelques organes spéciaux. Si l’âme est immédiatement présent à tous les points du corps, je ne comprends plus la construction générale et le plan si manifeste du corps humain; je n’y reconnais plus la sagesse de l'architecte. Présente au pied ou à la main, comme à la tête, l'âme pourrait
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mouvoir un membre sans le secours des muscles, et souffrir également, sans l'intervention des nérfs, des moindres blessures du corps. Mais les muscles, qui servent sans doute à quelque chose, sont disposés d'une facon uniforme et bien significative. Les muscles dont la main se compose soulèvent-ils le bras ? Non, mais les doigts. Ceux du bras, l’avant-bras? Non, mais la main. Ils descendent de la tôte vers les extrémités ; remontez le chemin qu’ils parcourent, ils vous conduiront, sinon jusqu’à l'âme et à son siége, au moins dans des parages plus voisins des frontières communes du corps et de l'esprit. Et les nerfs, qui ont sans doute leur emploi dans une machine si bien construite, leur direction et leur usage général ne sont pas moins manifestes. Ce sont comme les fils qui fant jouer les membres et toutes les parties du corps, ‘ou que toutes les parties du corps tirent à elles pour faire participer à leur état une sympathie étrangère. Suivez-les donc, et vous arriverez jusqu’à la main qui les réunit tous et les agite, ou à l’être qui jouit et qui soufre de tous les états. du corps. Ou bien, si tous ces fils viennent à se réunir, se mêler, se confondre
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dans une masse indiscernable, et que le secret vous échappe, ils vous auront toujours conduit des extrémités lointaines où l'âme n’agit et ne souffre qu’à distance, à des régions plus centrales où elle se cache.
Que l’âme soit présente simultanément à toutes les parties du corps, on né peut done le supposer un instant sans renoncer à l'expérience et confondre la rai-
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son ; il faut, pour l’admettre, se trouver en présence d’extatiques qui semblent lire par le gros orteil ou entendre par l’épigastre, et sentir soi-même chanceler son bon sens. Cette hypothèse écartée, 1l reste que ‘me ait un siége unique d’où elle agisse par mtermédiaire sur tous les points du corps, où elle reçoive aussi médiatement leurs impressions, ou bien qu’elle ait plusieurs siéges organiques où viennent aboutir toutes les influences de certaines circonscriptions corporelles, d’où partent les excitations différentes de la vie nutritive et de la vie de relation, qui lui servent, celui-ci d'organe du mouvement, celui-là d'organe de la sensibilité, cet autre d’organe de l'intelligence. Ces deux hypothèses ne sont peut-être pas vraisemblables au même degré, mais elles ont chacune leurs défenseurs dans l’histoire de la philosophie et de la science, et leurs arguments dans l'expérience et le raisonnement.
En faveur de l’hypothèse de plusieurs siéges organiques, les uns font valoir la distinction des facultés ou des opérations de l'âme, tout aussi légitime que celle des différentes fonctions vitales : l'âme a trop de facultés, elle exécute trop d'opérations diverses pour n’avoir à sa disposition qu'un seul organe. Chaque fonction de la vie a le sien; on distingue l'appareil de la digestion, ceux de la respiration et de la cireulation du sang, et tant d’autres. Un instrument à plusieurs fins n’en remplit parfaitement aucune; toutes es opérations de l’âme seraient mêlées et confondues
DU SIÈGE DE L’AME. 5 dans un organe unique : il doit y avoir plusieurs siéges de l’âme. Quelle difficulté y aurait-il, d’ailleurs, à concevoir ainsi plusieurs organes distincts? Si l’âme était réellement enfermée dans le corps, il faudrait la diviser pour que chacune de ses parties fût attachée à chacun de ses siéges séparés; mais, puisqu'elle ne remplit aucun espace, puisqu'elle n’est pas corporelle, puisque son union avec le corps ne consiste que dans le pouvoir qu'elle a de le mouvoir et dans la puissance qu’à celui-ci de l'émouvoir, on comprend, sans plus de difficulté, qu'elle agisse à la fois sur plusieurs organes ou sur un seul, et qu’un seul ou plusieurs agissent sur elle. Il y en à pour qui cette multiplicité de siéges organiques offre encore moins d’embarras ; comme ils pensent qu'il existe plusieurs âmes dans un même homme, ce serait vraiment les loger trop à l'étroit que de les placer toutes pêle-mêle dans un même organe : chacune doit avoir son siége particulier.
L'hypothèse d'un siége unique compte un plus grand nombre de partisans ; elle plaît davantage aux philosophes et aux gens qui n’ont que le sens commun pour toute science en pareille matière. La simplicité de l'âme, ce que les psychologues appellent l'unité du moi, la réunion dans la conscience de tous les phénomènes auxquels l’âme participe, tout cela leur semble un puissant argument en faveur d’un organe unique. Tous les mouvements doivent partir d’un même centre, tous les phénomènes physiologiques qui donnent lieu à des sensations, qui provoquent des
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